Le niqab, l'enjeu dont le PLC et le NPD n'arrivent plus à se défaire

L'enjeu du niqab semble s'imposer comme l'un des... (Photo AP, Dave Thompson)

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L'enjeu du niqab semble s'imposer comme l'un des points tournants de cette longue campagne de 78 jours, qui en est dans son dernier droit.

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Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre. »

Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Québec

Le Parti conservateur du Canada (PCC) n'avait pas prévu de faire du niqab un enjeu électoral, soutient le candidat Gérard Deltell - une affirmation contredite par la formation politique. Mais prévu ou pas, l'enjeu fait des vagues dans sa circonscription comme ailleurs au Québec.

Le député conservateur de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell... (Photothèque Le Soleil) - image 1.0

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Le député conservateur de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell

Photothèque Le Soleil

«Ce n'est pas un enjeu électoral qui est tombé ou qui a été télécommandé par un parti politique», martèle énergiquement celui qui se présente sous la bannière conservatrice dans la circonscription de Louis-Saint-Laurent, à Québec.

«Ce qui a fait que c'est tombé dans l'actualité, c'est la Cour d'appel fédérale», insiste M. Deltell, attablé dans un restaurant de la circonscription qu'il espère représenter à la Chambre des communes.

Car la tenue d'un scrutin à date fixe ne permettait pas au PCC de prévoir une telle tactique - cette nouveauté dans le paysage électoral canadien «fait en sorte que justement, on ne peut pas contrôler ou "monitorer" l'agenda», soutient l'ancien député caquiste à l'Assemblée nationale.

Cela n'est pas tout à fait exact, corrige une porte-parole du parti, Catherine Loubier - en fait, l'«agenda» était au contraire bien établi, et il a simplement été bien servi par une «coïncidence», assure-t-elle, précisant au passage qu'il est normal que les candidats ne soient pas au courant des stratégies nationales.

Prévu depuis longtemps

Ainsi, le PCC avait prévu «depuis longtemps», dit-elle, de ramener le sujet sur le tapis, le 16 septembre. La veille tombait le jugement de la Cour d'appel fédérale dans la cause de Zunera Ishaq, qui a contesté une directive ministérielle interdisant aux musulmanes d'avoir le visage voilé lors des prestations de serment.

Rappelons que les conservateurs avaient déposé au dernier jour des travaux parlementaires, en juin, un projet de loi visant à interdire le port de ce voile, qui cache tout le visage sauf les yeux, lors des cérémonies de citoyenneté.

«Mais on n'avait pas prévu que (le fait de le rappeler en campagne) aurait un tel impact», indique Mme Loubier.

L'enjeu du niqab semble s'imposer comme l'un des points tournants de cette longue campagne de 78 jours, qui en est dans son dernier droit. Il faudra voir si la tendance se maintient, mais selon les sondages, il nuit aux libéraux et aux néo-démocrates.

«Ça me coûte des intentions de vote cette semaine. Mais je ne sais pas si ça va coûter des votes le 19 octobre. Ce ne sera pas la "ballot question". Enfin, je ne pense pas», lâche Youri Rousseau, candidat libéral dans Louis-Saint-Laurent, que La Presse Canadienne a accompagné en porte-à-porte samedi.

Créer un problème

L'ancien militaire sort de sa poche une caricature d'André-Philippe Côté publiée tout récemment. On y voit le chef conservateur Stephen Harper enlever un niqab sous lequel il s'était caché et l'accrocher sur une patère, l'air satisfait.

«On a créé un problème à des fins électorales. C'est d'une tristesse totale», laisse tomber celui qui a notamment servi en Afghanistan.

Le candidat libéral âgé de 39 ans affirme du même souffle que les citoyens avec qui il échange ne lui parlent déjà plus du niqab. Que depuis la semaine dernière, ils ont lu les journaux et qu'ils ont «compris»; qu'ils ne se laisseront pas berner.

Évidemment, ce qui devait arriver arriva: tout de suite après, lorsqu'il reprend sa séance de porte-à-porte, Youri Rousseau se retrouve nez à nez avec un jeune homme qui l'enguirlande copieusement sur la question identitaire.

«Je n'ai rien contre les musulmans, mais il y a juste Stephen Harper qui peut leur mettre des bâtons dans les roues à ceux-là», lance d'un ton sans appel un jeune homme qui se trouvait dans la résidence.

Le candidat libéral pousse un soupir après avoir rebroussé chemin.

«Moi non plus, je n'aime pas ça le voile, mais je n'en fais pas non plus la promotion», expose celui qui se décrit comme un «idéaliste réaliste» qui ne voit pas la nécessité de légiférer sur une question de droits et libertés pour une poignée de personnes à qui on veut dire «comment s'habiller».

Surtout que les enfants et les petits-enfants de celles qui portent aujourd'hui le niqab en arrivant au Canada «ne porteront pas le voile, parce qu'on va avoir été une société d'accueil ouverte, généreuse, accueillante, comme on l'a toujours été», plaide M. Rousseau.

«Voter voilée»

Son autre rival de circonscription, le néo-démocrate G. Daniel Caron, a parfois lui aussi peine à changer la conversation ces jours-ci lorsqu'il va à la rencontre des citoyens.

Lors du passage de La Presse Canadienne, samedi, alors qu'il faisait du porte-à-porte dans le même secteur que son opposant libéral, il a d'ailleurs eu droit à une boutade quand il a demandé à une citoyenne si elle allait voter.

«Je vais aller voter voilée», a répliqué la dame, reprenant à son compte une idée notamment formulée par un candidat conservateur de la région de Montréal, Stéphane Guinta.

À l'instar de son adversaire libéral, le candidat du Nouveau Parti démocratique (NPD) - qui cherche à conserver le siège qui avait été ravi à la conservatrice Josée Verner par la députée sortante du NPD, Alexandrine Latendresse - espère qu'on passera à un autre appel.

«Le niqab n'est pas l'enjeu de cette campagne-ci; l'enjeu, c'est le bilan du gouvernement conservateur et quel gouvernement on veut pour les quatre prochaines années», insiste M. Caron, ancien ambassadeur du Canada en Ukraine, visiblement exaspéré de parler niqab.

«On ne réglera pas la question des accommodements raisonnables durant cette campagne, enchaîne-t-il. Ça fait 15 ans qu'on en parle au Québec. Est-ce que c'est réglé? Est-ce que Mme (Pauline) Marois a pu régler ça? Est-ce que M. (Bernard) Drainville a pu régler la question? Je ne pense pas.»

Pour Gérard Deltell, l'enjeu se résume à une question de «gros bon sens». Et contrairement à ce que prétendent ses adversaires, la question ne divise pas les électeurs: «neuf personnes sur dix ne peuvent pas se tromper», soutient-il.

«Tant pis pour les autres, tant pis si le NPD et les libéraux sont complètement déconnectés de la réalité et n'ont pas le sens des valeurs canadiennes. C'est leur problème, mais moi je suis très fier d'être membre du parti qui a le gros bon sens canadien et qui le défend fièrement», lance-t-il.

Depuis que le sujet est revenu dans l'actualité, le Bloc québécois se targue de vouloir aller encore plus loin que les conservateurs sur cette question.

Au débat des chefs, jeudi dernier, le chef Gilles Duceppe a promis que le premier projet de loi que déposerait sa formation viserait à interdire le niqab lors du vote, de l'assermentation des citoyens et de la réception de services gouvernementaux.

Le candidat Deltell n'a pas voulu dire s'il se rangeait derrière cette proposition. «On n'est pas là pour le moment», s'est-il contenté de répondre.

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