Le conte à relais: un Noël sans patates en poudre (4)

La période des Fêtes en est une de partage, de fantaisie, mais aussi... (Illustration Jean Isabelle, Le Nouvelliste)

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Illustration Jean Isabelle, Le Nouvelliste

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Conte à relais

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La période des Fêtes en est une de partage, de fantaisie, mais aussi d'introspection. Dans cet esprit, les journaux de Groupe Capitales Médias vous proposent un conte, publié en six volets, qui saura vous faire sourire, mais aussi réfléchir. Signés de la main de journalistes de nos six journaux, les chapitres de ce conte à relais, illustrés par nos caricaturistes, vous feront voyager à coup sûr.
Bonne lecture!

QUATRIÈME DE SIX

Le soleil paressait sur le visage de Renée depuis un long moment déjà.

Elle paressait d'ailleurs plus que lui, contrairement à son habitude.

Elle traînait au lit, tentant vainement de se convaincre qu'elle était fatiguée de son party de la veille.

Vrai que la fête avait été intense. Elle s'en repassait les meilleurs moments à répétition comme une bande-annonce de film. Si certains dessinaient encore un sourire sur ses lèvres, elle n'arrivait pas à chasser complètement un incompréhensible vague à l'âme qui pesait sur elle.

«Les bons moments aussi peuvent avoir la gueule de bois, faut croire», se disait-elle, frustrée que les idées sombres bousculent les joyeuses images de la veille.

Ce matin, la morne et quotidienne réalité reprenait brutalement ses droits. Le plaisir n'a pas plus de légitimité que la tristesse : l'un et l'autre sont des malpolis qui s'imposent sans s'annoncer.

Renée ne se rendit même pas à la salle à manger pour déjeuner. Pas envie.

À Nathalie, la préposée qui ne manquerait pas de venir vérifier si elle avait pris ses pilules, elle dira tout bêtement qu'elle est fatiguée, qu'elle n'a pas l'habitude du champagne.

Ce n'était pas faux, mais ça n'avait rien à voir.

Elle traîna son poids de grisaille pendant une partie de la journée.

Jusqu'au début de l'après-midi, jusqu'à ce qu'on cogne à sa porte.

Carolanne, encore une fois, mais dans ses vêtements civils.

Elle venait voir comment sa mère se remettait de ses émotions. Elle ne pouvait se douter à quel point elle tombait bien. Sous l'impulsion de la plus jeune, les deux femmes décidèrent d'aller placoter devant un thé, en bas, dans la salle commune. Là où les résidents se retrouvent quotidiennement pour se plaindre de tout ce qui cloche au manoir sous le commode prétexte d'une partie de cartes.

Cette fois, l'humeur commune était enjouée. Les allusions coquines fusaient en rumeurs de nouvelles idylles. Le party de la veille mêlé à l'arrivée de Fernand dans la communauté donnait du carburant à la machine à papotage qui tournait à haut régime.

Renée et Carolanne y restèrent un moment jusqu'à ce que Sylvain les rejoigne. Puis Bruno. Renée était dans de bien meilleures dispositions ce qui ne l'empêchait pas de flairer quelque chose de louche dans ce soudain accès d'intérêt à son égard.

Elle s'était si souvent plainte de ne pas assez voir ses enfants, elle n'allait quand même pas maintenant se plaindre du contraire.

De retour à sa chambre, elle insista pour présenter ses enfants à Fernand, son nouveau voisin, visiblement touché par le geste. Ils y auraient passé la soirée si les enfants n'avaient pas ramené de force leur mère chez elle.

«On a une surprise pour toi, annonça Carolanne. Mais on ne te dit pas ce que c'est. Il faut juste que tu nous suives sans rechigner.» Ce qu'elle fit avec un mélange à parts égales d'agacement et de plaisir juvénile.

Le groupe monta donc à bord du VUS de Bruno qui attendait à la porte du manoir. Aux regards complices et amusés que s'échangeaient les enfants, Renée comprenait qu'elle était l'innocente victime d'une machination diabolique. 

Impression accentuée par le trajet alambiqué qu'improvisait Bruno pour faire languir sa mère. Reste que les panneaux annonçant l'aéroport, de plus en plus fréquents, n'échappaient pas à sa vigilance inquiète. «On ne s'en va pas à l'aéroport, toujours?» finit-elle par lancer alors que le mot se dessinait en lettres énormes sur le grand édifice vitré devant eux. «Bravo, Columbo!» lança Sylvain, qui fit rigoler presque tout le monde dans la voiture.

Bruno arrêta le véhicule devant un débarcadère. Avec Sylvain, les deux femmes entrèrent tranquillement dans le grand hall où se bousculaient voyageurs en quête d'évasion, familles en quête de retrouvailles et une vieille dame en quête de réponses.

Renée travaillait fort à percer le mystère dans lequel on la laissait patauger en cherchant partout un signe susceptible de l'éclairer.

- Mais voulez-vous bien me dire ce qu'on vient faire ici!

- Fais-nous confiance : tu vas le savoir bientôt, rigolait Carolanne. Et tu vas être contente.

- Ben justement, avec toutes vos surprises, vous commencez à me faire peur, vous autres.

La période des Fêtes en est une de partage, de... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Infographie Le Soleil

Renée tentait subtilement de ralentir le pas autant pour déceler un quelconque indice sur les vols attendus que pour se donner l'illusion d'avoir encore un peu de contrôle sur la situation.

Son regard de pigeon sur les amphétamines s'arrêta net en se posant sur une personne, une seule, dans le flot des fourmis voyageuses basanées.

«C'est lui!» lança Carolanne en se tournant pour voir la réaction de sa mère.

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