Les électeurs au visage couvert, «des cas isolés»

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Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre. »

(Québec) Bien qu'ils alimentent les discussions et les bulletins de nouvelles, les électeurs québécois au visage couvert représentent «des cas isolés» parmi un nombre élevé de citoyens s'étant prévalu de leur droit de vote dans les 48 dernières heures. «Ce n'est rien qui n'est pas gérable», assure Élections Canada.

Francine Bastien, porte-parole d'Élections Canada, a parlé samedi de situations «anecdotiques» pour décrire le phénomène des électeurs au visage couvert. Il s'agit pourtant de l'élément qui attire le plus l'attention depuis l'ouverture du vote par anticipation, vendredi.

Sacs de pommes de terre, masques d'Halloween, casques ou voiles islamiques improvisés, une portion de l'électorat dénonce avec ironie le fait qu'il soit légal au Canada de voter ou d'être assermenté le visage couvert d'un niqab.

S'ils font grand bruit sur les tribunes médiatiques, l'organisme fédéral parle d'un comportement marginal jusqu'à présent. «Ce sont des cas isolés. Ce n'est rien qui n'est pas gérable. Nos employés sont formés et préparés pour ça. Notre personnel a de l'expérience. Pour la plupart, ce n'est pas leur première élection», a affirmé Mme Bastien.

La procédure est relativement simple. Si un individu se présente le visage couvert, un employé d'Élections Canada doit lui demander de se découvrir. S'il refuse, l'électeur doit prêter serment solennellement sur son identité avant de présenter, comme tout le monde, une pièce d'identité avec photo et une preuve de résidence.

«C'est le droit de vote qui doit primer», a expliqué brièvement Francine Bastien, qui, en sa qualité de porte-parole d'Élections Canada, ne pouvait, pour des raisons éthiques, commenter davantage la loi électorale.

Sur le réseau social Facebook, près de 9200 personnes ont joint une page encourageant la population à voter à visage couvert cette année. Plusieurs ont publié des photos de leur accoutrement sur les réseaux sociaux, se félicitant ensuite pour leur contribution politique.

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Élections Canada permet aux électeurs d'exercer leur droit de vote même si leur visage est couvert.

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La capitale pas épargnée

La ville de Québec n'a pas été épargnée par le mouvement. La capitale a même été le théâtre du premier cas hautement médiatisé, alors qu'une femme couverte d'un sac de pommes de terre a fait le tour de la province, vendredi.

Malgré tout, les directeurs de scrutin de la région n'observent que très peu de ces initiatives. «C'est marginal. Tout ce que je peux dire, c'est que dans Beauport-Limoilou, on n'en a eu aucun [samedi]», a fait savoir François Savard, qui dirige les opérations dans la circonscription. 

Et même s'il y avait eu quelques cas, M. Savard assure qu'il ne s'agirait pas d'un problème. Selon lui, certaines tâches accaparent davantage les énergies des employés d'Élections Canada. «On a plus de gens qui viennent faire des corrections ou qui viennent s'inscrire. Les tâches sont même plus longues. [Dans le cas d'un électeur au visage couvert], ça se fait directement à la table.»

Même son de cloche dans la circonscription voisine. «On n'en a pas eu beaucoup. Dans tout Charlesbourg-Haute-Saint-Charles, si j'en ai eu quatre [en deux jours], c'est beau», a commenté le directeur de scrutin Mark Poirier. «Il n'y a pas vraiment d'histoire à raconter.»

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De «vrais» niqab

M. Poirier dit avoir eu deux cas d'électrices portant un véritable niqab. Leurs votes se sont bien déroulés, selon ce qu'on lui a rapporté. Pour les «quatre faux», trois d'entre eux ont finalement accepté de voter à visage découvert. 

Dans Québec, André Crochetière dit n'avoir accueilli qu'un seul électeur portant un masque en guise de protestation. Selon le directeur de scrutin, «certains ne passent pas à l'acte» pour éviter de créer un ralentissement inutile au bureau de vote. Les files d'attente étaient d'ailleurs encore longues à l'ouverture des bureaux, samedi midi. 

