L'intégration par Les Bougon

Pour apprivoiser l'accent québécois, Clara, d'origine colombienne, a... (Fournie par ICI Radio-Canada Télé)

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Pour apprivoiser l'accent québécois, Clara, d'origine colombienne, a visionné Les Bougon.

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Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / Un mois après son arrivée à Québec, Clara s'est trouvé un emploi dans une pharmacie de Limoilou fréquentée par une légion de Bougon.

C'étaient des clients fidèles, mais il ne fallait pas leur demander de se souvenir où étaient rangés les produits. La nouvelle caissière colombienne, qui parlait à peine français, se faisait souvent apostropher: «Heille, sont où les Scott Towels?» «As-tu ça, du Windex?» «Le Cutex, c'est dans quelle rangée?» 

Clara hochait la tête en souriant et leur demandait de patienter un instant, le temps qu'un commis vienne à sa rescousse. Certains clients s'impatientaient: «Tu travailles pas ici, t'es pas capable de m'aider?» D'autres l'insultaient: «D'où tu viens, ils t'ont pas montré le respect?» 

Son moral en prenait un coup. Clara avait insisté pour se trouver une job rapidement après avoir posé ses valises. Pour elle, c'était le meilleur moyen d'apprendre la langue et de s'intégrer. Mais là, no funciona, ça ne fonctionnait pas. 

«Les trois premiers mois, je rentrais à la maison en pleurant», me raconte Clara, à qui j'ai donné ce faux prénom parce qu'elle préfère garder l'anonymat.  

Clara avait immigré au Québec par amour. Au début de la vingtaine, sur une plage colombienne, elle avait eu le coup de foudre pour un Québécois en gougounes. Il était prêt à s'installer là-bas avec elle au soleil, mais ils ont finalement opté pour les cinq mois d'hiver. 

En Colombie, Clara avait suivi des cours de français à l'Alliance française, où l'accent de l'Hexagone est enseigné par défaut. À Québec, elle avait été expédiée en francisation, niveau zéro, avec des immigrants de partout dans le monde qui ne savaient pas dire un mot de la langue d'ici. 

Rien, en tout cas, pour l'aider à décoder le papotage météorologique des p'tits vieux à la pharmacie: «S'tu-moi où on gèle aujourd'hui?»; «Coudonc, on crève donc ben icitte! Vous avez pas l'air climatisé?» 

Le français international à la Céline Galipeau ne lui était d'aucun secours non plus pour comprendre une expression comme «Ben là, par exemple!»  Elle a pris beaucoup de temps à la comprendre, celle-là. «J'attendais toujours l'exemple...»  

Un de ces soirs où Clara est revenue du boulot débinée, son chum, qui souffrait de la voir comme ça, a eu une idée. Une tante lui avait donné le coffret des Bougon, et il a proposé à sa blonde de regarder la série pour apprivoiser l'accent québécois. 

Pendant plusieurs semaines d'automne où le soleil se planquait de bonne heure, elle a suivi les arnaques de la famille Bougon. Elle portait une attention particulière aux dialogues, et son chum pesait sur pause chaque fois qu'elle butait sur un mot (tackeuse), une expression («ç'a ben du bon sens») ou une conjugaison (sontaient).

Clara retournait à la pharmacie et arrivait de mieux en mieux à piger les québécismes de ses clients. Même qu'elle s'autorisait à en utiliser elle aussi, ayant un faible pour ceux qui se terminent par «là», comme «drette là», «c't'affaire-là» ou son préféré: «Ben, là, là». 

Au fil des 35 épisodes, elle avait aussi le sentiment de saisir davantage d'où venaient les Bougon qu'elle côtoyait et dans quelle misère certains pataugeaient.

Clara a travaillé un an à la pharmacie. Elle a ensuite bûché pendant cinq ans pour faire un bac et une maîtrise dans le domaine de la relation d'aide. 

Elle travaille maintenant auprès des enfants en difficulté et côtoie régulièrement des parents sur l'aide sociale. Et si elle se sent aussi à l'aise avec cette clientèle, c'est en partie grâce aux plus célèbres «B.S.» du Québec.

Dans deux semaines, la famille Bougon réapparaîtra au grand écran. Avec l'appui de son illustre famille, Paul Bougon, du Parti de l'écoeurement national (le PEN), se lance en politique.

Clara a hâte d'aller voir le film et songe à se retaper la série. Huit ans après le drôle d'automne où elle l'a visionnée en rafale, elle aurait aussi envie de dire une chose aux artisans des Bougon: marci ben.

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