Oeil au beurre noir pour les pronostiqueurs

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Sur la douzaine de pronostiqueurs qui «éclairent» maintenant les principaux médias canadiens, seulement deux avaient vu venir le gouvernement libéral majoritaire de Justin Trudeau.

La Presse Canadienne, Adrian Wyld

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Élections fédérales

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Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre. »

(Québec) Depuis le temps qu'ils prédisaient les résultats d'élections presque pile-poil, on avait fini par les croire infaillibles. Mais le scrutin de lundi s'est avéré un premier échec, et un cuisant, pour les modèles qui prédisent le nombre de sièges que chaque parti politique devrait gagner. Sur la douzaine qui «éclairent» maintenant les principaux médias canadiens, seulement deux avaient vu venir un gouvernement libéral majoritaire. Et certaines des erreurs qu'ils ont faites approchaient les 50 sièges pour un seul parti...

Partie en 2008 des États-Unis, quand un statisticien jusque-là obscur, Nate Silver, avait prévu avec succès le résultat de la présidentielle dans 49 États sur 50, la «mode» des projections a rapidement gagné le Canada. Les sites ThreeHundredEight.com et TooClosetoCall.ca ont été lancés et, en devinant souvent l'issue des élections dans 80 à 90 % des circonscriptions, ont acquis une grande notoriété. On compte maintenant pas moins d'une douzaine de sites du genre d'un océan à l'autre, pour la plupart associés à des médias ou à des firmes de sondage.

Depuis le temps qu'ils prédisaient les résultats... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Regarder dans le passé

Ils font essentiellement tous la même chose : regarder dans le passé pour voir la relation entre la répartition du vote (en pourcentage) par parti et le nombre de sièges obtenus par chacun; et appliquer, après divers ajustements, cette relation aux plus récents sondages, habituellement ceux des quatre à cinq derniers jours. Mais voilà, comme le montre notre tableau, tous ces savants calculs ont débouché lundi soir sur des erreurs de près de 20 sièges pour les conservateurs, d'autour de 30 sièges pour le NPD, et de souvent 40 sièges pour les libéraux!

Que s'est-il passé? À vue de nez, dit Youri Rivest, de la firme CROP, «les derniers sondages n'étaient pas très loin des résultats». Au cours des cinq jours précédant le scrutin, ils donnaient environ 37 % des intentions de vote aux libéraux, à peine moins que les 39,5 % des suffrages qu'ils ont obtenus en réalité. Mais cela tombe dans une fourchette de valeurs très «payante» pour les partis, où la différence entre 37 et 38 % des voix peut se traduire en 10 ou 20 sièges supplémentaires, dit-il.

Or, explique Bryan Breguet, fondateur de Too Close to Call, seuls les deux derniers sondages, menés pendant la fin de semaine, donnaient environ 39 % de la faveur populaire aux libéraux. «Si on avait basé nos prédictions uniquement sur les deux derniers sondages, nos modèles auraient beaucoup mieux fait. Mais je ne veux pas trouver d'excuses, mes projections n'étaient vraiment pas bonnes hier soir. [...] Et de toute manière, si c'était à refaire, je ne prendrais pas seulement ces deux sondages-là, parce que même s'ils se sont avérés très justes, leurs échantillons étaient petits. Le Nanos n'avait que 700 répondants pour le Canada au complet, alors il y avait une part de chance là-dedans.»

En outre, dit M. Breguet, aucun sondage ne laissait entrevoir une victoire libérale par 10 points au Québec - une surprise qui a fait une grosse différence.

Au bout du compte, dit son collègue Barry Kay, politologue de l'Université Wilfrid-Laurier qui fait ce genre d'exercice (largement dans l'anonymat) depuis les années 80, cet échec indique simplement que ces modèles mathématiques ont leurs limites. Avec des données de bonne qualité, leurs résultats sont fiables, mais ils ne peuvent pas compenser pour les mouvements d'opinion très locaux ou de dernière minute que les sondages ne voient pas.

«Quand je rentre les données du vote réel dans mon modèle, il est précis à quatre sièges près par parti. [...] Mais les projections ne peuvent pas être plus précises que les données de sondage ne le sont elles-mêmes.»

Crédibilité

Or, si les modèles eux-mêmes ne semblent pas être à blâmer, il y a tout de même des tendances de fond qui n'augurent rien de bon pour leur crédibilité future.

«Les sondages empirent avec le temps, pour toutes sortes de raisons - cellulaires, télémarketing, etc. Si bien que sur 10 personnes qui sont sollicitées pour participer à un sondage de nos jours, seulement un accepte. Dans les années 70, ça tournait plutôt de 75 %», dit 

M. Kay, qui souligne que si les données de sondage sont moins solides, les projections de sièges suivront nécessairement le même chemin.

En outre, ajoute le professeur de science politique de l'Université de Sherbrooke Jean-Herman Guay, tout indique que les sautes d'humeur électorales du dernier instant sont de plus en plus fréquentes.

«Il y a plusieurs facteurs à l'oeuvre. Par exemple, le fait que le taux de participation a fait un bond imprévu de 61 à 70 %. [...] Mais disons que ces modèles ne supposent pas une très grande volatilité de l'électorat. En fait, on suppose au contraire que c'est assez stable, et c'est le principal problème, je pense. [...] Avant, on était rouge ou bleu de père en fils, ou presque. Maintenant, on a jusqu'à 40 % des électeurs qui se décident dans les tout derniers jours.»

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