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Des partisans de Donald Trump lors de la campagne en Alabama en octobre

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Marc Allard
Le Soleil

CHRONIQUE / Mon meilleur ami en maternelle s'appelait Samuel. Il habite depuis 18 ans en Alabama, dans le sud-est des États-Unis, et a eu le droit de vote pour la première fois, mardi, aux élections américaines.

Il a voté pour Hillary Clinton. Mais ses concitoyens du comté de Madison - et de l'Alabama au complet - ont donné une écrasante victoire à Donald Trump, encore plus qu'à Mitt Romney en 2012. 

Dans la boîte informatique où Samuel travaille, bon nombre de ses collègues avaient le sourire en rentrant mercredi. «Ils sont contents et pensent que ça va aller mieux maintenant», m'a-t-il écrit.   

Ça va aller mieux!? Pour nous, au Québec, difficile d'imaginer comment le Donald pourrait améliorer le sort des Américains. Mais Samuel, lui, peut comprendre, même s'il n'est pas d'accord. 

On connaît de Trump le portrait que les journalistes ont réussi à brosser à force de fouiller dans son passé : celui d'un milliardaire narcissique, mythomane, islamophobe et misogyne qui se vante de ne pas payer d'impôts. 

L'électeur moyen du Trump a su les grandes lignes de tout cela aussi. Mais il n'en avait rien à foutre. 

Pourquoi? 

Vous souvenez-vous de la bonne vieille pyramide de Maslow? Je l'ai vue la première fois dans mon cours d'économie familiale en 2e secondaire et elle fait encore partie de tout bon cours de psychologie 101. 

Abraham Maslow, un des plus influents psychologues du XXe siècle, estimait que pour comprendre ce qui motive les gens à agir - à voter, par exemple -, il faut d'abord comprendre leurs besoins. 

Et les besoins, soutenait-il, ne sont pas égaux. Ils obéissent à une hiérarchie. 

Aux deux premiers étages de la pyramide, il y a les besoins physiologiques et de sécurité. Et aux trois autres, il y a les besoins d'appartenance, d'estime et d'accomplissement. 

Devinez lesquels il faut combler en premier? C'est ça : les besoins physiologiques et de sécurité. 

Autrement dit, n'essayez pas de demander à quelqu'un qui s'endette pour payer son épicerie ou qui craint une attaque terroriste de se soucier de grands principes de droit. Il va t'envoyer promener.  

Les citoyens de l'Alabama font partie de ceux qui ont montré un gros doigt d'honneur à Clinton, qui incarnait pour eux les élites politiques et intellectuelles déconnectées de leurs besoins.   

Dans la banlieue industrielle de la ville de Madison, où Samuel habite avec sa femme et ses deux filles, ils étaient des milliers de travailleurs à coudre des jeans et des t-shirts. Ils pouvaient gagner plus de 20 $ l'heure dans des usines fortement syndiquées.

Mais l'industrie du vêtement a commencé à s'effondrer quand la Chine est entrée dans l'Organisation mondiale du commerce en 2001. Près de 10 000 emplois manufacturiers ont disparu. À 7,4 %, le taux de chômage régional est bien en dessous de son pic de 12,8 % en 2010, mais reste bien au-dessus de la moyenne nationale américaine de 4,9 %.

En Alabama, Samuel entend depuis des années les plaintes de ses concitoyens sur les immigrants mexicains qui leur volent des jobs ou font grimper la facture des soins de santé. «Ils pensent que les immigrants viennent ici pour les soins médicaux et ne payent pas», décrit-il.  

Trump a tapé sur ce clou-là pendant toute sa campagne présidentielle, et même lors de la course à l'investiture républicaine. En septembre 2015, il prévoyait tenir un rassemblement d'un millier de personnes dans un hôtel de la ville de Mobile. Mais il y avait tellement d'enthousiasme pour son discours qu'il a rempli un stade de football de 30 000 personnes.

Pendant ce temps-là, les démocrates parlaient de réchauffement climatique, de la réforme du système pénitencier, de taxation, d'éducation à la petite enfance et de féminisme. Et la classe moyenne de l'Alabama trouvait qu'Hillary pelletait des nuages. 

Trump avait l'air de se soucier de leurs besoins de base. Et ils ont voté pour lui. 

Est-ce qu'ils ont fait le bon choix? Bien sûr que non. 

L'élection de Trump sera terrible pour l'économie, avait prévenu la réputée firme de notation Moody's cet été. Les superriches s'enrichiront, et tous les autres pâtiront. Le ralentissement économique durera plus longtemps que la Grande Récession et environ 3,5 millions d'Américains perdront leur emploi. 

Mais Trump a réussi à faire croire aux Américains blancs, fauchés et apeurés que lui, il leur parlait des «vraies affaires». Qu'il se souciait vraiment qu'ils puissent payer leur loyer et soient à l'abri des profiteurs mexicains et des méchants musulmans.  

La satisfaction des besoins primaires passe en premier, rappelait Maslow. 

Même quand la perception n'a rien à voir avec la réalité.

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