Elizabeth May au Soleil: les Verts visent au centre

Elizabeth May a profité de son passage au... (Photo le Soleil, Patrice Laroche)

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Elizabeth May a profité de son passage au Soleil pour défaire des étiquettes accolées à son parti.

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Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre. »

Annie Mathieu est journaliste surnuméraire au Soleil.
Annie Mathieu

Avec Michel Corbeil

Le Soleil

(Québec) «Le Parti vert n'est pas un parti de gauche ni un parti de droite.» Sa chef, Elizabeth May, tient mordicus à se défaire des étiquettes accolées à sa formation.

C'est celle plaçant le Parti vert à la gauche de l'échiquier politique qui est la plus tenace. En entrevue au Soleil durant son passage dans la Capitale-Nationale, jeudi, Mme May tique lorsque l'on compare son organisation avec celle de Québec solidaire dans la province. «Nous avons des politiques différentes», avance d'abord la députée qui souhaite se faire réélire dans la circonscription de Saanich-Gulf Islands, en Colombie-Britannique.

Elle reconnaît néanmoins une proximité avec la plateforme écologique de Françoise David et d'Amir Khadir ou avec leur objectif d'instaurer Pharma Québec. Mais verts et solidaires n'ont pas la même vision économique. «Lorsque c'est possible, nous préférons avoir un budget équilibré», illustre-t-elle. «Mais nous ne sommes pas non plus idéologiquement contre les déficits», ajoute la chef. 

Elle veut aussi en finir une fois pour toutes avec l'idée que son programme n'est composé que de mesures environnementales. Cette semaine, par exemple, elle proposait un revenu garanti pour les aînés, tandis que la précédente, le Parti vert lançait son plan pour procurer à la population des logements abordables. 

Elizabeth May tient à préciser qu'elle respecte les volontés du Québec bien que sa formation soit fédéraliste. «Mais avec la question des changements climatiques, celle de l'indépendance n'est pas la plus importante. [...] Ce n'est pas le moment pour un mouvement souverainiste au Québec», tranche-t-elle en décochant une flèche à son adversaire bloquiste, Gilles Duceppe. 

«Pour arrêter un projet comme celui du pipeline d'Énergie Est et pour protéger le fleuve et le golfe du Saint-Laurent, on doit utiliser les outils au niveau fédéral. Ce n'est pas utile d'avoir les députés du Bloc, ils ne peuvent rien faire pour les vraies questions de changements climatiques.»

La chef verte ne réserve pas ses attaques qu'aux bloquistes. Son homologue néo-démocrate, Thomas Mulcair, «qui n'a clairement pas été le meilleur ministre de l'Environnement de l'histoire du Québec», passe aussi à la moulinette. «C'est évident que le NPD n'est pas un parti écologiste», affirme Mme May. Pour elle, aucun doute que M. Mulcair est en faveur d'Énergie Est. 

En s'en prenant à tous ses rivaux sans distinction, Elizabeth May veut démontrer qu'elle n'a pas l'oeil sur les électeurs d'une formation en particulier. Elle juge d'ailleurs être en mesure d'arracher quelques circonscriptions aux conservateurs, comme elle-même l'a fait lorsqu'elle a été élue il y a quatre ans. Selon la politicienne, les Canadiens ne souhaitent qu'une chose : mettre à la porte Stephen Harper et ses soldats. 

Mais pour atteindre ses objectifs, Mme May considère sa participation aux débats télévisés comme primordiale. Même si elle a obtenu le premier siège vert à Ottawa, son parti a récolté beaucoup moins d'appuis en 2011 que le scrutin précédent. «C'est parce que les autres formations n'ont pas voulu m'inviter aux débats», soutient-elle. Mme May a pris part à la première joute oratoire diffusée au petit écran au début du mois d'août, mais déplore son exclusion de deux autres débats. Celui de Radio-Canada qui se déroulera dans la langue de Molière lui donnera néanmoins la chance de séduire les Québécois, et ce, même si elle s'en veut de chercher ses mots de temps en temps.  

Québec, terreau peu fertile 

À l'échelle du pays, le Parti vert espère envoyer une quinzaine de députés à Ottawa et de ce nombre, trois à cinq seraient issus de la Belle Province. Dans la grande région de Québec, Elizabeth May mise sur l'ex-président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle, qui se présente dans la circonscription de Bellechasse-Les Etchemins-Lévis, détenue depuis 2006 par le conservateur Steven Blaney. 

Le candidat reconnaît que le terreau n'est pas des plus fertiles, «mais que tous les espoirs sont permis», d'autant plus que le dernier scrutin a démontré que les électeurs de la région de Québec n'étaient pas des plus fidèles en portant au pouvoir une majorité de néo-démocrates. 

