Trudeau défend l'éthique de son parti

Justin Trudeau a perdu son coprésident de campagne, Dan... (Archives La Presse Canadienne, Paul Chiasson)

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Justin Trudeau a perdu son coprésident de campagne, Dan Gagnier, mercredi. Jeudi matin, il se montrait dur avec le démissionnaire, déclarant que ses actions étaient «tout à fait inappropriées». Mais ça n'a pas suffi à ses adversaires.

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Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre. »

La Presse Canadienne
Ottawa

Justin Trudeau a été plus sévère jeudi que son parti ne l'avait été la veille avec le coprésident de la campagne libérale, affirmant que les gestes de Dan Gagnier étaient complètement inadmissibles, et qu'il sera écarté de son cercle pour l'«avenir à long terme».

«Nous reconnaissons que les actions de M. Gagnier étaient tout à fait inappropriées. M. Gagnier a pris la responsabilité pour ses actions et s'est retiré de notre campagne», a déclaré Justin Trudeau en point de presse à Montréal.

Selon un courriel obtenu par La Presse Canadienne, le coprésident de la campagne nationale du Parti libéral du Canada (PLC) a offert au promoteur du projet d'oléoduc Énergie Est des conseils sur la façon d'approcher un nouveau gouvernement qui serait élu le 19 octobre.

TransCanada avait embauché M. Gagnier comme consultant pour le projet Énergie Est au printemps 2015, a confirmé jeudi le porte-parole de l'entreprise, Tim Duboyce. À l'époque, il était déjà à la coprésidence de la campagne libérale. M. Duboyce a refusé de préciser si Dan Gagnier avait partagé cette information avec la compagnie.

Une enquête a par ailleurs été déclenchée chez TransCanada pour tenter de déterminer comment le courriel a été coulé dans les médias. «On est en train de mener une enquête interne. Il faut savoir ce qui est arrivé», a-t-il dit en entrevue téléphonique jeudi après-midi.

Dans son message envoyé à cinq dirigeants de TransCanada, M. Gagnier suggérait de s'adresser le plus tôt possible aux bonnes personnes au sein d'un nouveau gouvernement - incluant une administration libérale minoritaire - pour faire valoir rapidement leurs positions.

Après que son parti se fut initialement rangé derrière lui, mercredi après-midi, M. Gagnier a finalement démissionné de son poste en soirée, plaidant dans une déclaration transmise par le PLC qu'il avait «toujours agi dans les règles de l'art» et qu'il quittait «afin d'éviter toute distraction de la campagne».

Jeudi matin, faisant face aux questions des journalistes dans le local électoral de sa candidate Mélanie Joly, dans Ahuntsic-Cartierville, M. Trudeau a déclaré qu'il s'attendait à ce que ses collaborateurs soient irréprochables sur le plan éthique.

«Je m'attends à ce que les gens dans mon entourage, dans mon équipe, dans notre parti aient un extrêmement haut niveau de comportement éthique, un haut standard et c'est pour ça nous avons pris les actions responsables», a-t-il soutenu.

Le leader libéral a assuré que Dan Gagnier, qui a été chef de cabinet pour le premier ministre québécois Jean Charest, n'avait aucunement participé au façonnement de la politique libérale en matière d'énergie.

«M. Gagnier n'a jamais contribué à nos politiques énergétiques. On savait qu'en tant que bénévole il avait des clients de toutes sortes de différents secteurs, donc on l'a toujours gardé à l'écart de nos décisions en termes de politique énergétique», a indiqué M. Trudeau.

Et les conseils qu'il a fournis au promoteur du projet d'oléoduc ne constituent absolument pas un signal que ce projet passerait comme une lettre à la poste sous un gouvernement du PLC - une évaluation environnementale sérieuse s'impose pour ce type de projet, a réitéré le chef libéral.

Journalistes hués

À un certain moment, pendant le point de presse, des partisans ont hué les journalistes qui pressaient Justin Trudeau de questions sur son coprésident de campagne démissionnaire.

Le chef les a réprimandés d'un ton sans appel: «Hey! Nous respectons les journalistes dans ce pays. Ils posent des questions difficiles comme ils sont supposés de le faire», a-t-il lâché.

Parfum de nouveau scandale libéral

Les trois adversaires de Justin Trudeau se sont empressés d'établir un lien entre l'affaire Gagnier et le scandale des commandites, que le PLC a traîné comme un boulet pendant des années.

Les chefs du Bloc québécois et du Nouveau Parti démocratique (NPD) ont vigoureusement réagi à la nouvelle, tandis que le premier ministre sortant Stephen Harper ne l'a commentée que de manière succincte.

Le leader conservateur, qui était de passage à Trois-Rivières, s'est contenté de déclarer que «la culture du parti qui nous a donné les commandites n'a pas changé et elle ne changera pas».

Gilles Duceppe, qui a pris bonne note de la remontée des libéraux dans les intentions de vote et ajusté ses attaques en conséquence, a été nettement plus incisif.

«On nous rit en pleine face, a affirmé M. Duceppe en point de presse à Mascouche. C'est un manque flagrant d'éthique.»

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, est pour sa part tombé à bras raccourcis sur les libéraux et leur dirigeant.

Cette histoire, a-t-il dit en marge d'un discours à Alma, est «une autre raison de ne jamais redonner le pouvoir au parti du scandale des commandites et du scandale TransCanada».

Le PLC a voulu cacher sa vieille façon de faire de la politique derrière un nouveau visage en se donnant un nouveau chef, mais «le vrai visage de Justin Trudeau s'appelle Dan Gagnier», a lâché M. Mulcair.

Trudeau chez Mulcair

Dans un geste qui peut sembler relever de la provocation, Justin Trudeau a décidé de profiter de son passage au Québec, jeudi, pour faire une escale dans la circonscription représentée par Thomas Mulcair, celle d'Outremont.

Au début de cette longue campagne électorale, une victoire sans appel du chef néo-démocrate se dessinait dans le comté où il a été élu à trois reprises depuis 2007. Mais l'écart entre lui et sa rivale candidate semble s'être resserré dans les dernières semaines, selon certains sondages.

Invité à dire ce qu'il pensait de cette fronde libérale, le chef du NPD a simplement lancé: «On est dans un pays libre, les gens sont libres de faire ce qu'ils veulent», rappelant au passage qu'il avait remporté contre toute attente cette circonscription qui était pourtant considérée comme une forteresse libérale.

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