Un touriste dans sa ville

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Il peut être surprenant de constater à quel point certains touristes peuvent connaître une ville mieux que ses propres habitants.

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Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / Lundi après-midi, j'ai acheté un guide touristique de Québec, ce qui est un peu étrange puisque j'habite ici.

Il y a un bout de temps que ça me trottait dans la tête. Mais je me disais : ben voyons, c'est pour les touristes, ces livres-là. Je ne dépenserai pas 20 piasses pour me faire dire que Québec est la plus européenne des villes nord-­américaines. Je connais mes clichés.

Et puis, lundi matin, je me suis remis dans la planification d'un voyage à Boston. J'ai fini d'annoter mon Lonely Planet, trié les attraits historiques, passé les bons restos en revue, filtré les spectacles, déniché des conférences gratuites à Harvard.

Et c'est là que ça m'a frappé : je ne fais presque jamais ça à Québec. J'y vais à peu près... Et je me demande pourquoi j'ai l'impression d'avoir fait le tour.

J'ai déménagé dans la capitale en 2005, fraîchement débarqué de Sainte-Julie, une ville dortoir de la Rive-Sud montréalaise que les gens de la capitale replacent vaguement : ah oui, c'est-tu là qu'y a un McDo sur le bord de la 20? Avant le IKEA de Boucherville? C'est ça. 

Depuis mon arrivée à l'autre bout de l'autoroute, j'ai vécu dans Saint-Jean-Baptiste, Montcalm, Saint-Roch, Saint-Sauveur et Limoilou, et j'ai profité en masse de cette proximité du centre historique et culturel. 

Avant, je grognais quand j'entendais des Montréalais expatriés à Québec se lamenter de la faible offre culturelle dans la capitale. Je me disais : t'en as même pas découvert le centième et tu te morfonds déjà?

Mais après 11 ans à Québec, quand je m'entends penser, je m'aperçois que moi aussi, je suis devenu un peu ce Montréalais-là. 

Comme je compte rester ici encore longtemps, c'est un peu déprimant. Pourquoi ai-je perdu la flamme? Et comment la renouveler? 

J'ai lu récemment que de nombreux Londoniens n'avaient jamais visité Big Ben. C'est le monument le plus célèbre de la capitale britannique. À peu près tous les touristes vont lui faire coucou. Mais les «locaux», eux, le boudent. 

Et ce n'est pas seulement le cas pour la grosse horloge. Une étude a montré qu'en deux semaines, les touristes visitent en moyenne plus de monuments célèbres que ceux qui habitent dans la mégapole britannique depuis un an. 

Les Londoniens rapportent d'ailleurs avoir visité plus de monuments à l'étranger que dans leur cité. Souvent, ils ne le font qu'au moment où ils s'apprêtent à déménager - et, tiens donc, ils apprécient l'expérience.

Prendre le temps

Qu'est-ce qui les retenait? Nous, les humains, nous sommes très sensibles à la rareté - celle du temps dans ce cas-ci. 

Quand on est sur le bord de faire ses boîtes, on se hâte pour ne rien manquer. Mais quand on a tout le temps du monde, on profite de notre patio. Et on trouve qu'il n'y a pas grand-chose à faire dans notre ville.

Pour ne plus tomber dans le panneau, j'ai donc décidé de devenir touriste chez moi.

Dans mon Lonely Planet Mont­real & Quebec City, il y a effectivement une foule de trucs à voir et à faire que je reporte depuis longtemps ou que je snobe sous prétexte que c'est pour les touristes. 

Le Festival d'opéra de Québec? Les Fêtes de la Nouvelle-­France? Le Festival international des musiques sacrées? Jamais allé. Le Carnaval de Québec? C'est un scandale, je le sais : je n'y ai jamais mis les bottes non plus. 

Le Vieux-Québec fait partie du patrimoine mondial de l'UNESCO, mais si un touriste me demandait pourquoi, je lui bredouillerais une explication très approximative. Je ne saurais pas lui décrire la richesse de notre patrimoine pour la simple raison que je ne m'y suis jamais attardé. 

Mais sur la Freedom Trail à Boston, checkez-moi bien, je vais pouvoir tout vous expliquer.

Le plaisir du voyage vient entre autres de la curiosité repue. J'ai lu à propos de la révolution américaine, du Boston Tea Party, de la midnight run de Paul Revere, je suis intrigué. J'ai envie de voir où ç'a commencé. Et je vais être trop content de marcher sur la Freedom Trail. 

Pourquoi je ne pourrais pas faire la même chose dans le Vieux-Québec? 

Bien sûr, quand j'aurai coché toutes les pages de mon guide touristique, la lassitude reviendra faire un tour. C'est là que je me mettrai à dessiner. 

À l'époque où le tourisme de masse commençait, John Ruskin, le plus important critique d'art de l'époque victorienne, déplorait que ses compatriotes ne sachent pas voir la beauté. Il estimait que le meilleur moyen de l'apprécier était d'être sensible à ses détails par le biais de l'art, et en particulier du dessin.

Résumant la pensée de Ruskin, l'écrivain anglais Alain de Botton écrit : «Le dessin peut nous apprendre à voir : à remarquer plutôt que regarder.»

Je ne pense pas me mettre au dessin de sitôt, mais je suis certain qu'en me mettant un peu plus dans la peau d'un touriste, je vais retomber amoureux de ma ville. 

Si tout le monde fait comme moi, l'Office du tourisme de Québec enregistrera l'an prochain une hausse fulgurante du tourisme en provenance... de Québec.

De rien.

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