Sadique comme un troll

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Les sadiques du quotidien, décrivent les psychologues, ont tendance à vouloir satisfaire leur appétit pour la cruauté, et sont prêts à faire des efforts pour s'adonner à la brutalité.

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Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / À la fin des années 2000, des groupes en mémoire des morts sont apparus sur Facebook.

Les premiers avaient été créés par des familles d'adolescents américains décédés. Les groupes étaient publics, et tous ceux qui voulaient partager leur deuil ou rendre un dernier hommage aux défunts pouvaient rédiger un message, même des inconnus.

Mais soudainement, des commentaires et des photos offensantes ont surgi. Par exemple, sur la page d'Alexis Pilkington, une jeune femme de 17 ans qui s'était pendue, un internaute anonyme a écrit : «Acrroche-toi bien!» Et un autre a renchéri : «C'était évidemment une connasse dépressive qui méritait de se tuer, elle a obtenu ce qu'elle voulait.»

Les proches d'Alexis étaient outrés. «Les enfants veulent pleurer leur amie, et il y a des photos avec des noeuds autour de son cou. C'est dégoûtant et sans coeur», a dit un père à CBS.

Les trolls jubilaient. Ils venaient d'inventer une des plus célèbres formes de trolling - le R.I.P. troll.

À l'époque, les trolls étaient encore méconnus. Mais aujourd'hui, impossible de les éviter. 

Le trolling, qui consiste à publier intentionnellement des commentaires provocateurs et blessants sur Internet, n'est plus seulement l'apanage d'une sous-culture de geeks en mal de sensations fortes. Il a aussi conquis des Monsieur et Madame tout le monde qui s'amusent à dégobiller leur fiel sur les réseaux sociaux ou dans les sections de commentaires des sites d'information.

Mais quel genre de personnes se cachent derrière les trolls? Et qu'est-ce qui les pousse à faire chier le monde entier?

Comme chaque semaine dans cette chronique, la réponse se trouve dans un recoin de notre humanité - un recoin sombre dans ce cas-ci.

***

Aimez-vous faire souffrir des innocents? Bien sûr que non, répondent la plupart des gens : c'est une sensation très désagréable. 

Or, pour certains, c'est l'inverse. La cruauté leur procure des émotions agréables; ils y trouvent du plaisir et de l'excitation, parfois sexuelle.

Vous pensez peut-être au Marquis de Sade, à Caligula, à Hannibal Lecter ou à Christian Grey? Mais pas besoin d'être un tueur ou un pervers pour se complaire de la souffrance des autres. Certaines personnes, qui fonctionnent normalement en société, y arrivent très bien.

Delroy L. Paulhus, professeur en psychologie à l'Université de la Colombie-Britannique, les appelle les «sadistes quotidiens».

En 2002, Paulhus et un de ses collègues ont démontré que les plus vilains humains possèdent un ou plusieurs de ces trois traits de personnalité : le narcissisme (amour excessif de soi), le machiavélisme (manipulation stratégique) et la psychopathie (un manque total d'empathie et de remords).

Cette «Triade noire» a été amplement étudiée en psychologie. Mais après une astucieuse série d'expériences avec des insectes et des victimes innocentes, Paulhus et d'autres chercheurs ont réalisé qu'il manquait un quatrième trait pour encapsuler les esprits sinistres : le sadisme. 

Les sadiques du quotidien, décrivent le psychologue et ses collègues, ont tendance à vouloir satisfaire leur appétit pour la cruauté et sont prêts à faire des efforts pour s'adonner à la brutalité. 

Les films sanglants, les sports de contact, les jeux vidéo violents leur permettent en partie de combler leurs désirs. Mais s'ils sont encore en manque, ils peuvent toujours remettre leurs habits de troll.

Car le trolling, voyez-vous, est une de leurs activités préférées. Paulhus et d'autres chercheurs canadiens l'ont prouvé en 2014. 

Ils ont mené deux études en ligne auprès de 1200 personnes. Ils leur ont fait passer des tests de personnalité et ont sondé leurs habitudes de commentaires sur Internet.

Résultat? Le trolling était très fortement associé au sadisme. Tellement «qu'on pourrait dire que les trolls en ligne sont le prototype des sadiques quotidiens», écrivent les auteurs. 

Alors, la prochaine fois que vous croiserez un troll sur le Web, dites-vous qu'il espère vraiment vous offenser. Ne le nourrissez pas en lui montrant que vous êtes perturbé. Sinon, c'est certain, il va prendre son pied.




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