Un mormon sur les talons

S'il devait l'emporter dans l'Utah, Evan McMullin deviendrait... (AFP, GEORGE FREY)

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S'il devait l'emporter dans l'Utah, Evan McMullin deviendrait le premier indépendant à arriver en tête d'un État à la présidentielle en près de 50 ans.

AFP, GEORGE FREY

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Agence France-Presse
Salt Lake City

Sérieux, discret, poli, Evan McMullin est l'exact opposé de Donald Trump. Ce mormon de 40 ans, ex-agent de la CIA longtemps resté dans l'ombre, défie l'hypermédiatique candidat à la présidentielle dans l'Utah, bastion républicain.

«Je suis le seul vrai conservateur de cette élection», martèle l'homme qui est entré en campagne en août en tant qu'indépendant, dans seulement certains États comme l'y autorise le système électoral américain.

À quelques jours du scrutin, McMullin talonne le magnat de l'immobilier dans l'Utah, où la population à 60 % mormone vote républicain depuis des décennies. L'Église mormone, qui puise dans la tradition chrétienne en y ajoutant sa propre théologie, est socialement très conservatrice.

Si Evan McMullin l'emporte, ce sera la première fois en près de 50 ans qu'un indépendant arrive en tête d'un État à la présidentielle.

Devant cette chance de se faire une place dans l'Histoire, il ratisse l'Utah, de déjeuners avec des bénévoles en séances de questions-réponses avec des Hispaniques ou pose pour des photos-souvenir.

Silhouette mince en costume strict, lèvres fines, yeux bleus et crâne rasé, il se positionne en chevalier blanc qui peut sauver l'Amérique de «deux candidats corrompus et arrivistes» : la démocrate Hillary Clinton et, surtout, Donald Trump.

«Ne laissons pas l'Utah revenir à Trump. Choisissez le camp des principes, de l'égalité quelle que soit votre race et religion», déclare-t-il à un parterre d'étudiants à l'allure aussi sage que lui dans une université de Salt Lake City, capitale de l'Utah et des mormons.

Son message fait mouche. Les accusations d'agressions sexuelles de femmes à l'encontre du champion républicain ont choqué cette communauté très puritaine.

Chez les mormons, longtemps persécutés et attachés à la liberté religieuse, ses propos contre les musulmans passent également très mal. Cette communauté est aussi plus libérale sur l'immigration que d'autres groupes chrétiens, car beaucoup de mormons partent chaque année en mission d'évangélisation en Amérique du Sud, où leur Église compte des millions d'adeptes.

«Vous voulez aussi construire un mur à la frontière mexicaine?» l'interroge en espagnol une femme angoissée lors d'une rencontre dans un lycée, à propos d'une promesse de M. Trump.

«Je suis contre l'expulsion de 11 millions d'immigrés en situation irrégulière, pour ne pas briser des familles et perturber notre économie», dit-il, prenant le contrepied de Trump et déclenchant une salve d'applaudissements.

Malgré son allure lisse, McMullin n'est pas si conventionnel : il est célibataire et sans enfant à l'âge où beaucoup de ses coreligionnaires deviennent grands-parents, et sa mère s'est remariée avec une femme alors que l'homosexualité est encore difficilement acceptée dans leur Église.

Six grands électeurs

En cas de vote serré, il pourrait priver Trump comme Clinton des six grands électeurs de l'Utah et les empêcher de parvenir aux 270 nécessaires pour décrocher la Maison-Blanche. Selon le 12e amendement de la Constitution, ce serait alors au Congrès de choisir le président ou la présidente.

Conscient du danger, l'ex-vedette de téléréalité a commencé à s'en prendre à «ce personnage qui va de café en café» et «nous pose problème dans l'Utah».

«Pendant que vous harceliez des femmes à des concours de beauté, je combattais le terrorisme à l'étranger», a répliqué l'intéressé, adepte comme lui des joutes virales sur les réseaux sociaux. M. McMullin a aussi dit avoir reçu des menaces de mort de partisans xénophobes de Donald Trump.

Lou Dobbs, animateur de la chaîne très à droite Fox, l'a traité sur Twitter de «marionnette de la mafia mormone et de Romney», l'ex-candidat à la présidentielle en 2012.

Mitt Romney, influent mormon qui a tenu en mars un féroce discours anti-Trump, ne soutient pas officiellement McMullin. Il lui a toutefois loué son carnet d'appels à donations de 2012 et la colistière de McMullin, Mindy Finn, fut l'une de ses collaboratrices.

S'ils ont réussi à collecter 1 million $, essentiellement des petites contributions, ils n'ont pas rallié de gros donateurs.

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