La gratitude en cadeau

CHRONIQUE / C'est mon cadeau de Noël, je vous offre des biscuits, sauf que vous... (123RF/Sira Anamwong)

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Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / C'est mon cadeau de Noël, je vous offre des biscuits, sauf que vous devez les manger tout de suite. Combien vous en voulez?

Deux ou trois, peut-être quatre, mais sûrement pas la boîte au complet.

Vous savez par expérience que le plaisir de croquer dans un biscuit décroît après la première bouchée. Au quatrième, il ne reste plus qu'une pépite d'exaltation.

Les économistes appellent ça «l'utilité marginale décroissante» : plus on consomme un bien ou un service, moins on en tire de la satisfaction.

On connaît tous ce principe intuitivement. Mais à Noël, on dirait qu'on l'oublie.

Le 24 ou le 25 décembre, j'appréhende toujours cette scène : les enfants reçoivent un cadeau, puis un autre, puis un autre, ils en accumulent tellement qu'ils entrent dans une sorte de transe de déballage, ils se fichent bien de ce qu'il y a dans les boîtes enrubannées - ils veulent juste déballer.

Ils vous disent ensuite merci et vous donnent des becs parce qu'ils sont polis. Mais peu de temps après, ils ne se souviennent plus qui leur a offert quoi.

Vous vous dites peut-être que c'est normal, c'est des enfants. Moi, je trouve ça triste.

Les cadeaux de Noël partent pourtant d'une bonne intention. On veut que les enfants soient contents. Mais à force de les submerger, on diminue leur plaisir. Et surtout, on les empêche d'éprouver un sentiment encore plus important : la gratitude.

Mon Larousse dit que la gratitude, c'est la «reconnaissance pour un service, pour un bienfait reçu; [un] sentiment affectueux envers un bienfaiteur».

En principe, personne n'est contre. On trouve ça encore important de dire merci et on apprend aux plus jeunes à le faire. Mais pour la plupart d'entre nous, la gratitude s'arrête à peu près là. On la considère comme une vertu du passé ou une valeur religieuse réservée aux pratiquants.

On devrait se raviser. La science psychologique a montré que la gratitude est un puissant antidote contre le mal de vivre. Non seulement elle nous «aide à nous sentir bien, mais nous incite à faire le bien», explique le psychologue et chercheur Robert Emmons dans son livre Gratitude Works.

Dans son précédent bouquin, Thanks!, cet expert mondialement reconnu de la gratitude recensait une foule d'études sur le sujet. Et j'avoue que la quantité de bienfaits qui sont associés à cette vertu a de quoi convaincre les plus cyniques.

La gratitude, plus que l'espoir, la compassion ou l'optimisme, est le meilleur gage de santé mentale. Les gens qui la cultivent éprouvent des niveaux plus élevés de joie, d'enthousiasme, de bonheur et d'amour, et moins d'envie, de ressentiment, d'avarice et d'aigreur. Ils font aussi mieux face au stress quotidien, se relèvent mieux d'un traumatisme et sont en meilleure santé physique.

Emmons, qui est professeur de psychologie à l'Université de Californie, a été le pionnier d'une méthode de recherche reposant sur des «journaux de gratitude». Les gens enrôlés dans ses expériences devaient remplir un journal dans lequel ils comptabilisaient systématiquement les bienfaits reçus en y ajoutant leurs pensées et leurs sentiments.

L'influence de ces journaux a été surprenante. Ceux qui les tenaient voyaient leur niveau de bonheur augmenter de 25 %, faisaient 33 % plus d'exercice physique chaque semaine et dormaient une demi-heure de plus par nuit.

La gratitude a cet effet de levier, explique Emmons, car elle nous aide à focaliser davantage sur ce qu'on a plutôt que sur ce qu'on n'a pas et à nous souvenir que le monde peut être bon envers nous.

En faisant des recherches pour cette chronique, j'ai lu sur le site du Washington Post l'histoire de Sharon Vermont, pédiatre et mère de deux enfants à St. Louis, qui a entrepris de sensibiliser ses filles à la gratitude après que l'une d'elles eut piqué une crise de colère dans une crèmerie.

Elle a dit à ses filles qu'elles ne pourraient plus aller au resto ou commander de la bouffe pour emporter avant qu'elles aient donné un sac d'aliments non périssables à 30 étrangers et pris le temps d'écouter leurs histoires. Le projet a pris plusieurs mois, mais a donné les résultats escomptés.

«Il est si facile de dire à vos enfants qu'il y a des enfants affamés en Chine, mais ils ne savent pas ce que ça signifie», a dit la mère au Post. «Nous avons rencontré des gens qui avaient faim, de Bosnie et d'Éthiopie, qui ont expliqué ce que c'est que de mourir de faim. [Mes filles] demandent de toute évidence moins de choses qu'avant, parce que je sais qu'elles se rendent compte maintenant qu'elles en ont déjà beaucoup.»

La gratitude, dit un proverbe français, est la mémoire du coeur. Vous ne pouvez pas la mettre sous le sapin, mais si vous réussissez à l'inculquer à vos enfants et à l'adopter vous-mêmes, je vous assure : ce sera un maudit beau cadeau.

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