Pour en finir avec le mâle alpha

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Marc Allard
Le Soleil

CHRONIQUE / Vous le savez comme moi, dans l'arène masculine, il y a deux types d'hommes : le mâle alpha et le mâle bêta.

L'alpha est le mâle dominant. Celui qui déborde d'assurance, se fiche de ce que les autres pensent et ne gaspille pas de mots à parler de ses sentiments. Quand il n'a pas ce qu'il veut, il gueule, joue du coude ou jette les gants s'il le faut. 

Les féministes ont beau lui dire que c'est repoussant, il sait bien qu'elles préfèrent les bad boys. D'ailleurs, il couche avec plus de filles, fait plus de fric et a plus de pouvoir que tous ses amis. S'il était un loup, ce serait le chef de la meute.  

Il ne s'excusera pas d'être un homme, un vrai. C'est dans sa nature de mâle, et il respecte sa nature. 

Le bêta, lui, c'est le subordonné. Il manque de confiance en lui, est très préoccupé par l'opinion de ses semblables et laisse ses émotions en liberté. Il évite les chicanes et baisse les yeux si un autre gars le dévisage. 

C'est le type qui n'est jamais promu au bureau. Le «bon» gars à qui les filles veulent se confier ou avec qui elles finissent par se caser et avoir des enfants, mais qu'elles finissent par tromper avec un amant plus viril. S'il était un loup, il mangerait les derniers bouts de chair sur la carcasse. 

Vous trouvez que c'est cliché? 

Bien d'accord. Mais c'est à cette fausse dichotomie que se réfèrent encore un sacré paquet d'hommes - et de femmes - quand ils jugent qu'un tel est un «vrai» gars ou ne l'est pas. 

L'expression «mâle alpha» n'est que la dernière expression à la mode pour désigner la conception traditionnelle de la masculinité. Un beau gros stéréotype qui continue d'inspirer la conduite de gars hétéros de toutes générations, parce qu'ils pensent que c'est comme ça qu'ils vont gagner l'estime de leurs pairs et, surtout, plaire à ces dames. 

J'ai repensé à ça en lisant le percutant dossier de Normand Provencher dans Le Soleil de mardi et mercredi sur les hommes en détresse. Mon collègue nous apprenait que les gars qui souffrent psychologiquement ont encore beaucoup de misère à aller chercher de l'aide. 

«Une femme qui se fait aider n'est pas menacée dans son identité. L'homme qui se fait aider y voit une menace potentielle», lui a expliqué le sociologue Jacques Roy. [...] L'idéal d'un homme, c'est d'être autarcique. J'ai un problème, je m'organise tout seul.»

M. Roy ajoutait : «Il faut alors déconstruire les mécanismes de socialisation, c'est le nerf de la guerre.»

Moi, je pense qu'il est temps de déconstruire le mâle alpha.

Il y a trois ans, c'est ce qu'a fait le psychologue cognitif Scott Barry Kaufman. Dans un essai étoffé qu'on peut encore lire sur le Web, le chercheur résume la littérature scientifique pour en arriver à la conclusion que les hommes qui réussissent socialement, amoureusement et sexuellement ne sont pas les brutes qu'on associe aux mâles alpha. 

Kaufman souligne entre autres qu'un homme peut être à la fois affirmatif et sensible. Il cite des recherches montrant que la combinaison de la gentillesse et de l'affirmation de soi serait l'appariement le plus attrayant pour les femmes. Oui, dit-il, les gars dominants sont plus populaires, mais juste quand ils sont déjà aimables et altruistes. 

Une autre étude suggère d'ailleurs que la domination est seulement attirante quand elle s'exerce dans un contexte de compétition. Kaufman reprend l'exemple des films d'ados : «Le gars au secondaire pour lequel toutes les filles craquent est le gars qui peut dominer un joueur d'une école rivale sur le terrain de football le vendredi soir, mais qui est sympathique et amical avec ses camarades de classe pendant la semaine.»  

Le mythe du bad boy ne tient pas fort non plus. La recherche montre que la plupart des femmes sont rebutées par les types exigeants, violents et égocentriques, ajoute le psychologue, qui est aussi professeur à l'Université de Pennsylvanie. Mais une minorité préfère effectivement les trous de cul. 

Ces femmes ont souvent grandi dans une famille instable, avec peu ou pas de soutien parental, et ont beaucoup de mal à s'attacher. Elles préfèrent les fuck friends et se barricadent le coeur. Bref, la proie idéale des mâles «alpha», dominants et agressifs, qui s'imaginent ensuite que toutes les femmes sont comme ça, explique Kaufman.  

Et quand ils se font revirer par une fille moins poquée, ils se disent que c'est parce qu'ils ont agi en mâle bêta, en «bon gars». «Ils essaient ensuite d'augmenter leur quotient alpha encore plus, ce qui incite encore plus de femmes à s'éloigner, écrit le psychologue. Et le cycle se poursuit.» 

Souvent, les hommes qui ne savent pas s'exprimer autrement qu'en pétant leur coche se conforment à ce stéréotype du mâle alpha. 

Par exemple, les gars qui cognent à la porte d'AutonHommie, un organisme qui vient en aide aux hommes en détresse, le font fréquemment parce que leur blonde n'en peut plus. 

«Derrière la décision de venir consulter, résume mon collègue Provencher, on retrouve le plus souvent une conjointe qui n'en peut plus de son comportement : ou il se prend en main, ou elle le quitte.» 

Pour se prendre en main, les gars doivent apprendre à parler de leurs émotions, oui, parce qu'ils sont aussi humains que les femmes.

Mais je pense qu'ils doivent aussi s'affranchir de leurs fausses croyances à propos de l'essence masculine. Un homme authentique n'est ni alpha ni bêta. ll n'appartient à aucune de ces catégories superficielles. 

«Il est temps [...] d'embrasser un concept beaucoup plus multidimensionnel de la masculinité, écrit Scott Barry Kaufman. Le mâle le plus attrayant est vraiment un mélange de caractéristiques, y compris l'affirmation de soi, la gentillesse, les compétences cultivées, et un véritable sens de sa valeur dans ce monde.» 

C'est beaucoup plus compliqué qu'une distinction en noir en blanc. Mais si c'est ça un mâle alpha, je vote pour lui.

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