Unique comme tout le monde

Benoît Mauffette et Anne-Élisabeth Bossé dans Les Simone... (Fournie par ICI Radio-Canada)

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Benoît Mauffette et Anne-Élisabeth Bossé dans Les Simone

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Marc Allard
Le Soleil

CHRONIQUE / Dans le premier épisode de la comédie Les Simone, à Radio-Canada, Maxim a droit à une inquiétante surprise. Son chum l'amène visiter ce qui pourrait devenir leur maison en banlieue de Québec, un jumelé au Faubourg des fauvettes.

Tout est là : le salon et la cuisine au goût du jour, l'aspirateur central, la douche en verre, la chambre principale avoisinant celles des futurs enfants, le sous-sol prédestiné à la «salle des boys», avec sa grosse télé et sa table de poker.

Sauf que Maxim n'est pas contente. «Je fais des beaux plans pour nous autres, et t'as pas l'air heureuse», lui dit son copain François dans l'auto, alors qu'ils se dirigent vers une fête surprise pour célébrer le nouvel emploi de Maxim.

Toute sa famille est réunie dans un restaurant de L'Ancienne-Lorette où ils vont bruncher tous les dimanches. Sa mère, son père, ses oncles, ses tantes trinquent à sa nouvelle vie qui commence. Ils lui parlent de ses futurs voisins, du stock de bébé, du prêt de char, de l'hypothèque et de la grosse épicerie du Faubourg, où ils vendent aussi des vêtements.

Maxim sacre son camp en plein repas. «Je ne sais pas ce que je veux, mais je sais ce que je veux pas», lance-t-elle à son chum, devant sa famille hébétée. La jeune professionnelle décide de recommencer sa vie à Montréal, après avoir lâché sa job, son chum et sa ville. 

C'est le point de départ de la série, dans lequel plusieurs d'entre nous se reconnaîtront : une sorte de tournant existentiel où on a juste envie de ne pas faire comme tout le monde.

Il y a quelque temps, je vous parlais de l'«effet de troupeau», ce puissant réflexe qu'ont les humains d'imiter leurs semblables quand ils ne savent pas quoi faire ou quoi choisir. Moins connu, le phénomène inverse est aussi vrai : parfois, on a aussi une irrépressible envie de sortir du troupeau.

«La plupart des gens ne veulent pas être tout seuls à faire une chose. Mais s'il y a trop de monde qui commencent à la faire, ils s'en vont et font autre chose», résume le professeur de marketing Jonah Berger dans Invisible Influence, son plus récent livre, sorti cet automne.

Cette impulsion se manifeste dans tous les replis de nos vies, et pas juste quand on a à faire un choix déchirant comme celui que Maxim va peut-être regretter.

C'est elle qui nous fait ressentir un certain inconfort quand un collègue porte le même vêtement que nous. Elle qui nous fait commander un autre plat sur le menu parce qu'un ami l'a choisi avant nous. Elle qui nous fait pencher pour le sac à dos plutôt que la destination populaire. Elle qui nous pousse à délaisser un artiste quand il devient «commercial». 

«Quand le kale et le quinoa deviennent trop tendance, il y a un contrecoup, illustre Berger. Et quand tout le monde se met à dire que les pois sont les nouvelles rayures, les gens qui avaient amorcé la tendance des pois vont voir ailleurs. Même si ça veut dire de laisser tomber quelque chose qu'ils aiment parce que les autres aiment ça aussi.»

Notre appétit pour la distinction n'est pas sorti de nulle part. En Occident, du moins, le bien-être de l'individu passe avant celui de la collectivité. Peut-être pas autant que Maxime «le libertarien» Bernier le souhaiterait, mais de manière générale, on est libre de choisir ce qu'on considère comme bon pour nous. Et nos choix sont censés refléter notre unicité. 

Les enfants québécois intègrent vite cette valeur et sont prompts à revendiquer le choix de leur couleur de brosse à dents. Les ados veulent se faire tatouer et percer pour marquer leur différence, et si vous osez une interdiction, l'heure de la révolution risque de sonner à la maison.

Les adultes n'y échappent pas. Et plus on a du fric, semble-t-il, plus le sentiment d'être comme les autres nous irrite.

Dans son livre, Jonah Berger cite une chercheuse, Nicole Stephens, qui s'est amusée à demander à un groupe de fils de riches inscrits dans une prestigieuse faculté d'administration comment ils réagiraient si un de leurs amis achetait exactement la même voiture qu'eux. 

En maudit, ont-ils répondu presque à l'unanimité. Stephens a ensuite posé la même question à un groupe de pompiers. Et la grande majorité d'entre eux ont répondu qu'ils seraient contents pour leurs amis. 

La classe ouvrière serait donc plus disposée à la similarité et les mieux nantis plus soucieux de se différencier. 

Mais le statut socioéconomique ne dit pas tout. Même dans la classe ouvrière, le penchant pour la distinction varie beaucoup d'une personne à l'autre. 

Parfois, quand j'attends en file dans un café de hipsters et que j'aperçois des gars comme moi avec des t-shirts de hispter, des lunettes de hipster et une barbe de hipster, je me dis que la quête d'unicité est une cause perdue. Le hipster était censé être l'incarnation de l'anticonformisme. Et nous voilà devenus une bande de clones hipsters

Dans Les Simone, Maxim réalise que son déracinement dans la métropole ne lui donne pas nécessairement les clés de l'épanouissement. Ses nouvelles amies sont conformistes d'une autre façon; elles se plient à une sorte d'éthos urbain qui les rend aussi névrosées que les banlieusards.

L'impulsion de la distinction ne tient pas forcément ses promesses. Alors, peut-être qu'il faut juste trouver sa place dans le troupeau. De toute façon, il faut se rendre à l'évidence : on est unique, comme tout le monde.

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