Les pas bons en maths

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Le mythe du bon/pas bon est un problème dommageable pour les élèves, et s'il y a une matière où ça se remarque davantage, c'est en mathématique.

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Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / J'ai croisé Laurence Brasset pendant qu'elle marchait avec un ami sur le trottoir, vers le Cégep Limoilou. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce qu'on se reconnait entre nous, peu importe la génération, mais j'ai eu l'impression qu'elle était en sciences humaines pas de maths.

Je n'étais pas loin. Laurence, 19 ans, de Stoneham, termine sa première année en Arts, lettres et communication, profil théâtre. J'en ai profité pour lui poser une question indiscrète : pourquoi t'as choisi un programme sans mathématique? 

«J'aime pas vraiment les maths ; j'ai jamais été bonne, ça aide pas trop», m'a-t-elle répondu. «Je suis plus artistique que logique.»

Son ami Cédrick Rivard, qui a le même âge et termine entre autres des cours en sciences naturelles, est à l'opposé. «J'ai tout le temps été bon en maths», m'a-t-il dit. «80 % pour moi c'était facile à avoir».

Avec raison, on se scandalise ces temps-ci que des notes d'élèves du secondaire et du primaire soient modifiées à la hausse sans l'accord des enseignants. Mais il y a un autre problème scolaire - plus subtil, mais plus dommageable celui-là - qui mériterait notre attention. 

C'est ce que j'appellerais, très originalement, le mythe du «bon/pas bon». Et s'il y a une matière où il fait des ravages, c'est bien en mathématique. 

Pour beaucoup d'élèves, d'enseignants et de travailleurs qui ne mettent plus les pieds dans une école, les gens se divisent en deux catégories : les bons et les pas bons en maths. 

Si t'as de la facilité avec les chiffres, t'es bon; si tu te casses la tête, t'es pas bon - et tu ne le deviendras jamais. 

Combien de fois avez-vous entendu quelqu'un dire : «Ah, moi, ça n'a jamais été ma force, les maths», comme si l'aisance avec les nombres était ne pouvait être qu'innée. Les Anglos ont une expression pour ça, ils disent : «I'm not a math person.»

J'ai moi-même cru longtemps que je n'étais pas une math person. Et dans mon entourage, il y a un paquet de lettrés qui s'estiment congénitalement poches en ce domaine.

C'est dommage, parce que cette fausse croyance entraîne des conséquences bien tangibles. Les élèves qui se perçoivent «pas bons en maths» baissent vite les bras aux examens. Et ils n'étudient pas beaucoup non plus. «À quoi ça sert de me forcer si je n'ai pas ce qu'il faut?» raisonnent-ils. 

À l'âge adulte, les «pas bons en maths» adoptent le même genre de résignation. Ils sont plus susceptibles d'éviter les tâches comptables et budgétaires, et sont sans doute plus à risque d'analphabétisme financier et de surendettement. Sans compter qu'ils sont plus vulnérables aux escrocs qui profitent de leur aversion pour le calcul.

Bien sûr, il y a des gens qui ont plus de talent que la moyenne en maths. Et il y a aussi des gens qui ont vraiment un trouble sévère de l'apprentissage numérique qui s'appelle la dyscalculie. 

Mais pour le reste d'entre nous, les habiletés en mathématiques peuvent se développer comme n'importe quelle autre habileté, que ce soit en écriture ou aux jeux vidéo. 

Durant des siècles, les neuroscientifiques ont cru que le cerveau était câblé pour de bon après l'enfance. Or, la plupart s'entendent maintenant pour dire que la boîte à penser est malléable jusqu'à tard dans la vieillesse, un phénomène appelé la «neuroplasticité».     

Le cerveau a donc le potentiel de se transformer. Ce qui veut dire que notre compétence en maths dépend beaucoup moins de nos gênes que du travail qu'on met. 

Barbara Oakley peut en témoigner. Elle a coulé ses cours de maths et de science au secondaire et a étudié en langues à l'université avant de devenir professeure de génie à l'Université d'Oakland. 

Dans son livre A Mind for Numbers (pas traduit en français), elle raconte comment elle a surmonté sa crainte des chiffres en apprenant à apprendre efficacement.  

Les habiletés en maths - et en science -, explique-t-elle, se développent lentement, comme un muscle. Il ne suffit pas de comprendre une équation, par exemple, pour la maîtriser. Il faut s'exercer, encore et encore.  

Le cerveau ne garde que ce qu'il utilise. Alors, pour qu'un savoir fasse son chemin jusqu'à la mémoire à long terme, il faut le réutiliser souvent. 

L'idée, souligne Oakley, c'est de devenir «fluide», comme avec une nouvelle langue. Et pour ça, il n'y a pas cinquante moyens : il faut résoudre une multitude de problèmes, de tous les angles possibles. Pratiquer, pratiquer, pratiquer. Sur plusieurs semaines. Pas juste une fois dans un cours ou la veille de l'examen. Un muscle ne se développe pas en une journée.  

Comme me l'a dit Laurence : «Si je m'étais [sic] forcée, ça aurait peut-être donné des résultats.» Elle se serait sans doute inscrite en théâtre quand même. Mais elle saurait qu'elle peut aussi être bonne en maths.




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