Obama, espoir déçu d'une Afrique sans illusion

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Des Kenyanes posent devant un portrait du président Obama.

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Cyril Belaud
Agence France-Presse
Nairobi

«Le rêve est devenu réalité», «Notre fils, notre espoir» : la presse kényane, et avec elle toute l'Afrique, avait béni l'élection de Barack Obama en 2008. Huit ans plus tard, l'enthousiasme est bien moindre sur un continent qui l'accuse de l'avoir délaissé et n'attend rien de son successeur.

L'élection du premier président noir des États-Unis, le 4 novembre 2008, avait déclenché des scènes de liesse en Afrique, surtout au Kenya, le pays dont est originaire son père et qui avait même décrété un jour férié pour saluer un événement «historique».

L'Afrique espérait que cette élection rejaillirait sur elle. Mais alors que le président américain s'apprête à passer la main à Hillary Clinton ou Donald Trump, il se voit aujourd'hui reprocher d'avoir négligé le continent, même s'il y conserve une énorme aura.

«L'Afrique avait des attentes irréalistes envers Obama, étant donné ses origines», observe Aly-Khan Satchu, un analyste économique kényan. «Surtout lors de son premier mandat, Obama a été moins impliqué en Afrique [que son prédécesseur George W. Bush].»

«À cause de la récession aux États-Unis, il devait montrer au public américain qu'il était le président des États-Unis», ajoute-t-il. «Durant son second mandat, il a essayé de s'occuper de la question et a fait plus pour l'Afrique.»

Obama a de fait tardé à s'engager dans une région qu'il ne considère pas au coeur des intérêts américains, préférant faire de l'Asie-Pacifique la pièce maîtresse de sa politique étrangère.

«La priorité des États-Unis et d'Obama c'était de préparer l'avènement du siècle asiatique», note Achille Mbembe, historien à l'université de Witwatersrand, à Johannesburg. «L'Afrique dans ce contexte est perçue comme un lieu potentiel de chaos, de désordre et surtout d'incubation du terrorisme».

Contrairement à Bush, dont le programme Pepfar de lutte contre le sida a contribué à sauver des millions de vies en Afrique, Obama n'a concrétisé aucune initiative majeure sur le continent.

Son projet phare, Power Africa, censé doubler l'accès à l'électricité en Afrique subsaharienne, est encore loin d'avoir atteint ses objectifs. Il n'a pour l'instant généré que 400 mégawatts (MW) sur les 30 000 prévus d'ici 2030.

Ses efforts pour lutter contre les groupes djihadistes - les shebab en Somalie, Boko Haram au Nigeria - n'ont pas non plus été complètement couronnés de succès, pas plus que ses tentatives de promouvoir la démocratie sur le continent.

«Les mains liées»

À l'exception d'une escale au Ghana en 2009, au cours de laquelle il avait déclaré que «l'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, elle a besoin d'institutions fortes», il a attendu 2013 pour effectuer sa première tournée africaine, au Sénégal, en Tanzanie et en Afrique du Sud.

Il y est revenu en 2015, au Kenya et en Éthiopie. Chaque fois, il a incité les Africains à prendre leur destin en mains. Ce discours s'est doublé d'une campagne à l'intention des entreprises américaines (Doing Business in Africa), pour les convaincre d'investir en Afrique.

À la traditionnelle politique axée sur l'aide, il a cherché à substituer un partenariat économique plus égalitaire. Les exportations africaines (hors pétrole) vers les États-Unis ont ainsi augmenté de 46 % entre 2009 et 2015.

Malgré les critiques dont il a été l'objet, Obama a tout de même lancé des projets qui «pourraient à long terme avoir un impact positif sur le continent», estime Liesl Louw Vaudran, analyste pour l'Institute for Security Studies.

«Le fait qu'il soit proche, sur le plan racial notamment, de l'Afrique a été un talon d'Achille. Il avait les mains plus liées que les autres présidents. Mais il est venu en Afrique et y a tenu des discours mémorables, a requinqué les jeunes Africains», considère Ousmane Sène, directeur du WARC (West Africain Research Center), basé à Dakar.

L'Afrique a été complètement occultée dans la campagne électorale américaine, par Hillary Clinton comme par Donald Trump. Le candidat républicain, dont les relents xénophobes et anti-musulmans inquiètent, est loin d'y faire l'unanimité.

«Beaucoup de dirigeants africains et d'Africains [...] sont plus à l'aise avec la perspective d'une présidence Clinton. Hillary Clinton est bien connue et elle connaît bien l'Afrique» avance J. Peter Pham, de l'Atlantic Council à Washington.

Trump, qui entend renégocier plusieurs accords commerciaux internationaux, pourrait être tenté de faire de même avec l'Agoa (Africa Growth and Opportunity Act), le programme américain permettant à certains pays africains d'être exonérés de taxes pour exporter leurs produits aux États-Unis.

Mais il est peu probable que le Congrès le suive sur cette voie. «La politique africaine des États-Unis tend à bénéficier d'un soutien bipartisan», juge J. Peter Pham, pour qui il y a «une large continuité» d'une administration à l'autre.

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