Vérification faite: qui a peur des réfugiés?

Son chef Stephen Harper a plusieurs fois répété,... (Agence France-Presse)

Agrandir

Son chef Stephen Harper a plusieurs fois répété, ces dernières semaines, que le Canada ne devait pas accepter plus de réfugiés syriens que ce qu'il s'est déjà engagé à accueillir pour des raisons de sécurité.

Agence France-Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Élections fédérales

Politique

Élections fédérales

Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre. »

(Québec) De passage dans les locaux du Soleil cette semaine, le candidat conservateur dans Charlesbourg-Haute-Saint-Charles, Pierre Paul-Hus, a déclaré que «dans le monde de 2015, on voit que les migrants, ça fait peur aux gens parce qu'ils ne savent pas s'il y a des infiltrés de l'État islamique là-dedans. [...] Sécurité avant tout, pour filtrer tout ça.»

M. Paul-Hus faisait en cela écho à la ligne de son parti. Son chef Stephen Harper a plusieurs fois répété, ces dernières semaines, que le Canada ne devait pas accepter plus de réfugiés syriens que ce qu'il s'est déjà engagé à accueillir pour des raisons de sécurité. Le ministre sortant de la Citoyenneté et de l'Immigration, Chris Alexander, a toutefois annoncé samedi qu'un gouvernement conservateur compte accélérer le traitement des demandes d'asile déposées par les réfugiés syriens afin de délivrer des milliers de visas additionnels d'ici la fin de l'année.

Les faits

Les réfugiés du monde ne proviennent pas tous de secteurs contrôlés par l'État islamique, mais une bonne majorité de ceux-ci fuient des zones elles aussi marquées par la guerre et le terrorisme. Pour savoir si leurs pays d'accueil courent un risque d'attentat supplémentaire en les acceptant, ou en acceptant beaucoup d'entre eux, Le Soleil a épluché une banque de données, la Global Terrorism Database (GTD), disponible sur le site de l'Université du Maryland.

Nous avons retenu trois pays : le Canada, bien sûr, mais aussi les États-Unis, parce qu'ils sont une cible de prédilection de bien des organisations terroristes, et la Suède, parce qu'elle accueille beaucoup de réfugiés. Entre 2000 et 2014, en comptant les attaques réussies comme les attaques manquées, ces trois pays ont subi 335 actes terroristes, soit tout crime violent qui semble être politiquement motivé. (Notons que cette banque de données sépare en plusieurs attaques différentes certains événements qui sont habituellement vus comme des gestes uniques; par exemple, les attentats du 11 septembre 2001 sont répertoriés comme quatre événements distincts parce qu'ils ont impliqué quatre équipes détournant autant d'avions.)

Nous avons documenté l'origine des auteurs toutes les fois où cela était possible. Au total, le Canada a été la cible de 27 attaques de mouvements divers - écolos, antiavortement, étudiants, islamistes, etc. Dans 18 cas, les coupables demeurent inconnus, mais, dans les 9 autres cas, on ne compte aucun réfugié. En fait, ces neuf attentats ont tous été perpétrés par des gens qui sont nés ici.

Aux États-Unis, pas moins de 289 attentats ont été commis de 2000 à 2014, dont 67 que la GTD note comme «d'auteurs inconnus». Sur les 222 attaques pour lesquelles on a un minimum de renseignements, au moins 153 ont été commises par des gens qui sont nés aux États-Unis.

Nous avons toutefois trouvé deux terroristes qui sont entrés au pays de l'Oncle Sam comme demandeurs d'asile politique. En 2012, Abdul Latif Aldosary a fait exploser une bombe artisanale à l'extérieur d'un bureau de la sécurité sociale, en Arizona - personne n'a été blessé et le mur de l'édifice n'a même pas été percé. D'origine irakienne, il avait été admis aux États-Unis comme réfugié potentiel, mais sa demande avait été refusée parce qu'il avait participé en 1991, alors qu'il vivait encore en Irak, à des «activités terroristes» lors d'une insurrection contre - ça ne s'invente pas - le régime de Saddam Hussein...

L'autre réfugié terroriste est Hesham Mohamed Hadayet, qui a ouvert le feu sur une foule en 2002 à l'aéroport de Los Angeles, tuant deux personnes et en blessant quatre autres avant d'être lui-même abattu.

Dans ces deux cas, cependant, il faut noter que l'entrée aux États-Unis a précédé les actes terroristes de plusieurs années - 10 ans, même, dans le cas de Hadayet. Comme leurs attaques ne demandaient pas une grande préparation, on peut difficilement conclure qu'ils avaient des intentions violentes à leur arrivée.

Enfin, nous n'avons trouvé aucun cas d'attentat perpétré par un réfugié en Suède au cours des 15 dernières années.

Le verdict

Il est bien évident que le risque zéro n'existe pas et que les vérifications de sécurité seront toujours importantes. Mais laisser entendre que les réfugiés posent un danger particulièrement élevé de terrorisme particulier nous semble très exagéré. L'immense majorité des attentats sont commis par des «natifs» du pays.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer