Papa, un enfant à la fois

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Il est parfois logistiquement compliqué de rendre du temps en tête-à-tête avec chacun de ses rejetons. Mais le tennis verbal se pratique mieux avec juste un enfant. Et si on peut trouver au moins un moment dans la semaine pour s'y consacrer, c'est déjà ça de gagné.

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Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / Le lundi matin, c'est tranquille au café. Le bourdonnement de la fin de semaine s'est estompé et les tables sont surtout occupées par des gens qui fixent leurs ordinateurs portables.

On dirait qu'on est juste deux à parler : moi et ma fille de 4 ans. C'est notre rendez-vous en tête-à-tête hebdomadaire. 

On lit des histoires, on regarde les photos dans le journal, on s'interroge sur les allées et venues des passants aperçus par la fenêtre. 

Elle boit son jus d'orange ou son chocolat chaud, c'est difficile pour elle de choisir entre les deux, toujours avec une paille. De mon côté, je sirote un latté, et ma fille m'avertit dès que j'ai une moustache de lait. 

Je suis chanceux, je ne travaille pas le lundi matin. Et j'avoue que, parfois, j'aimerais en profiter pour lire mes journaux sans interruption, un p'tit bonheur rarissime la fin de semaine quand t'as deux jeunes mômes.

Mais je préfère aller au café avec ma fille. Parce que j'ai réalisé à quel point c'est un moment précieux pour un enfant d'avoir l'attention d'un de ses parents à lui tout seul. Peut-être même encore plus précieux pour le parent lui-même.  

À l'approche de la fête des Pères, je me demande toujours si je mérite que ma paternité soit célébrée. J'espère que je fais du bon boulot en général, mais quand je songe à ce que je pourrais faire de mieux, c'est au café du lundi que je pense. 

On insiste beaucoup aujourd'hui sur l'importance de la conciliation travail-famille. Mais les moments où j'ai vraiment l'impression de «connecter» avec mes filles, ce n'est pas quand on est en famille. 

Ça ne veut pas dire que je n'aime pas les activités familiales. J'adore quand ma petite tribu est réunie, que ce soit pour manger des crêpes le dimanche, monter le Mont-Wright ou partir en vacances dans le Maine. 

Mais ce n'est pas là que j'apprends le plus à connaître ma progéniture. C'est lorsque, par exemple, je vais dîner avec ma plus vieille de 6 ans le midi. Quand on va marcher juste les deux au bord de la rivière Saint-Charles et qu'on s'assoit sur un petit rocher pour jaser en regardant les canards.

Avec plus qu'un enfant, c'est un peu comme si on faisait du multitâche au bureau. Je vous en parlais la semaine dernière : notre cerveau est câblé pour faire juste une chose à la fois. Et on ne peut pas se concentrer sur ce que dit un de nos enfants quand l'autre nous demande un verre de lait en même temps. Ou quand on vient d'entamer une conversation en parallèle avec sa blonde sur le spectacle qu'on a vu la veille.  

Pour discuter avec un enfant, il faut être plus concentré qu'avec un adulte. Souvent, ils ne trouvent pas les mots pour exprimer leur pensée et on doit essayer de lire entre les lignes. Et les loisirs ou les sujets qui les intéressent, disons-le franchement, peuvent être profondément ennuyants pour un trentenaire. 

Ne me dites pas que vous avez du fun aux manèges des Galeries de la Capitale ou à discuter du dernier Pat'Patrouille, je ne vous crois pas. 

Comme au tennis

Par contre, ce qui est plaisant et plein de sens, c'est quand on interagit avec ses enfants comme si on jouait au tennis. 

Au tennis ? Dès la petite enfance, les marmots comprennent le monde en se basant sur les réponses de leurs parents. Des chercheurs du Centre de développement de l'enfant de l'Université Harvard ont appelé ce genre d'interactions des «services» et des «retours» («serve and return»). 

C'est simple : l'enfant fait le service, l'adulte retourne la balle. Dans son livre Helping Children Succeed, le journaliste canadien Paul Tough donne l'exemple d'un bébé : s'il sert en faisant un son ou en regardant un objet, le parent retourne la balle en partageant l'objet de son attention et en répondant à ses babillages avec des gestes, des expressions faciales ou des paroles. «Oui, c'est ton chien!» ; «Vois-tu le ventilateur?» ; «Oh, est-ce que t'es triste?»

«Ces interactions rudimentaires entre les parents et les bébés, qui peuvent sembler insignifiantes et répétitives pour les parents, sont pour les tout-petits pleines de précieuses informations sur le monde qui s'en vient», explique Paul Though. 

Plus que toute autre expérience, ces échanges fortifient chez les enfants les connexions entre les régions du cerveau qui gèrent les émotions, le raisonnement, le langage et la mémoire, précise le journaliste. Alors, non, ça n'a rien d'insignifiant.  

Bien sûr, les parents ne peuvent pas toujours prendre du temps en tête-à-tête avec chacun de leurs rejetons, et c'est parfois logistiquement compliqué. Mais le tennis verbal se pratique mieux avec juste un enfant. Et si on peut trouver au moins un moment dans la semaine pour s'y consacrer, c'est déjà ça de gagné. 

On peut faire ça au café le lundi, en prenant une marche sur le bord de la rivière ou en allant taquiner le poisson, comme le veut le cliché de la pêche entre père et fils. 

C'est d'ailleurs une de mes ambitions cet été : amener mes filles à la pêche. Une à la fois.




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