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John F. Kennedy est probablement le plus célèbre des cobayes de la Grant Study.

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Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / Cette semaine, j'ai regardé combien de temps il me restait à vivre.

J'ai eu cette curiosité un peu morbide après avoir lu que le nouveau film de Xavier Dolan racontera l'histoire d'un gars qui retourne dans son village natal pour annoncer sa mort.

Je ne suis pas sur le point de mourir, en tout cas j'espère, et si le hasard est de mon bord, je devrais vivre jusqu'à 80,2 ans. Ce qui correspond à l'espérance de vie des hommes québécois (celle des femmes est de 84,1 ans).

Je ne suis donc pas encore rendu à mi-chemin. Mais il n'est jamais trop tôt, je suppose, pour réfléchir à ce qu'on veut faire du reste de notre vie.

Je sais, c'est une vaste question. Pour y répondre, on peut commencer par se demander à quoi, au juste, on devrait consacrer notre temps et notre énergie pour être en santé et heureux jusqu'à la fin?

La réponse la plus convaincante que j'ai trouvée n'est pas enfouie dans l'ouvrage empoussiéré d'un vieux sage. Elle tient dans une vidéo de 12 minutes 46 que vous pourrez regarder sur YouTube après avoir lu votre Soleil.

L'homme que vous verrez avec une chemise bleue et qui parle d'une voix pleine d'empathie s'appelle Robert Waldinger. C'est un psychiatre. Il est le quatrième directeur de la plus longue étude sur le développement adulte jamais menée. 

Entre 1938 et 1945, des chercheurs de l'École de médecine de Harvard ont recruté 268 étudiants mâles de la même université, dont un certain John F. Kennedy (oui, celui-là). Puis, ils ont enrôlé 456 autres jeunes hommes blancs d'un des quartiers les plus pauvres de Boston. 

Année après année, les hommes de la Grant Study ont été suivis par des générations de scientifiques qui avaient des questions indiscrètes à leur poser. 

Ils leur ont demandé comment ça allait dans leur couple, avec leurs enfants, leur patron et comment c'était dans l'enfance, avec leur maman. Ils ont enregistré leur Q.I., leur salaire, la quantité d'alcool qu'ils buvaient. Ils ont prélevé leur sang et scanné leurs cerveaux. 

Ils ont consigné toutes ces variables. Puis, ils ont attendu de voir comment la vie de ces messieurs allait tourner. 

Aujourd'hui, il ne reste qu'une soixantaine de survivants parmi les 724 du départ. La plupart sont âgés de plus de 90 ans et participent toujours à l'étude.

Alors, que faut-il retenir de ces portraits de vies entières? Quelles leçons peut-on tirer de ces dizaines de milliers de pages de notes et de chiffres croisés? 

«Eh bien, les leçons ne portent pas sur la richesse, ou la célébrité, ou le travail, dit Waldinger dans la vidéo Ted Talk. Le message le plus évident qui ressort de cette étude de 75 ans est celui-ci : les bonnes relations nous rendent plus heureux et en meilleure santé. C'est tout.»

Les bonnes relations, celles qu'on entretient avec notre famille, nos amis, nos collègues, nos voisins, notre communauté, comptent plus que tout le reste.

Les hommes de la Grant Study sont devenus ouvriers, avocats, maçons, docteurs, rédacteur en chef du Washington Post et président des États-Unis. Mais peu importe leur métier, qu'ils soient devenus riches ou célèbres, leur longévité et leur bonheur étaient proportionnels à la qualité de leurs relations sociales.

Les gars les plus solidement connectés à leur entourage étaient plus heureux, en meilleure santé et vivaient plus longtemps. À 80 ans, les papis qui formaient un couple solide avec une mamie ou un autre papi avaient même la mémoire plus aiguisée et, à la fin de leur vie, ils gardaient le moral même dans la maladie et la souffrance.

À l'inverse, la solitude tuait. Les hommes isolés étaient plus malheureux et mouraient plus jeunes. Leurs corps et leurs cerveaux se détérioraient plus vite.

Par contre, la qualité des relations sociales n'avait rien à voir avec la quantité. «On peut se sentir seul dans une foule ou dans un couple», souligne Waldinger.

Si votre agenda est noirci d'activités sociales ou que votre fil Facebook est cousu de photos de ti-couple épanoui, ça n'a aucun effet si vous passez votre temps à faire du small talk dans les 5 à 7 et que vous vous engueulez avec votre blonde rendu à la maison. C'est peut-être même pire que le divorce, avance le psychiatre.

Que les relations de qualité soient bonnes pour la santé et le bien-être n'est peut-être pas une grande nouvelle pour vous. «Cette sagesse est vieille comme le monde», admet Waldinger.

Et pourtant, souligne-t-il, on investit rarement du temps et de l'énergie pour améliorer cet aspect de nos existences. En tout cas, beaucoup moins que pour avancer nos carrières.

Les hommes de la Grant Study, eux, misaient sur le travail, la richesse et la célébrité pour réussir leur vie. Mais durant 75 ans, les chercheurs ont constaté qu'ils étaient dans le champ. Il valait mieux parier sur les gens. 

Peu importe notre âge, il n'est jamais trop tard pour progresser de ce côté-là. Robert Waldinger conseille de couper dans le temps d'écran et d'augmenter celui du face-à-face. De réveiller les amitiés qui somnolent. De faire la paix avec un membre de la famille qu'on boude depuis des années, «parce que toutes ces querelles familiales trop communes laissent une empreinte terrible sur les personnes qui s'en veulent l'une à l'autre», dit-il.

«All you need is love», chantaient les Beatles. La Grant Study prouve que c'est vrai, même pour les gars.

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