La photo qui prédit l'avenir

L'étude menée par LeeAnne Harker et Dacher Keltener,... (123RF/nyul)

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L'étude menée par LeeAnne Harker et Dacher Keltener, de l'Université de Californie à Berkeley, a prouvé que l'authenticité d'un sourire, même croqué au hasard d'une photographie, pouvait s'avérer un précieux indice sur ce que le futur nous réserve.

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Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / Vous souvenez-vous de votre photo d'album des finissants? De la face que vous faisiez, coiffé d'un mortier et drapé d'une toge?

Peut-être que le photographe vous avait énervé avec ses directives : souris, tourne-toi un peu vers la droite, le diplôme plus haut, non, un peu plus bas. Ou peut-être que vos amis vous observaient et que vous craigniez d'avoir l'air ridicule.

Bref, votre air bête sur ce cliché d'anthologie n'était peut-être nullement représentatif de votre tempérament au seuil de l'âge adulte. À moins que...

À moins que ce visage impassible, ce sourire forcé, eût reflété votre humeur générale de l'époque? Et si c'était le cas, aurait-on pu prédire, à partir de cette seule photo, une partie de votre avenir, comme la durée de votre mariage, à quel point vous serez heureux ou même votre longévité?

Ce serait pour le moins étonnant. Et pourtant, c'est ce qu'ont réussi à faire plusieurs chercheurs en démontrant que de simples photos de jeunesse pouvaient servir de boules de cristal.

La plus célèbre et la plus citée de ces études a été publiée en 2001. LeeAnne Harker et Dacher Keltener, de l'Université de Californie à Berkeley, ont analysé 114 photos dans les albums de 1958 et de 1960 d'un collège pour femmes d'Oakland, près de San Francisco.

À l'aide d'un système sophistiqué de codage des expressions faciales, les chercheurs ont mesuré l'intensité des sourires des étudiantes. Puis, ils ont croisé les résultats avec des données sur la vie de ces femmes, qui étaient récoltées depuis 30 ans dans le cadre d'une autre étude.

Dans les albums scrutés, seulement trois étudiantes sur 114 avaient l'air bête. Parmi le reste d'entre elles, certaines affichaient un «sourire de Duchenne», c'est-à-dire un «vrai» sourire, qui entraîne non seulement la bouche, mais le visage au complet, notamment les yeux qui plissent. Les autres ne faisaient qu'étirer les lèvres vers le haut, exhibant un «faux» sourire d'«hôtesse de l'air».

Résultats? À 52 ans, les femmes qui exhibaient un sourire radieux à 21 ans étaient en meilleure santé, plus heureuses en couple et plus satisfaites de leur vie en général.

L'étude prouvait ainsi que l'authenticité d'un sourire, même croqué au hasard d'une photographie, pouvait s'avérer un précieux indice sur ce que le futur nous réserve.

Pourquoi? Parce que ce sourire reflète ce que Harker et Kercher appellent «l'émotionnalité positive» d'une personne - c'est-à-dire sa propension à ressentir des émotions positives.

Plus votre niveau d'«émotionnalité positive» est élevé, plus vous avez tendance à être de bonne humeur, enthousiaste et énergique. Et plus il est bas, plus vous êtes susceptible d'être triste, léthargique ou en détresse.

Avant de mener leur fameuse étude, Harker et Kercher avaient lu les recherches d'autres collègues démontrant que l'«émotionnalité positive» était un trait de personnalité durable et que ceux qui en étaient bénis s'avéraient en général beaucoup agréables à côtoyer : en famille, en couple, en amitié ou au boulot.

Or, comme l'a dit le psychiatre Robert Waldinger, quatrième directeur de la plus longue étude sur le développement adulte jamais menée - la Grant Study -, le secret du bonheur et de la longévité se résume en deux phrases : «les bonnes relations nous rendent plus heureux et en meilleure santé. C'est tout.»

La plupart des humains sont incapables de simuler un sourire de Duchenne, qui est provoqué involontairement en réponse à une émotion positive comme la joie. Alors si une personne les multiplie sans effort, c'est sans doute qu'elle a la bonne humeur facile - et que les gens aiment être en sa présence. Mais est-elle vraiment susceptible de vivre plus longtemps?

Dans une étude publiée en 2010, deux chercheurs ont examiné les photos de 150 joueurs de baseball professionnels de la saison 1952 et ont vérifié la présence ou l'absence d'un sourire de Duchenne. Les joueurs qui ne souriaient pas sur leur photo mouraient en moyenne à 72 ans. Ceux qui souriaient un peu vivaient jusqu'à 75 ans. Et ceux qui exhibaient un sourire de Duchenne atteignaient en moyenne 80 ans. Bref, un sourire de Duchenne vaut de 5 à 8 ans de longévité supplémentaire...

Évidemment, ce n'est pas en vous forçant à sourire plus souvent que vous allez vivre plus longtemps ou connaître la béatitude. Ça fonctionne plutôt en sens inverse. Si vous prenez soin de votre entourage, le sourire devrait revenir de lui-même. Et qui sait, il y aura peut-être quelqu'un pour le prendre en photo.




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