Mais l'écologiste reconnu s'emporte lorsqu'il évoque «l'épicentre conservateur» toujours bien implanté et qui est alimenté par les radios «abrutissantes». «Elles se démarquent de façon gênante pour la désinformation à l'égard des objecteurs de conscience», dénonce celui qui, visiblement, ne digère pas d'en être la cible.

Quarante jours pour sauver la face du Canada

La chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, a le décompte en tête. Il restera 40 jours avant la 21e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, à Paris, lorsque les Canadiens auront voté, le 19 octobre. Quarante jours pour sauver le sommet et sauver la face du Canada, croit-elle.

En entrevue au Soleil, la députée de Saanich-Gulf Islands et seule élue de sa formation politique laisse entendre qu'un travail colossal sera à réaliser. Un nouveau gouvernement, suggère l'écologiste devenue politicienne, devra organiser «une rencontre de toutes les provinces, des territoires et du fédéral.

«De nouvelles cibles, de nouvelles approches» sur la réduction des gaz à effet de serre sont à établir. «Il faut préparer le terrain avec les négociateurs et les diplomates. Un job énorme entre le 19 octobre et le 30 novembre.»

À son avis, libéraux et néo-démocrates ne sont pas préparés pour la grand-messe sur les changements climatiques. «Je suis étonnée», dit-elle, que le Parti libéral du Canada et le Nouveau Parti démocratique «n'ont envoyé personne» aux rencontres préparatoires.

Prévoyant obtenir une dizaine de députés face à un gouvernement minoritaire, Mme May se donne un rôle crucial. D'autant que le nouveau premier ministre, libéral ou néo-démocrate, sera occupé à former son cabinet. «C'est notre plus grande priorité d'avoir des députés verts pour exiger des autres» les préparatifs nécessaires.

Notons que le scénario d'Elizabeth May ne tient pas compte d'une réélection de Stephen Harper comme chef du gouvernement. 

«Nous devons [assumer] le leadership» dans le domaine climatique. «Ça, c'est le vrai Canada, dans toutes les négociations avant l'époque de Stephen Harper. Il a joué le rôle de saboteur. C'est pour ça que nous sommes le pays du monde qui est détesté.»  Michel Corbeil et Annie Mathieu

Réfractaire à Énergie Est, au pétrole, mais pas au gaz gaspésien

Le Parti vert du Canada est réfractaire à tous les projets de pipelines d'hydrocarbures, dont Énergie Est, et pratiquement à tout ce qui vise à augmenter la production de ce type d'énergie. Seule la possibilité d'extraire du gaz naturel en Gaspésie pour approvisionner les usines de la Côte-Nord est jugée «acceptable».

C'est le message que laisse la chef de la formation politique, Elizabeth May, et son candidat dans Lévis-Bellechasse, André Bélisle. De passage à Québec, celle qui a été élue en Colombie-Britannique répète que les «probabilités sont grandes que nous aurons un gouvernement minoritaire».

Le Parti vert souhaite jouer ses cartes dans cet équilibre instable du pouvoir «pour annuler l'idée de ces pipelines». Elizabeth May rappelle qu'outre TransCanada avec l'oléoduc Énergie Est, trois autres promoteurs poussent sur de méga-investissements semblables, comme Keystone.

«C'est plus important d'avoir une consultation avec toutes les provinces pour mettre sur pied une stratégie énergétique et climatique, avance-t-elle. C'est plus important d'arrêter l'idée d'exporter les produits des sables bitumineux, bruts, non raffinés, sans les emplois» pour une transformation plus poussée.

Peu de place pour les hydrocarbures

Il y a peu de place pour les hydrocarbures dans la vision des «verts». «Nous sommes contre la fracturation hydraulique, contre les gaz de schiste, contre les efforts pour augmenter les énergies fossiles, résume Mme May. Ces procédés pour le gaz naturel «ont un impact sur les changements climatiques aussi grands que le charbon», explique-t-elle.

Le verdict est tout autre pour le gisement Bourque où Québec investit près de 4 millions $ dans les travaux de Pétrolia pour connaître le potentiel gazier. Tout indique que le site recèle du gaz naturel conventionnel, indique André Bélisle. «C'est une occasion à développer pour éliminer du pétrole lourd et du coke de pétrole, utilisé pour les alumineries» et usines lourdes de la Côte-Nord. «Nous n'avons pas de problèmes avec ça», ajoute Elizabeth May. Michel Corbeil avec Annie Mathieu

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