La journée aura été marquée par un seul accrochage. Selon Radio-Canada, une greffière d'un bureau de vote de Québec - la circonscription n'a pas été précisée dans le reportage - a démissionné spontanément, choquée par des électeurs cachant leurs visages. «C'est de trahir un peuple que de vivre à visage couvert», a notamment dénoncé l'employée. Ironiquement, l'employée, qui s'affiche sur les réseaux sociaux aux couleurs du Bloc québécois, n'a fait face qu'à des protestataires.

Le vote par anticipation se poursuit jusqu'à lundi.

Moyen de protestation «profondément ridicule»

Qualifiant le comportement des électeurs à visage couvert «d'incivisme» et de moyen de protestation «profondément ridicule», le professeur en science politique Louis Massicotte se souvient d'une époque où le Canada avait pour tradition de «ne pas faire de chichi» et de laisser voter presque quiconque se présentait au bureau de vote.

L'expert en systèmes électoraux a vu le Canada devenir «plus restrictif» au fil des ans, et particulièrement depuis l'arrivée au pouvoir de Stephen Harper, en 2006. «Ça a toujours été la tradition à Ottawa. Le mieux, c'est que les gens votent. La tradition était de ne pas faire de chichi», a-t-il expliqué lorsque joint par Le Soleil, samedi.

Professeur à l'Université Laval, M. Massicotte a fait plusieurs recherches sur l'évolution de la Loi électorale du Canada. Il constate que le gouvernement Harper a amené avec lui une vision républicaine et quelque peu suspicieuse de l'électeur. Une conception qui s'est traduite par des mesures d'identification plus strictes incluses avec le projet de loi C-31 (2006).

Dans le cas de la présente crise du vote à visage couvert/découvert, M. Massicotte est récemment retombé sur le projet de loi C-6, déposé en novembre 2007 par les conservateurs.

Le document avait été produit dans le contexte où le Québec avait subi une crise similaire lors des élections générales du 26 mars de la même année. La Loi électorale du Québec avait alors été modifiée afin d'obliger les électeurs à voter à visage découvert. La source de la controverse était exactement la même que cette année, alors que certaines femmes musulmanes avaient voulu conserver le niqab en exerçant leur droit de vote.

Le projet de loi fédéral est finalement mort au feuilleton l'automne suivant et n'a jamais été adopté. Il devait ajouter «l'obligation pour l'électeur d'avoir le visage découvert lorsqu'il établit son identité en vue de voter», peut-on lire dans le résumé toujours accessible sur le portail Web du Parlement du Canada.

Pas de consensus

Selon Louis Massicotte, les conservateurs, qui y voyaient une question urgente, présumaient «d'un consensus entre les quatre partis à la Chambre des communes». Mais libéraux et néo-démocrates avaient finalement révisé leurs positions.

«J'ai trouvé ça révélateur comme incident. Ça montre assez bien comment les politiciens s'énervent d'une façon extraordinaire. Une fois l'urgence passée, on oublie la question...»

Dans la même veine, l'expert a aussi remarqué un certain yo-yo politique de Stephen Harper sur la question du vote à visage couvert.

«En 2013, il s'était inquiété de ce que le PQ [Parti québécois] s'apprêtait à faire avec la charte des valeurs québécoises.» Dans la foulée, les conservateurs avaient mis de côté un autre projet de loi prévoyant l'interdiction de voter le visage dissimulé.

Journées occupées aux urnes

Tous les directeurs de scrutin interrogés par Le Soleil, samedi, disent observer une hausse d'achalandage aux urnes en cette période de vote par anticipation. Si la journée de vendredi a été marquée par une certaine congestion à l'ouverture des bureaux de vote, les électeurs ont été encore nombreux à se prononcer samedi. Ainsi, si le rythme se maintient au pays, le Canada pourrait enregistrer une nouvelle hausse de participation au vote par anticipation. Ils ont été 2,1 millions de Canadiens à voter avant la date officielle en 2011, soit environ 14 % de l'électorat admissible. Seulement vendredi, 850 000 personnes ont fait leur devoir de citoyen à travers le pays, une hausse de 26 % par rapport au premier jour d'il y a quatre ans. Qui plus est, les citoyens ont une journée de plus pour voter par anticipation cette année, pour une période totale de quatre jours au lieu de trois en 2011. Les bureaux de vote ouvrent à midi et ferment à 20h.

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