La présidentielle américaine vue par Beau Willimon

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(Québec) S'il a pris plaisir à décrire les pires magouilles politiques dans la série House of Cards, dont il a signé l'adaptation pour Netflix, ou dans la pièce Les marches du pouvoir, présentée ce mois-ci à La Bordée, l'auteur américain Beau Willimon se défend d'être cynique et se décrit plutôt comme un optimiste. Ce qui ne l'empêche pas de craindre le pire à quelques jours d'une élection présidentielle historique qui décidera qui de Donald Trump ou d'Hillary Clinton élira domicile à la Maison-Blanche.

En entrevue lors de son passage à Québec, mercredi, ce fervent démocrate n'a pas caché sa nervosité devant l'issue du vote du 8 novembre. «Bien sûr que je suis nerveux! a-t-il lancé. Si Donald Trump gagne, ce ne sera pas seulement un désastre pour les États-Unis, mais pour le monde entier. Les enjeux sont grands. Plusieurs personnes ont regardé cette campagne comme un divertissement. Quand elles entreront dans l'isoloir, j'espère qu'elles réaliseront qu'il n'y a pas matière à rire quand on songe à la valeur d'un vote. J'ai confiance que sur 150 millions d'Américains, une majorité entend toujours raison et que cette catastrophe ne se produira pas mardi. Mais on ne sait jamais...»

Avant de faire ses choux gras des dessous pas toujours propres de la politique américaine, le scénariste derrière le machiavélique personnage de Frank Underwood a lui-même goûté à l'arène politique. Dans la vingtaine, Beau Willimon a oeuvré à plusieurs campagnes sénatoriales - dont celle d'Hillary Clinton en 2000 - et présidentielles. C'est, semble-t-il, en s'impliquant dans le clan d'Howard Dean lors des primaires de 2004 qu'il a trouvé l'inspiration pour sa pièce Farragut North, traduite en français par Les marches du pouvoir et portée au cinéma par George Clooney en 2011. La politique a donc nourri sa plume, mais pas son cynisme, précise l'auteur. 

«Dans mon travail, je n'essaie jamais de rendre les gens blasés ou cyniques. J'essaie seulement de montrer le monde. Disons que dans Les marches du pouvoir et dans House of Cards, je montre une facette qui a tendance à être plus sombre. Ça ne prétend pas être un portrait complet du monde politique. Mais ça m'apparaît plus intéressant d'un point de vue dramatique. Pas tant dans ce que ça révèle du processus politique, même si ça révèle quelque chose, mais davantage pour les oppositions que ça génère entre les personnages, pour leur rapport au pouvoir et à l'ambition. Et ces considérations dépassent les frontières du monde politique.»

Politique-spectacle

Artisan des planches et de l'écran, Beau Willimon déplore le fait que la campagne présidentielle qui tire à sa fin soit tombée dans la politique-spectacle. Il cite certes le candidat républicain, qui a multiplié les déclarations incendiaires. Mais pas que lui. 

«Doit-on blâmer davantage Trump ou la société dans son ensemble? s'interroge-t-il. On vit avec la téléréalité depuis presque 30 ans maintenant. On assiste actuellement à la première campagne qui s'assimile à un concours de téléréalité. On parle tellement plus du contenant et du spectacle que du contenu. Les gens regardent des émissions comme Survivor. L'attrait n'est pas tant de savoir qui va gagner, mais dans les magouilles ou le mélodrame. [...] Nous sommes maintenant devant une génération de gens qui ont grandi avec ça. Et ceux parmi nous qui se souviennent de l'époque qui a précédé ont vécu avec cette culture depuis si longtemps qu'elle a peut-être influencé notre façon de percevoir le monde. Je crois que ce chevauchement nous a malheureusement peut-être distanciés des vrais enjeux de cette élection.»

Alors qu'une cinquième saison de House of Cards est prévue pour 2017, elle se fera sans Beau Willimon, qui se consacre maintenant à d'autres projets... Et qui observe la politique d'un peu plus loin qu'il y a quelques années. «J'ai participé à des collectes de fonds pour Hillary et je suis toujours en contact avec des amis dans le domaine», résume celui qui a néanmoins multiplié les interventions sur les réseaux sociaux pour appuyer le camp démocrate... Ou dénoncer le candidat républicain, c'est selon. Une prise de parole faite sans grandes illusions.

«Malheureusement, il y a eu trop d'occasions de me prononcer pendant cette campagne électorale, évoque-t-il. Je suis toujours un peu déchiré dans tout ça. Parce que beaucoup de ce qui s'écrit sur les réseaux sociaux ressemble à du bruit. Ça ne convainc pas nécessairement grand monde. Les gens choisissent qui ils suivent et quels médias ils consomment. On prêche tous pour des convertis, de nos jours.»

Après avoir navigué dans la vraie politique et brodé des scénarios dans la fiction, Beau Willimon a une certitude : à quelques jours du vote, mieux vaut ne pas se risquer au jeu des prédictions. «La seule chose que j'ai apprise en politique, c'est que personne n'en sait jamais rien, laisse-t-il tomber. Je pense qu'en ce moment [mercredi], les choses semblent bien aller pour Hillary Clinton. J'espère qu'elle va gagner. Mais bien des choses peuvent se produire en quelques jours...»

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