Trip de trouille

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En septembre et octobre, les acteurs de la ScareHouse de Pittsburgh n'attendent qu'une chose: ficher la trouille à leurs visiteurs.

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Marc Allard
Le Soleil

CHRONIQUE / À 12 minutes en voiture de l'amphithéâtre des Penguins de Pittsburgh se trouve un autre édifice où les habitants de la deuxième ville de Pennsylvanie ont l'habitude de hurler.

Dans cette banque désaffectée, peuplée de zombies, de morts-vivants, de mascottes sadiques et de meurtriers, les gens ne crient pas quand Crosby vient de marquer. Ils crient de terreur.

La ScareHouse de Pittsburgh n'est pas le genre de maison hantée où on peut amener son neveu. Deux mois par année, du 1er septembre au 31 octobre, une centaine d'acteurs qui prennent leur rôle très au sérieux enfilent leurs glauques costumes et n'attendent qu'une chose : ficher la trouille à leurs visiteurs.

Ces derniers avancent par petits groupes sous des lumières blafardes. Ils s'aventurent dans le dédale de pièces qui craquent, remarquent les photos jaunies aux murs, les éviers remplis de tripes et de sang, les asticots qui rampent parmi les ordures. À tout moment, un mur peut s'ouvrir et un tueur en série peut surgir.

Au fil du parcours, l'angoisse monte, puis la peur, et même les plus crâneurs finissent par craquer.

De la salle des caméras ou derrière un hublot, Margee Kerr les observe. «Je vois les gens dans un moment de pure terreur et de vulnérabilité. Je vois l'expression sur leur visage, j'entends leurs cris et, occasionnellement, je vois les larmes dans leurs yeux», décrit la sociologue dans son livre Scream : Chilling Adventures in the Science of Fear.

«Ils courent, trébuchent l'un sur l'autre, et se retirent instinctivement vers l'arrière ou l'avant, pourvu que ce ne soit pas dans la même direction que le tueur en série et son couteau, poursuit-elle. J'ai vu des gars bousculer leurs copines pour se sauver et d'autres s'agenouiller en priant le Seigneur.»

Kerr, vous vous en doutez, étudie la peur. Mais elle s'est penchée sur un aspect moins saillant de cette émotion. C'est-à-dire qu'elle peut aussi être plaisante.

Partout sur la planète, à tout moment, des humains se complaisent dans l'effroi. Ils vont voir des films d'horreur, se racontent des histoires d'épouvante autour du feu, montent dans un chariot qui dévale des montagnes russes, sautent dans le vide en bungee ou en parachute.

Clairement, ils ne le feraient pas s'ils ne prenaient pas leur pied. Reste que c'est bizarre : comment peut-on se réjouir d'avoir la pétoche? Au fil de ses recherches à la maison hantée, Margee Kerr a trouvé une réponse : la peur peut être agréable seulement si on sait qu'on est en sécurité.

Quand la partie plus primitive de notre cerveau détecte un danger, elle enclenche automatiquement la «réponse fuite-combat» qui mobilise l'énergie nécessaire pour que notre corps déguerpisse ou se défende. La partie plus rationnelle se rend ensuite compte que la menace n'est pas réelle et on se calme les nerfs.

Cet enchaînement provoque en nous une cascade d'adrénaline, d'endorphines et de dopamine qui fait qu'on se sent super vigoureux puis ultra soulagé. C'est une sensation grisante que les visiteurs de la maison hantée de Pittsburgh expérimentent parmi les créatures d'outre-tombe.

Margee Kerr les observe hurler et sursauter un instant et se dérider l'instant d'après. Elle est fascinée par ces réactions. Mais elle sait aussi que ce n'est pas fait pour tout le monde.

Certaines gens ont horreur des sensations fortes. Elles ont la peur à fleur de peau et n'essayez pas de les amuser avec des monstres ou un tour de manège. Comme dirait Martin Matte : c'est trop pour elles.

En revanche, personne ne sourit quand sa vie est menacée pour vrai. Un caissier qui se fait braquer ne dira jamais : «J'ai eu vraiment peur, c'était cool.» Un militaire qui passe près de sauter sur une mine non plus. Ces derniers risquent plutôt de vivre un traumatisme.

Margee Kerr recommande d'ailleurs aux parents de visiter une maison hantée avant d'y amener leurs enfants. S'ils sont trop jeunes pour comprendre que ce sont des faux monstres, ils pourraient se mettre à détester l'Halloween. Et ça, ce ne serait plus du tout amusant.

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