Éternels ados musicaux

Le meilleur show à vie du chroniqueur Marc... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Le meilleur show à vie du chroniqueur Marc Allard au Festival d'été est sans conteste celui donné par IAM en 2008 au parc de la Francophonie. C'était une occasion pour lui de réentendre le groupe qui a marqué son adolescence.

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

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Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / En écrasant des orteils, mon pote PA et moi, on avait réussi à se faufiler jusqu'à l'avant de la scène pour le rappel.

C'était la première fois que je revoyais IAM, mon groupe fétiche, depuis les années 90, et il n'était pas question que je sois ailleurs que dans leur face. 

Sous mes pieds, au parc de la Francophonie, il y avait un genre de grand contreplaqué qui recouvrait le gazon. Pour faire revenir le groupe de rap marseillais sur la scène, on piochait dessus avec nos talons comme si on voulait réveiller la Chine.  

Akhenaton et Shurik'n, les deux piliers d'IAM, avaient l'air presque étonnés du délire de la foule. Mais ils étaient contents: ils sont remontés trois fois sur les planches. Et ils nous ont gâté avec une rafale de vieux hits comme Nés sous la même étoile, Petit frère, la Saga et Samourai

Ça fait huit ans et je n'en reviens pas encore. Mon meilleur show à vie du Festival d'été, les cordes vocales meurtries, le dos mouillé, bounçant avec une gang de yos qui se passaient le joint au Pigeonnier. J'étais redevenu un ado. 

Traitez-moi de nostalgique, je m'en fous : vous êtes pareil. Je me suis informé pour voir si j'étais le seul à tripper encore sur la trame musicale de mon adolescence - eh bien, non, vous aussi vous êtes restés musicalement accrochés à votre puberté.  

En tout cas, c'est ce que j'ai appris en lisant Why You Love Music, un livre qui vient de paraître en anglais et qui va sûrement être traduit en français tellement c'est fascinant. L'auteur, John Powell, est un physicien et un musicien classique dont les cheveux «frisent naturellement». 

Dans ses temps libres, il joue de la musique dans les bars en échange de pintes gratuites. Ces dernières années, il a aussi épluché des piles et des piles d'articles scientifiques pour comprendre pourquoi on aime autant la musique, et a condensé le tout dans son nouveau bouquin. 

Dès l'intro, Powell nous apprend que de nombreux chercheurs ont confirmé ce que bien du monde soupçonnait : «On forme des liens forts et loyaux avec la musique qu'on écoute à la fin de l'adolescence et au début de la vingtaine». 

Le top 40 de notre adolescence

On a beau shazamer à profusion, s'enthousiasmer pour le Country dance music (faut pas juger) ou aller voir des shows sophistiqués au Palais Montcalm, il n'y a rien qui nous fait plus vibrer que le top 40 de notre adolescence.  

Mais pourquoi? Powell explique que c'est un âge d'initiation : le premier emploi, la première brosse, le premier joint, la première baise. C'est aussi à cet âge qu'on fixe nos préférences pour un tas de choses, de la littérature à notre marque de dentifrice préféré. 

Bref, c'est là que notre identité se cristallise. Et c'est souvent le temps pour l'ado d'envoyer paître le iPod de ses parents.  

On écoute plus de musique à l'adolescence qu'à n'importe quel moment de notre vie, souligne Powell. Et ce n'est pas juste parce que ceux d'aujourd'hui ont des écouteurs greffés aux oreilles, mais parce que la musique est un des meilleurs moyens de dire aux autres qui on est. 

Ou au moins, avec qui on se tient. Nos préférences musicales sont largement influencées par notre gang de secondaire. Dans la mienne, on écoutait du hip-hop français à fond la caisse, IAM, la Fonky Family, NTM, Sans Pression et, oui, Dubmatique et la Constellation.

Dans une autre gang, qui fumait des clopes pas loin de la nôtre à la pause, c'était du punk. NOFX, Lag Wagon, Penny Wise, Bad Religion et, oui, Blink 182. Une transfuge qui s'est jointe à notre groupe plus tard s'est fait taquiner pendant des années pour ses racines punks. 

Au cégep, je me suis fait asticoter à mon tour avec mes jeans et mes chandails à capuchon beaucoup trop grands. Une amie punk aimait me rappeler que Sans Pression, le rappeur qui chantait Territoire hostile, venait de Saint-Bruno, une douillette banlieue de la rive sud montréalaise.  

Plusieurs années plus tard, quand George Saint-Pierre montait sur le ring au son de Sans Pression, j'avais des frissons quand même. 

Mon cerveau est coupable, semble-t-il. Dans son classique De la note au cerveau (This is your Brain on Music), l'ex-rockeur devenu neuropsychologue, Daniel Levitin, explique que le cerveau développe et forme de nouvelles connections à un rythme explosif durant l'adolescence. 

Le câblage cérébral lié à nos préférences musicales se stabilise durant cette phase. Et les tounes qu'on découvre sont assimilées par la suite par cette plateforme adolescente. 

«Comme adulte, la musique dont on est nostalgique, celle qui nous semble notre musique, correspond à celle qu'on a entendue durant ces années», écrit Levitin.  

Les hormones de la puberté joueraient aussi un rôle en indiquant à notre cerveau que tout est particulièrement important à cette période. Les souvenirs de cette époque laissent des traces cérébrales plus saillantes et la musique qui y était associée s'encrypte plus facilement. 

Les pertes de mémoire sont un des premiers signes de la maladie d'Alzheimer. Mais il semble que les personnes qui en sont atteintes se souviennent encore comment entonner les chansons qui ont marqué leur adolescence. 

Si un jour ça m'arrive, demandez-moi si je me rappelle de Nés sous la même étoile, Petit frère, la Saga ou Samourai. Ça devrait fonctionner.

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