Le moral dans les crampons

CHRONIQUE / Depuis deux ou trois ans, je ne compte plus sur la météo pour... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Le Soleil, Patrice Laroche

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<p>Marc Allard</p>
Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / Depuis deux ou trois ans, je ne compte plus sur la météo pour savoir si le printemps va finir par arriver, je me fie juste au nombre de joggeurs sur les trottoirs.

À Limoilou, en tout cas, ils sont de plus en plus nombreux à avoir recommencé. Certains portent encore des crampons pour ne pas se planter sur un bout de trottoir glacé. 

Plus la saison se réchauffe, plus j'en croise partout et n'importe quand. Ils dépassent ma poussette le matin quand je vais reconduire ma fille à la garderie. Ils sautillent à côté de moi en attendant le feu piéton. Je sors d'un bar tard le soir en titubant, je me tourne la tête: tiens, un joggeur. 

Parfois, j'ai l'impression d'être le seul résistant. L'été, il ne se passe pas une semaine sans que mon fil Facebook ne souligne les exploits d'un nouveau marathonien parmi mes amis virtuels.

Je songe à m'y mettre moi aussi, je vous jure. Ça ne peut pas être plus simple comme sport, t'enfiles tes souliers et tu cours. Même si ça m'emmerde un peu, je sais que les bénéfices de l'exercice physique sur ma santé en valent l'ennui, et je peux toujours écouter un livre audio en même temps, on ne devient pas moins intello avec des souliers de course.  

En plus, je suis tombé cette semaine sur une autre raison de courir ou de faire plus de sport. Ç'a aussi à voir avec la santé, mais la santé mentale. Celle dont a l'impression qu'elle ne se soigne qu'avec une prescription ou chez le psy. 

Prenez la dépression. Des chercheurs de l'école de médecine de l'Université Duke, en Caroline du Nord, ont recruté 156 personnes en dépression majeure pour tester un genre de traitement psycho-sportif. 

Les patients ont été répartis en trois groupes: un premier où ils devaient jogger ou faire du vélo pendant 30 minutes, trois fois par semaine; un deuxième avec un traitement pharmacologique classique (la sertraline, un antidépresseur de la même famille que le Prozac); un troisième avec une combinaison d'antidépresseurs et d'activité physique. 

Après les quatre mois de l'expérience, il n'y avait pas de différence statistiquement significative entre les trois groupes. En gros, plus de la moitié des patients n'étaient plus déprimés. Ce qui veut dire que le vélo et la course étaient un antidote aussi efficace contre le mal de vivre que les pilules. 

Mais au bout de 10 mois, le portrait avait changé. Ceux du premier groupe qui s'étaient remis de leur dépression après avoir couru ou pédalé avaient un taux de dépression qui frôlait le zéro. Dans les deux autres groupes, la dépression avait repêché environ 20 % des patients. 

C'était encore plus surprenant. La combinaison d'antidépresseurs et d'activité physique pourtant semblait la plus prometteuse. Les chercheurs pensaient que l'effet des deux allait s'additionner. 

Sauf que durant l'expérience, ils ont remarqué que les patients qui gobaient des comprimés avaient l'impression que la médication interférait avec les bénéfices de leurs trois séances hebdomadaires de cardio.  

Les chercheurs n'ont pas trouvé d'explication physiologique et ils ont soupçonné que ça se passait dans leur tête. C'était peut-être le cas. Faire souvent de l'activité physique donne un sentiment de maîtrise et une image positive de soi, soulignent-ils dans leur article, «ce qui a pu jouer un rôle dans les effets antidépresseurs de l'exercice».    

Autrement dit, les avaleurs de sertraline avaient tendance à croire qu'ils allaient mieux grâce au médicament, et non au sport. Et comme ça arrive souvent en psychologie, la manière dont ils se percevaient le nombril avait un gros impact sur leur bien-être.  

Mais il n'y a pas que chez les gens dépressifs que le sport est bon pour le moral. Comme le souligne le psychologue Jordi Quoidbach dans son livre Pourquoi les gens heureux vivent plus longtemps, bouger allège l'humeur d'à peu près tout le monde.   

Le sport brûle le cortisol, aussi appelé l'hormone du stress, ce qui nous déstresse. Il stimule également les endorphines, des hormones antidouleur que notre corps libère après une activité physique intense, produisant une sorte d'euphorie passagère semblable à l'orgasme. 

C'est pour ça que tout le monde s'est mis à jogger? Je vais essayer de m'en souvenir la prochaine fois que je lace mes souliers.

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