Gestion de l'offre laitière: les conservateurs peu menacés par la grogne

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Denis Fortier est producteur laitier à Saint-Malachie, dans Bellechasse.

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Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre. »

(Québec) Une brèche dans le système de gestion de l'offre laitière au Canada dans le Partenariat transpacifique (PTP) que le gouvernement Harper s'apprête à signer ferait très mal aux producteurs de la Chaudière-Appalaches. Mais malgré la grogne du milieu agricole, les quatre sièges conservateurs de la région pourraient être épargnés.

Denis Fortier est persuadé que les troupes du premier ministre sortant au Québec dorment sur leurs deux oreilles malgré l'imminence d'un accord qui pourrait avoir des conséquences importantes sur les fermiers qu'ils aspirent à représenter une nouvelle fois le 19 octobre. 

«Je ne crois pas que ça les inquiète beaucoup [les politiciens]», avance le producteur laitier rencontré sur sa ferme de Saint-Malachie, dans Bellechasse. «On a un poids de moins en moins fort, ce n'est plus l'époque de Duplessis où le monde était rural et où on avait un impact majeur», fait valoir le vice-président des producteurs de lait de Chaudière-Appalaches Nord.

Le territoire de la Chaudière-Appalaches compte quelque 1300 fermes laitières réparties dans les circonscriptions des députés conservateurs sortants Steven Blaney (Bellechasse-Les-Etchemins-Lévis), Jacques Gourde (Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière), Maxime Bernier (Beauce), Christian Paradis (Mégantic-L'Érable) et de celle du néo-démocrate François Lapointe (Montmagny-L'Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup) que le candidat de Stephen Harper Bernard Généreux souhaite déloger. 

Les quatre élus issus de la formation au pouvoir l'ont été avec une confortable majorité, à l'exception de Jacques Gourde qui a devancé sa rivale néo-démocrate avec un peu moins de 800 voix. Du lot, c'est celui qui pourrait être le plus touché par la colère des agriculteurs. 

À l'inverse, Maxime Bernier l'a emporté haut la main avec près de 11 000 électeurs qui l'ont choisi en 2011. C'est le cas du président des producteurs de lait de Chaudière-Appalaches Sud, Bruno Cyr, qui ne prévoit pas, lui, renouveler son appui si le Canada ouvre sa frontière aux producteurs laitiers américains dans le cadre du PTP.

Il doute cependant que son vote et celui de ses collègues aient un impact significatif. «On a une importance économique, mais on n'a pas beaucoup de poids électoral», souligne ce producteur laitier de Saint-Elzéar. Malgré cela, M. Cyr ira manifester jeudi devant le bureau de campagne de son député. D'autres rassemblements du genre sont prévus dans les prochains jours par les membres de l'Union des producteurs agricoles (UPA) qui iront notamment visiter le candidat vedette de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell. 

Des députés appréciés

Le président des producteurs de lait de Chaudière-Appalaches Nord, Jean-François Morin, ne partage pas l'analyse de ses confrères. Celui qui exploite une ferme laitière à Saint-Roch-des-Aulnaies est de son côté convaincu que les agriculteurs peuvent faire la différence le jour du scrutin.

D'abord, dit-il, même si pour l'instant la rumeur veut que ce soit que l'industrie laitière qui soit touchée par le PTP, tous les autres producteurs pourraient se joindre à eux pour manifester leur désaccord. Cela est sans compter les industries qui profitent de près ou de loin de la bonne santé des fermes laitières et des consommateurs qui sont, selon lui, «majoritairement de notre bord».  

Cependant, il doute que ses confrères votent majoritairement contre le Parti conservateur parce que la plupart d'entre eux sont satisfaits du boulot de ses députés québécois au cours des dernières années. «Les conservateurs ont toujours fait ce qu'ils ont dit tandis qu'avec les autres, on ne sait pas ce qui arrivera», exprime M. Morin. «J'aime mieux quelqu'un qui me regarde dans les yeux et qui me dit la vérité», renchérit-il, faisant notamment référence à une récente déclaration du lieutenant politique de Stephen Harper au Québec, Denis Lebel, selon laquelle il ne pouvait pas promettre que la gestion de l'offre ne serait pas touchée dans le nouvel accord de libre-échange. 

Jean-François Morin croit que s'ils sont reportés au pouvoir, les Blaney, Bernier et Gourde «vont continuer à nous défendre avec les outils qu'ils ont», et ce, même si l'entente signée est défavorable aux producteurs de lait. Il promet cependant de continuer de faire pression pour ne pas que cela se produise. «Le ton va changer, mais probablement pas mon vote», conclut-il.

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La Ferme Arclade à Saint-Malachie

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«Lorsqu'on ouvre la porte, on donne accès à toute la maison»

La rumeur voulant que le Canada s'apprête à céder 10 % de son marché laitier aux Américains dans le cadre de l'accord de Partenariat transpacifique (PTP) a créé une onde de choc chez les producteurs de lait qui croient qu'une telle brèche ferait diminuer non seulement leur production, mais également le prix auquel ils vendent le précieux liquide blanc.

C'est la gestion de l'offre, mise en place dans les années 70 pour éviter que les agriculteurs subissent les fluctuations du marché, qui serait touchée. Grâce à ce système, les fermes laitières sont capables de planifier leur production et négocier collectivement le prix de leur denrée, explique le président des producteurs de lait de Chaudière-Appalaches Sud, Bruno Cyr.

Avec l'arrivée d'un nouveau joueur comme les États-Unis, cet équilibre serait rompu, dit-il. «Lorsqu'on ouvre la porte, on donne accès à toute la maison», illustre celui qui exploite avec sa famille 80 vaches laitières à Saint-Malachie. Si le PTP est un accord visant à créer une zone de libre-échange dans 12 pays, ce sont nos voisins du Sud qui inquiètent puisque ce sont eux qui réclameraient un accès au marché laitier du Canada.

Or, les producteurs laitiers américains jouissent de conditions de production avantageuses - des subventions gouvernementales, des normes environnementales moins strictes et un climat doux à l'année dans certains États - qui leur permettraient de ventre moins cher aux transformateurs sur le sol canadien. Leurs rivaux canadiens, dont les fermes sont généralement de moins grosses tailles, seraient ainsi forcés de revoir leur prix et leur production à la baisse.

«Nous sommes déjà en mode panique», s'exclame M. Cyr, qui a déjà vu ses recettes diminuer de plus de 30 000 $ au cours des derniers mois, notamment en raison de l'importation de protéines laitières, qui permet aux transformateurs de fabriquer du fromage à moindre coût avec cette substance liquide très concentrée plutôt qu'en achetant leur lait.

Même son de cloche du côté du vice-président des producteurs de lait de Chaudière-Appalaches Nord, Denis Fortier, qui, comme les autres producteurs de lait, ne veut rien savoir d'une brèche dans le système bien huilé de la gestion de l'offre. Pas question non plus d'accepter d'être compensé comme cela a été promis avec l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne (UE). «Je ne vois pas comment on va être capable de compétitionner [avec les Américains] dans ces conditions-là», affirme celui qui craint que ce soit son fils Étienne, qui doit prendre sa relève, qui souffre le plus de ces nouvelles règles du jeu négociées en catimini par un gouvernement qui ne tient pas ses promesses. 

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