Vérification faite: vous avez dit «récession»?

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Le ministre conservateur des Finances, Joe Oliver

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(Québec) Le Canada est-il en récession ou non? Lancée au début du mois quand les dernières mesures économiques ont montré que le produit intérieur brut (PIB) avait reculé deux trimestres consécutifs de janvier à juin, la question a refait surface cette semaine.

Le ministre conservateur des Finances, Joe Oliver, a en effet déclaré lors d'un entretien avec l'Associated Press que «nous ne croyons pas que l'économie était vraiment en récession [en début d'année, NDLR]. On parle vraiment d'une contraction dans le secteur de l'énergie et des ressources, qui représentent moins de 20 % de l'économie. C'est vrai que l'effet de ce recul déborde un peu, mais le 80 % restant est en croissance».

Le Parti libéral a réagi jeudi en accusant M. Oliver de «réécrire l'histoire». La Loi fédérale sur l'équilibre budgétaire que les conservateurs eux-mêmes ont déposé cette année au Parlement, fait remarquer le Parti libéral du Canada, interdit au gouvernement de faire des déficits, sauf en période de récession, que le texte définit «une période d'au moins deux trimestres consécutifs de croissance négative du produit intérieur brut réel du Canada et dont Statistique Canada fait état».

Il est évident que les deux partis ne peuvent pas avoir raison sur ce point. Alors voyons voir...

Les faits

Il est vrai que, selon les plus récentes données de Statistique Canada, le PIB dit «réel» (dans lequel on contrôle pour l'effet des fluctuations de prix) a reculé aux premier (- 0,2 %) et second

(- 0,1 %) trimestres de 2015, ce qui correspond bel et bien à la définition de «récession» de la loi sur les finances publiques que les conservateurs ont adoptée cette année. Il est aussi vrai que l'on décrit souvent deux trimestres négatifs en ligne comme une «récession technique».

Mais voilà, ce ne sont ni les libéraux, ni les conservateurs, ni même Statistique Canada qui «décident» si le pays est en récession ou non. C'est plutôt l'Institut C.D. Howe, à Toronto, qui réunit périodiquement un groupe d'éminents économistes afin de rendre compte du début et de la fin des «cycles d'affaires», soit les périodes de croissance et de récession. Or si le C.D. Howe - comme toutes les autres instances sérieuses qui font ce genre d'exercice, d'ailleurs - tient compte de la durée du recul PIB dans ses travaux, ce n'est qu'un facteur parmi d'autres. À preuve, écrivait récemment Jean-Pierre Furlong sur le site de l'Association des économistes québécois : le Canada a déjà connu une récession n'ayant eu qu'un seul trimestre négatif (en 1975), et il est largement accepté que les États-Unis sont «officiellement» entrés en récession au tournant de 2008, même si leur PIB réel n'a pas régressé deux trimestres de suite au début de cette année-là.

Pour parler d'une récession, il faut non seulement que l'on voit un recul dans le PIB, mais la baisse doit aussi être marquée, affecter une grande partie de l'économie, et la crise économique doit aussi être perceptible ailleurs que dans le PIB - dans les chiffres sur l'emploi, la production industrielle, les investissements, etc.

Or, en ce moment, ce que l'on voit ne correspond pas à cette définition de récession, selon deux économistes consultés par Le Soleil, soit M. Furlong et Jeremy Kronick, qui siège au le comité des cycles économiques du C.D. Howe. D'abord, notent-ils, la décroissance est faible et mesurée sur des données qui peuvent encore être révisées : «Le - 0,1 % du deuxième trimestre, c'est une estimation et ça peut être changé en 0 % ou même + 0,1 % dans les prochains mois. Alors comme base pour dire qu'on est en récession, c'est très fragile», dit M. Furlong.

En outre, «si on regarde les industries qui sont en recul, c'est moins de la moitié, ce qui est difficile à faire cadrer dans la notion de récession. Et un autre angle, c'est que si l'économie est vraiment en récession, on s'attend à voir des mises à pied, mais les données sur l'emploi sont plutôt stables en ce moment. Alors, même s'il n'y a aucun doute que la croissance est faible, il est malhonnête d'appeler ça une récession», dit M. Kronick.

Le verdict

Il faudrait adopter une définition très, très simpliste de la notion de récession pour donner raison aux libéraux sur ce point. L'économie canadienne n'est certainement pas aussi forte que le voudraient ou le prétendent les stratèges conservateurs, et il demeure en principe possible que des statistiques à venir changent le portrait, mais pour l'heure, M. Oliver a raison : on ne peut pas dire que le Canada est en récession.

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