À propos des «A»

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Dimanche dernier à Tout le monde en parle, Pierre Lapointe a dénoncé le fait que l'on voit toujours les mêmes vedettes - les «A» - à la télévision, avant de reconnaître qu'il était chanceux de faire lui-même partie de ce groupe.

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Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / Qui ne voudrait pas être un «A»? Vous le savez peut-être depuis une semaine, les «A» sont les vedettes les plus en vue, celles dont un talk-show ne peut se passer au risque d'emmerder ses téléspectateurs.

Les producteurs télévisuels doivent en planter deux ou trois sur un plateau s'ils veulent inviter aussi un «B» ou un «C». C'est-à-dire quelqu'un de moins connu, mettons Marie-Pierre Arthur, a expliqué Pierre Lapointe dimanche soir à Tout le monde en parle, entre deux convulsions de jurons.

«Les esties de A, j'en ai plein le tabarnak de cul», a dit l'animateur de feu Stéréo pop, dénonçant le règne du vedettariat à Radio-Canada. 

Je ne sauterai pas dans le débat, mon collègue Richard Therrien l'a très bien fait avant moi. Mais il y a une chose qui est passée sous le radar dans cette histoire et sur laquelle j'aimerais revenir - et c'est la célébrité elle-même. 

À mi-chemin dans son cri du coeur, Pierre Lapointe avoue qu'il se compte chanceux de «faire partie des A; je suis là, suis heureux», a-t-il dit. 

Le discours implicite, ici, c'est que la célébrité est une bénédiction. Lapointe tient pour acquis que l'adoration du public, ou du moins la possibilité d'être reconnu d'un grand nombre, est un privilège que les B, les C ou même les D veulent partager avec les A. Un no-brainer, comme disent les Anglos. 

Considérant notre fascination collective pour la célébrité, je suppose que c'est normal qu'on ne se pose même pas la question. 

Les vedettes sont partout : à la télé, à la radio, en couverture des journaux et des magazines, dans les pubs et sur notre fil Twitter. Les médias racontent leur processus de création et leurs tranches de vie, les canardent de photos et sollicitent leur opinion sur tout et n'importe quoi. Et on en redemande, moi le premier. 

Lapointe a dit qu'il mène une «vie extraordinaire» et qu'il veut «rester dans cette énergie-là». On le comprend. Les «A» ont les meilleures places au restaurant pendant qu'on est installé à la petite table dans le courant d'air. Ils discutent avec le gratin artistique pendant qu'on feuillette Écho Vedettes. Ils acceptent un trophée pour une chanson pendant qu'on nous remet une tite plaque pour souligner nos 40 ans de service. 

Célébrité surévaluée

En plus, les «A» s'achètent la maison de nos rêves, avec les hauts plafonds et la lumière qui entre de partout, pendant qu'on est coincés dans un condo avec deux fenêtres et un plafond qu'on peut toucher en sautant. Comment ne pas les envier?

Eh bien, parce que la célébrité est surévaluée.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi tant de célébrités avaient l'air blasé? Comme en témoignent les tabloïds chaque semaine, les stars semblent aussi douées que n'importe qui pour le mal de vivre. 

Ne soyez pas surpris que ça vous surprenne : les humains sont notoirement pourris pour prédire ce qui les rendra heureux. Et cela, parce qu'ils sous-estiment un phénomène qui s'appelle l'«adaptation hédonique» ou, dans une variation plus amusante : le «tapis roulant hédonique».

Selon cette théorie bien établie, les gens s'adaptent beaucoup plus vite qu'ils le pensent aux changements positifs dans leur vie; ainsi, leurs attentes augmentent, et il leur en faut toujours plus pour être satisfaits.

Des études ont notamment montré que, passé l'excitation du début, une augmentation de salaire, un déménagement dans une contrée plus ensoleillée ou même avoir des enfants ne nous rendait pas durablement plus heureux.

C'est la même chose pour la célébrité. Au début, les talk-shows, les applaudissements du public, les accès VIP et le flot de fric excitent les nouvelles vedettes. Mais assez vite, le regain de plaisir associé à ces bénéfices s'érode, et les stars reviennent à leur niveau de bonheur habituel.

L'autre problème, c'est que quand on veut être célèbre, on est animé par ce que les psys appellent une motivation «extrinsèque». C'est-à-dire qu'on est motivé par ce que l'activité nous procure et non par le plaisir ou la satisfaction de l'activité elle-même (la motivation «intrinsèque»).

Les psychologues américains Edward Deci et Richard Ryan, qui ont inventé cette distinction, l'ont aussi testé scientifiquement. Ils ont notamment demandé à 147 étudiants américains de remplir des questionnaires pour voir s'ils étaient davantage animés par des motivations extrinsèques typiques de l'american dream (célébrité, argent, image) ou intrinsèques (croissance personnelle, proximité relationnelle, engagement dans la communauté et santé physique).

Puis, ils ont attendu et ont mesuré l'évolution de leur niveau de bien-être un et deux ans après leur graduation. Qu'ont-ils constaté? Que l'atteinte des aspirations intrinsèques était liée à un «mieux-être», alors que l'atteinte d'aspirations extrinsèques engendrait un «mal-être».

«Les gens comprennent qu'il est important de se donner des buts dans la vie et ils croient qu'atteindre ces buts aura des conséquences positives. Cette étude montre que ce n'est pas vrai pour tous les buts», a expliqué Edward Deci à Science Daily

«Même si notre culture met beaucoup l'accent sur l'atteinte de la richesse et de la célébrité, poursuivre ces buts ne contribue pas à avoir une vie satisfaisante», ajoute-t-il.

Ça vous rappelle peut-être un des constats de la Grant Study dont je vous parlais la semaine dernière. Deci et Ryan nous expliquent en quelque sorte le pourquoi. 

Avant de sortir de ses gonds devant Guy A., Pierre Lapointe lui avait raconté combien il avait été touché d'apprendre que sa protégée de La voix, Stéphanie St-Jean, avait séjourné à l'hôpital psychiatrique dans la dernière année avant de gagner la finale de l'émission le 10 avril. 

«Je pense que cette fille-là va profiter de tout ce que ce prix-là peut lui offrir», a mentionné Lapointe. 

J'espère juste qu'il va lui dire de ne pas trop s'en faire avec les «A».

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