Le conte à relais: un Noël sans patates en poudre (5)

La période des Fêtes en est une de partage, de fantaisie, mais aussi... (Illustration Guy Badeaux, Le Droit)

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Illustration Guy Badeaux, Le Droit

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Conte à relais

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(Ottawa) La période des Fêtes en est une de partage, de fantaisie, mais aussi d'introspection. Dans cet esprit, les journaux de Groupe Capitales Médias vous proposent un conte, publié en six volets, qui saura vous faire sourire, mais aussi réfléchir. Signés de la main de journalistes de nos six journaux, les chapitres de ce conte à relais, illustrés par nos caricaturistes, vous feront voyager à coup sûr. Bonne lecture!

CINQUIÈME DE SIX

«Puis-je me joindre à vous pour le petit-déjeuner, ma chère Renée?

- Heu... oui... oui, bien sûr, Fernand. Excusez-moi, j'étais un peu perdue dans mes pensées.

(Le préposé pousse le fauteuil roulant du nonagénaire près de la table et quitte la pièce).

- Tout va bien Renée?

- Oui, merci. Mais j'ai fait un rêve tellement bizarre la nuit dernière. Bizarre et intrigant.

- Racontez, Renée.

- Mes enfants sont partis hier soir, immédiatement après notre visite dans votre chambre. Et désolée que notre visite se soit éternisée, soit dit en passant.

- Mais voyons, Renée! J'ai passé une magnifique soirée avec vous quatre. Vos enfants sont formidables. Et cette Carolanne et tous ses voyages avec comme bagage un simple sac à dos. Elle en a du courage, votre fille! Une vraie aventurière!

- Je crois qu'elle a fait le tour de la planète, celle-là! Je vous montrerai un bon jour toutes les cartes postales qu'elle m'a envoyées et que j'ai conservées au fil des années. Vous en serez renversé, Fernand.

- J'ai déjà hâte de voir et de lire ça. Et ce rêve, Renée? 

- Ah oui. Ce rêve! Eh bien dans ce rêve, mes enfants m'emmenaient hier soir à l'aéroport. Imaginez. Mais sans me dire la raison de ce déplacement. Puis nous étions là, à l'aéroport, sans but précis, sans billet d'avion, sans valises. Rien. Puis tout à coup, Carolanne a crié : «C'est lui!» Puis la lumière du jour m'a réveillée et c'est ainsi que ce drôle de rêve a pris fin.

- Et de qui s'agissait-il, Renée? Qui était là quand Carolanne a lancé : «C'est lui!»?

- ... Vous, Fernand.

- Moi!? Ha! Ha! Ha! Mais ce n'est pas un rêve que vous avez fait, ma chère Renée, c'est un véritable cauchemar!

- Bizarre et intrigant, vous disais-je. 

- Peut-être rêvez-vous

secrètement de voyager,

Renée. De voyager comme votre fille le fait. Votre rêve vous a parlé.

- Ah! Si seulement j'en avais les moyens! D'ailleurs, Carolanne part pour l'Italie dans quelques jours. J'aimerais tellement voir ce pays. Mais...

- Vous y êtes probablement déjà allée dans une autre vie, ma chère.

- Que voulez-vous dire, Fernand?

- Vous avez une vieille âme, Renée. Ça se voit dans vos yeux.

- Dans mes yeux?

- Oui. Dans vos gestes de bonté. Mais surtout dans le regard que vous posez sur les gens. Vous avez un regard plein de compassion, d'empathie et d'amour.

- Vous allez me faire rougir, Fernand.

- Mais c'est vrai. Vous avez été la première à m'accueillir ici. La première à me parler. Vous avez compris ma solitude. Rien ne vous obligeait à agir ainsi. C'est votre âme qui vous a guidée. Je l'ai vu dans vos yeux.

- Vous êtes bien gentil, Fernand. Et vous? Avez-vous déjà visité l'Europe?

-Non. Ma femme et moi avons élevé nos trois enfants. Et je travaillais de longues heures dans ma poissonnerie. Puis les années ont passé sans même que je m'en rende compte. Nos enfants ont quitté la maison, ils se sont mariés et ils font aujourd'hui leur vie loin d'ici, loin de moi. Mon épouse a quitté ce monde à l'âge de 67 ans, il y a 25 ans. Ce maudit cancer. La maladie s'est ensuite acharnée sur moi et j'en ai perdu l'usage de mes jambes. Et me voici aujourd'hui. Un vieil homme de 92 ans qui se demande comment la vie a pu lui filer si vite entre les doigts. Alors non, ma chère Renée. L'Europe, pour moi, ce sera pour une autre vie, j'imagine.

- Parce que vous avez aussi une vieille âme, Fernand?

- Il en faut une pour en reconnaître une autre, dit-on. (Rires)

- Ce sera notre petit secret entre nous.

- Et si vous aviez les moyens d'aller en Italie avec Carolanne, Renée? 

- Mes valises m'attendraient déjà à la porte! Et j'ai bien dit mes valises, et non mon sac à dos. Ce serait un hôtel cinq étoiles pour moi, rien de moins! Et c'est enfin moi qui enverrais des cartes postales! Mais comme vous dites, Fernand, ce sera pour une autre vie. L'argent ne tombe pas du ciel.

- Pas du ciel, non...

Dernier volet demain, signé Mylène Moisan

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