Les sénateurs sur la touche

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Même s'il a senti que les sénateurs n'étaient pas les bienvenus dans la campagne électorale, Jacques Demers n'en veut pas au Parti conservateur du Canada et apprécie toujours son chef, Stephen Harper.

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Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre. »

<p>Michel Corbeil</p>

(Québec) Contrairement à 2011, au Québec, les sénateurs conservateurs observeront depuis les lignes de touche la campagne électorale fédérale qui s'étire jusqu'au 19 octobre. Officiellement, les scandales qui ont éclaboussé le Sénat n'y sont pour rien.

Depuis le déclenchement de la course électorale, les représentants nommés par la formation politique du premier ministre sortant Stephen Harper se font très discrets. Dans les rassemblements partisans, dans l'organisation de la course et dans la mise en place de la stratégie, ils ne sont pas au coeur de l'action.

Aucun mot d'ordre n'a été émis pour les écarter des lieux stratégiques, affirme Catherine Loubier, l'attachée de presse de M. Harper. «Nous voulons nous concentrer» sur les efforts pour l'élection des candidats en lice.

Des membres de la Chambre haute ont été aperçus dans des événements partisans, comme la présence de Michel Rivard et de Ghislain Maltais, lors du passage récent de M. Harper à Québec. Au précédent scrutin, ils se sont respectivement occupés de la formation des agents officiels du Parti conservateur dans la région et de l'organisation sur le terrain pour tout l'est du Québec.

Cette fois, «nous n'avons pas de planification pour [l'utilisation] des sénateurs», au niveau national. Mme Loubier signale que «les campagnes sont gérées localement» et que, comme tout citoyen bénévole, les sénateurs peuvent donner un coup de main.

La porte-parole ne commente pas les raisons pour ne pas recourir au service des sénateurs. «Je ne parle pas du passé. Je parle de l'actuelle campagne.»

Le procès pour fraude du sénateur Mike Duffy et les enquêtes pour dépenses illégales sur sa collègue Pamela Wallin ne sont pas à l'origine du choix tactique, répond la conseillère du premier ministre sortant. Nous nous concentrons sur ce que nous disent les électeurs, soit l'économie et la sécurité, et sur le choix qu'ils auront à faire, le 19 octobre, explique-t-elle en substance.

Pas de vagues

Aucun des conservateurs membres du Sénat joints par Le Soleil ne s'offusque d'être laissé à l'écart. Par contre, un proche de l'institution confie que des sénateurs trouvent «malheureuse» la décision.

«Ils auraient aimé donner un coup de main.» Mais le contexte est «très difficile et l'aile québécoise - l'organisation conservatrice - du Québec ne veut pas être proche du Sénat et n'est pas à l'aise» de lui faire appel. À son avis, cela ne se verrait pas dans toutes les autres provinces.

Les principaux intéressés refusent de critiquer les stratèges du parti. Michel Rivard est à une année de la retraite que doivent prendre les sénateurs - 75 ans. «Ça ne me froisse pas. Je ne suis pas humilié du tout. Mais [l'organisation centrale] on ne me l'a pas demandé», de plonger dans l'action.

Il signale que le premier ministre Harper n'a pas hésité à lui serrer chaleureusement la main. M. Rivard reconnaît cependant que «le Sénat est un boulet pour la campagne conservatrice» et qu'il comprendrait que les stratèges hésitent à demander l'aide de sénateurs dont la réputation est salie par une infime minorité, insiste-t-il. Lui-même a refusé à prendre part à l'ouverture de locaux électoraux pour laisser toute la place aux candidats devant les médias.

Laisser la place aux plus jeunes

Ghislain Maltais estime «qu'à mon âge [72 ans], il faut laisser ça aux plus jeunes». Il s'était fait une réputation de stratège efficace, notamment avec l'élection de Denis Lebel. «Je suis un organisateur de la vieille école, laisse-t-il tomber. Je n'ai jamais travaillé avec les médias sociaux. Il y a une équipe jeune. Je ne veux pas m'en mêler.»

Lui aussi comprendrait qu'une méfiance se soit installée dans la machine conservatrice face aux sénateurs parce qu'avec les scandales, «on passe tous dans le même hachoir» aux yeux du public et des médias. «C'est sage de ne pas se mettre en évidence.»

Il n'a pas été possible de s'entretenir avec le leader du gouvernement au Sénat. Claude Carignan n'accorde pas d'entrevue. Nous n'avons pu obtenir les commentaires de Pïerre-Hugues Boisvenu, qui avait pris une part active au déroulement de la campagne 2011. Signalons cependant que M. Boisvenu siège comme indépendant depuis juin lorsque la Gendarmerie royale du Canada a annoncé qu'elle enquêterait sur les dépenses de celui-ci et d'une trentaine de collègues.

Jacques Demers: «On paye le prix pour quelques imbéciles»

Le sénateur - et dernier gagnant de la Coupe Stanley avec le Canadien de Montréal - Jacques Demers écarte toute possibilité de mettre sa notoriété au service du Parti conservateur du Canada (PCC) qui l'a nommé à la Chambre haute.

Joint par Le Soleil, l'ex-entraîneur de hockey ne cache pas qu'il a été durement affecté par les cas de dépenses illégales et de fraude auxquels sont mêlés des membres qui siègent avec lui dans l'auguste institution.

«On passe tous dans la même gang [de présumés fraudeurs]. Et je ne suis pas capable d'accepter ça. [...] Ça fait mal, ça.»

M. Demers fait valoir que la vaste majorité de ses collègues sont intègres et exempts de tout reproche. Personnellement, «j'ai été blanchi par le Vérificateur général», rappelle-t-il.

Lors des dernières élections générales, l'organisation du premier ministre sortant Stephen Harper lui a demandé d'enregistrer des messages téléphoniques pour inciter les électeurs à voter conservateur.

Cette année, comme pour les autres sénateurs québécois, «il n'y a personne qui m'a appelé» pour qu'il mousse la popularité des candidats de la formation politique. «Mais si on le fait [le joindre], je n'y vais pas, tranche-t-il. C'est mon coeur qui parle», prend-il soin d'ajouter.

Jacques Demers n'en a pas contre le PCC. «Je ne souhaite pas de mal au parti» et il apprécie toujours son chef. Et ce, même si «on a senti que les sénateurs n'étaient pas tellement bienvenus [dans la campagne]. Je n'ai aucun problème avec ça.

«On paye le prix pour quelques imbéciles. On travaille tellement fort pour notre intégrité. Je ne connaissais pas le Sénat. J'avais une crainte au niveau de mon éducation.

«J'ai prouvé aux gens que, malgré quelques petites faiblesses en éducation - écrire et lire que j'ai appris avec le temps -, ils n'ont pas été déçus par moi. C'est inacceptable [...] le parcours que certains ont pris au détriment des payeurs de taxes», réitère-t-il.

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