Vérification faite: la croissance par l'asphalte

Le chef libéral Justin Trudeau a dévoilé son... (La Presse Canadienne, Paul Chiasson)

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Le chef libéral Justin Trudeau a dévoilé son plan «historique» pour les infrastructures, jeudi dernier. Il n'est pas le seul à jouer cette carte, qui est un grand classique des campagnes électorales.

La Presse Canadienne, Paul Chiasson

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Les Canadiens sont appelés aux urnes le 19 octobre. »

(Québec) «Chaque dollar dépensé dans les infrastructures publiques fait croître notre économie, crée des emplois et renforce nos villes et nos municipalités. Il incombe au gouvernement d'agir résolument et dans l'intérêt public. La croissance économique du Canada a été rendue possible grâce à des projets d'infrastructures ambitieux», a déclaré le chef libéral Justin Trudeau, jeudi, lors du dévoilement de son plan «historique» pour les infrastructures.

Celui-ci prévoit dépenser 125 milliards $ sur 10 ans. Aucun projet concret n'y est avancé, mais les documents du parti parlent notamment de logement abordable, de garderies, de transport en commun et d'aqueducs. Il est également question de recentrer le fonds Chantiers Canada sur «les routes, les ponts et les passages frontaliers».

M. Trudeau, remarquons-le, n'est pas le seul à jouer cette carte, qui est un grand classique des campagnes électorales. Le gouvernement conservateur sortant a lancé un «Plan d'action économique» de 63 milliards $ en 2009, tout juste après le plongeon économique mondial de 2008, qui a (entre autres) appuyé «des milliers de projets d'infrastructure».

Mais est-ce que ça marche? Est-ce qu'on développe vraiment une économie en investissant, permettez la caricature, dans du béton?

Les faits

Tous les économistes à qui Le Soleil a posé la question - Stephen Gordon (Université Laval), Jean-Pierre Aubry (CIRANO), ainsi que Pierre Fortin et Philip Merrigan (UQAM) - ont répondu essentiellement la même chose. Il est possible de développer une économie en travaillant sur ses infrastructures, mais tout est dans la manière. Et les gouvernements ne font pas toujours les choix les plus stratégiques...

«À court terme, dit M. Fortin, ces projets-là créent des emplois, mettent de l'argent dans les poches des ouvriers, les ouvriers vont aller le dépenser ailleurs dans l'économie, et cela va avoir un effet multiplicateur. [...] Mais tu aurais le même effet si tu faisais creuser des trous quelque part pour les remplir tout de suite après.»

Pour qu'une infrastructure engendre de l'activité économique à plus long terme, il faut qu'elle ouvre de nouvelles opportunités ou améliore celles qui existaient déjà. Si l'on construit une nouvelle route entre deux régions qui n'étaient pas reliées auparavant (et qui ont des marchandises à s'échanger), on peut certainement s'attendre à ce que cela fasse s'accroître le PIB. Mais si on ne fait que retaper un chemin ou un pont préexistant, l'investissement n'aura pas ou peu d'effet au-delà des coûts de rénovation, expliquent les économistes.

Maintenant, toute la question est de savoir si les projets retenus dans ces grands plans d'infrastructure appartiennent à la première ou à la seconde catégorie. Si les projets sont sélectionnés sur la base de leurs coûts et bénéfices économiques. Et sur ce point, nos experts ne sont pas particulièrement optimistes.

«Je ne dis pas que ça ne se fait jamais, mais en général les choix sont plutôt faits à la pièce [pour que] le député fédéral du coin vienne couper son ruban, dit M. Aubry. [...] Quand j'ai entendu Justin Trudeau, je me suis dit : OK, c'est bien, on va investir, mais je n'ai pas vu la dimension stratégique qu'il faut, ça m'a semblé être plus du saupoudrage.»

Même son de cloche chez M. Gordon : «Ce qui m'inquiète dans le plan libéral, c'est qu'ils annoncent un chiffre de dépense sans parler de ce que ça va rapporter. [...] J'ai l'impression qu'on ne regarde pas de quoi on a besoin, mais qu'on décide à l'avance ce qu'on va dépenser et qu'on décide ensuite dans quoi va aller l'argent.»

Compte tenu du sous-entretien chronique qui a longtemps été le lot de nos infrastructures, ce n'est pas un mal en soi que de s'en occuper, disent nos quatre économistes. Mais encore faut-il le faire au bon moment, dit M. Merrigan, quand l'économie a vraiment besoin d'un «petit remontant».

«En 2008, on savait que la récession serait profonde, alors il y avait un intérêt à devancer des dépenses d'infrastructures. Mais à mon avis, ce n'est pas le cas maintenant. On ne sait même pas si on sera en récession, et même si on l'est, c'est clair que ce ne sera pas une récession importante.»

Pire encore, dit-il, les grands programmes d'investissements publics «drainent beaucoup de main-d'oeuvre, ils saturent le marché et il n'en reste plus, ou moins, pour les projets privés. Alors, si on lance ce genre de programme dans une période où il y a déjà des investissements privés qui se font, on n'est pas plus avancé.»

Verdict

On peut bel et bien développer une économie en investissant dans les infrastructures, mais tout dépend des détails concrets - et le plan libéral en contient trop peu pour que l'on sache s'il aura les vertus que lui prévoit M. Trudeau.

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