Hillary la mal-aimée

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Hillary Clinton

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Ivan Couronne
Agence France-Presse
WASHINGTON

En février, un journaliste a demandé à Hillary Clinton si elle avait toujours dit la vérité aux Américains. «J'ai toujours essayé», lui a répondu la candidate démocrate à la Maison-Blanche.

D'autres personnalités politiques moins précautionneuses auraient répondu d'un «oui» sans équivoque. Mais Hillary Clinton, avocate de formation, pèse chaque mot pour ne jamais être prise en défaut. Son effort de sincérité passe, pour ses contempteurs, pour de la duplicité.

Tel est le malentendu que Hillary Clinton, après plus de trois décennies de vie publique, continue d'entretenir avec les Américains. Son paradoxe, c'est d'avoir réussi à se hisser au seuil d'une victoire historique - la première femme à présider les États-Unis - tout en étant l'une des personnalités politiques les plus impopulaires de l'histoire récente.

Ce décalage ne date pas d'hier. En 1979, la femme du gouverneur de l'Arkansas Bill Clinton se résignait déjà à ce que le public se méprenne à son égard.

«C'est l'un des dangers de la vie publique: on ne peut pas vivre sa vie en se conformant à l'image que s'en font les autres», philosophait-elle.

Elle était alors trop affirmée, en avance sur la société patriarcale du Sud. Aujourd'hui, la quasi-septuagénaire est malgré elle une représentante de l'establishment, usée par les épreuves.

«Je sais très bien que certains ne savent toujours pas quoi penser de moi», a-t-elle admis lors de son discours d'investiture, en juillet à Philadelphie.

La vie de Hillary Clinton, 69 ans, ne compte pourtant plus beaucoup de zones d'ombre.

Tenace

Née le 26 octobre 1947 à Chicago, Hillary Diane Rodham grandit dans la banlieue de la classe moyenne blanche de Park Ridge. Elle est l'aînée de trois enfants.

Son père Hugh Rodham, ancien formateur de l'US Navy pendant la guerre, est un petit patron républicain d'une entreprise de rideaux, issu d'une famille ouvrière de Scranton, en Pennsylvanie. Sa mère Dorothy Howell, qu'elle adore, s'occupe des activités des enfants, notamment à l'église méthodiste du quartier.

Bonne élève, Hillary poursuit ses études à la prestigieuse université pour jeunes femmes Wellesley College, près de Boston, un premier exil. Elle s'ouvre au monde, découvre la lutte pour les droits civiques, la guerre du Viêtnam... et se convertit aux idées démocrates.

Mais son mai 1968 n'a rien de révolutionnaire. Élue présidente des étudiantes de Wellesley, Hillary n'attise pas les flammes de la contestation. La fibre centriste et pragmatique, que la gauche démocrate lui a tant reprochée en 2016, était déjà à l'oeuvre.

Hillary Diane Rodham a rencontré son mari, Bill... (Photo AP, Seth Wenig) - image 2.0

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Hillary Diane Rodham a rencontré son mari, Bill Clinton, à l'une des meilleures écoles de droit des États-Unis, Yale. Chelsea, leur fille unique, est née en 1980.

Photo AP, Seth Wenig

Tout comme son engagement dans la cause des femmes et des enfants. Son premier vrai job est au Fonds de défense des enfants, à la sortie de l'une des meilleures écoles de droit des États-Unis, Yale, où elle a rencontré Bill Clinton. Chelsea, leur fille unique, naît en 1980.

Après une longue hésitation et un détour par la commission d'enquête sur le scandale du Watergate, Hillary choisit de suivre son homme au fin fond de l'Arkansas, un nouvel exil qui surprend ses amis.

Elle y devient la brillante partenaire politique de Bill, jusqu'à leur accession à la Maison-Blanche en 1993. Mais, chargée de la réforme du système de santé américain, elle échoue et se referme, rejetée par le microcosme washingtonien.

Au nom du respect de sa vie privée, elle envenime par son obstruction certaines controverses, dont la complexe affaire immobilière de Whitewater. Ses relations avec la presse politique, dont elle méprise la trivialité, ne s'en remettront jamais.

«J'ai toujours voulu avoir une zone de vie privée», a-t-elle convenu en 1994, ajoutant à contrecoeur : «Après avoir longtemps résisté, on m'a sortie de cette zone.»

Des hauts et des bas

La suite de sa carrière est une succession de hauts et de bas dans sa relation avec le grand public.

Haut, quand les Américains compatissent avec elle au pire de l'humiliation de l'affaire Monica Lewinsky en 1998. Ou quand les New Yorkais l'élisent sénatrice en 2000.

Bas, quand elle vote pour la guerre en Irak en 2002, et échoue aux primaires présidentielles de 2008 contre un quadragénaire du nom de Barack Obama. Et haut à nouveau quand il la choisit pour diriger la diplomatie.

L'affaire de sa messagerie personnelle, préférée à un compte gouvernemental afin de protéger ses communications - encore la vie privée -, gâche son retour en politique en 2015.

Ses adversaires, fouillant dans ses communications, croiront y dénicher la preuve de son obsession du secret. Le présentateur sarcastique de gauche Bill Maher y a découvert une autre femme: «une technocrate qui n'arrête jamais de travailler».

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