À quoi sert un père? 

Le chroniqueur plein air du Soleil Jean-Sébastien Massicotte... (Jean-Sébastien Massicotte)

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Le chroniqueur plein air du Soleil Jean-Sébastien Massicotte au parc national du Mont-Mégantic en compagnie de ses deux filles.

Jean-Sébastien Massicotte

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Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE/ Cette semaine à la garderie, ma fille de 3 ans m'a bricolé un cadeau pour la fête des Pères. Elle me l'a donné un peu d'avance. Sur le carton, c'était écrit : «Diplôme pour le meilleur papa du monde».

J'étais content, même si je pense qu'elle exagérait un peu. Je devrais l'accrocher avant qu'elle s'en rende compte.

Mais je me pose une question, comme ça. Si le diplôme avait été assorti d'un bulletin, sur quoi elle pourrait m'évaluer? 

Les critères de réussite ne sont pas très clairs pour la paternité. On avance un peu à tâtons, avec une idée assez vague de notre rôle, en se fiant à l'air du temps, aux modèles qu'on a eus et à l'idée plus ou moins stéréotypée qu'on se fait de la «figure paternelle».

Si au moins la science pouvait nous aider, nous aiguiller sur la manière dont les pères peuvent contribuer à l'épanouissement de leurs rejetons.

Elle l'a fait, mais surtout pour les mères.

Entre les années 50 et 70, le psychiatre anglais John Bowlby a élaboré une théorie qui reste un des piliers de la psychologie moderne. Il estimait que l'attachement entre un jeune enfant et au moins une personne qui en prend soin était essentiel pour ne pas bousiller son développement émotionnel et social.  

C'était une idée controversée à l'époque. Les «behavioristes» dominaient la psycho. Ils pensaient que les enfants se développaient d'une manière mécanique, à coup de renforcements et de punitions.

Partisans du tough love, ils trouvaient que les parents étaient trop mous. Ils leur conseillaient notamment de ne pas prendre leurs bébés pour les consoler quand ils pleuraient, parce que ça les encourageait à pleurer encore plus.   

Disciple de Bowlby, la psychologue de l'Université de Toronto Mary Ainsworth allait montrer que les behavioristes se trompaient. À l'âge d'un an, les bébés dont les parents avaient une réaction rapide et appropriée à leurs cris dans les premiers mois de leur vie étaient plus indépendants et audacieux que les bébés dont les parents avaient ignoré leurs cris.

«Les parents chaleureux et sensibles offrent une base de sécurité qui permet à un enfant d'explorer le monde», résume le journaliste Paul Tough dans son livre Comment les enfants réussissent.

En psychologie, Bowlby a été l'auteur le plus cité des journaux scientifiques au 20e siècle, détrônant même Freud. Sa théorie a été validée par une myriade d'études subséquentes, dont de nombreuses au Québec.

Pour les résumer grossièrement, on peut dire qu'un attachement sain avec au moins un parent dans la petite enfance est le meilleur moyen de ne pas fucker son enfant plus tard.  

Et ce parent, la plupart du temps, c'est la mère. Bowlby lui-même croyait que le rôle du père, quand il n'était pas le «donneur de soin» (caregiver) principal, consistait surtout à soutenir la mère.

Aujourd'hui, les pères s'impliquent de plus en plus dans les soins à leur progéniture et on voit de plus en plus de papas au foyer. Mais les études montrent que les mamans continuent à assumer la plus grosse part du boulot, même si elles travaillent souvent autant que les pères. 

On ne va pas se leurrer : il y a beaucoup de pères qui s'accommodent encore très bien du rôle de pourvoyeur. Mais il y en a aussi qui s'engagent moins dans la vie de leurs gamins parce qu'ils se croient facultatifs.

Confusion des genres

Cette fausse croyance vient peut-être d'une confusion des genres. Quand ils voient à quel point leurs enfants se tournent vers leur mère lorsqu'ils cherchent du réconfort, des pères se disent qu'ils ne pourront jamais accoter ça et en concluent que leurs héritiers sont moins attachés à eux. 

Mais l'attachement ne prend pas nécessairement la même forme pour la mère et le père. Considéré comme le père des études sur la paternité, le psychologue Michael Lamb, de l'Université de Cambridge, a montré que l'attachement entre un père et ses enfants se construit par le biais d'une activité en apparence anodine: le jeu physique.

S'il y a une chose que je fais plus que ma blonde, et que les pères dans mon entourage semblent aussi faire davantage, c'est bien ça : jouer avec mes enfants. Depuis que mes filles sont toutes petites, c'est moi qui les lance dans les airs, les prends en poche de patate, essaie de les attraper en tournant autour de l'îlot de cuisine et fait semblant d'être surpris quand je trouve leur cachette.

Ça m'apparaît presque instinctif de le faire. Et je vois que les autres papas sont souvent responsables du même département. Cette spécificité masculine s'est maintenue à traves les époques.  

Par le jeu physique, les pères apprennent notamment à leurs enfants à prendre des risques et à gérer leur agressivité. Papa encourage sa fille à grimper tout seul dans les modules de jeu, mais lui indique comment ne pas se casser la gueule. Il se chamaille avec fiston, mais lui fait comprendre que les coups de poing, c'est non. 

Contrairement à l'attachement avec mère qui permet d'apaiser l'enfant en détresse, celui avec le père permet de répondre au besoin des mômes d'explorer leur environnement en se sentant protégé, explique le professeur à l'école de psychoéducation de l'Université de Montréal Daniel Paquette dans son livre «Ce que les chimpanzés m'ont appris».

Durant sa carrière, Paquette a notamment élevé quatre bébés chimpanzés et a observé des pères montréalais dans leurs habitats naturels. Il aussi eu des enfants et a développé sa propre théorie sur l'attachement père enfant. 

Selon lui, le lien affectif entre les pères et leurs enfants se traduirait par une «relation d'activation». C'est-à-dire que le père apprend à l'enfant «à avoir confiance en ses propres capacités et à faire face aux menaces et à l'étrangeté de son environnement physique et social».

Dans une de ses études, Paquette cite l'ancien joueur de baseball Harmon Killebrew, des Twins du Minnesota, qui résume bien sa pensée.

Killebrew se rappelle son enfance : «Mon père jouait avec mon frère et moi dans la cour. Ma mère sortait et disait : vous abîmez le gazon. On n'élève pas du gazon, répondait mon père. On élève des garçons.»

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