La Saint-Valentin des célibataires

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Au Québec, à peu près 4 adultes sur 10 sont célibataires.

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<p>Marc Allard</p>
Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / Durant ses six ans de célibat, Claudia n'a pas raté une Saint-Valentin. Elle réunissait quelques amies, réservait dans un bon resto et trinquait à l'amour extra-conjugal.

Elle s'éclatait sûrement plus que certains couples aux tables d'à côté qui essayaient de ne pas radoter leurs vieilles histoires. Mais les valentins pouvaient se consoler en se disant que son bonheur était éphémère : elle était célibataire. 

Ils étaient dans le champ. «Ç'a été les plus belles années de ma vie !»  me dit-elle. Pendant que plusieurs de ses amies casées plongeaient dans la phase boulot, condo, rénos, marmots et commençaient à souffrir de la pénurie de temps si souvent décriée aujourd'hui, son horaire reluisait de loisirs et d'activités sociales. 

Plein air, yoga, danse, théâtre, cinéma, spectacles de musique, club de lecture et de cinéma, jasettes au café, brunchs qui s'étirent dans l'après-midi : elle s'organisait pour pouvoir estampiller un happy face sur toutes les cases libres de son agenda. Quelques fréquentations ont aussi émaillé son célibat, mais ça en restait là.   

C'était la mi- vingtaine, début de la trentaine et, tout de même, la pression sociale devenait de plus en plus forte pour qu'elle se case. Elle se faisait souvent asticoter là-dessus, à Noël notamment : «Y'est où, ton p'tit chum?» «Une belle fille intelligente comme toi, comment ça que t'es célibataire ?» 

Claudia leur disait d'en revenir. Elle n'avait jamais perçu son célibat comme un boulet. Mais on aurait dit que certaines voulaient que ça le devienne. 

Au Québec, à peu près 4 adultes sur 10 sont célibataires. En cette fin de semaine de la Saint-Valentin, certains feront comme Claudia et lèveront leur verre à l'amitié. Mais plusieurs se tourmenteront aussi devant un film d'amour en se disant qu'ils ne pourront être heureux que le jour où ils se seront accouplés.

Je ne veux pas gâcher le punch, mais c'est un mythe. Le couple est loin de donner la clé du bonheur. Oui, comme vous l'avez sûrement déjà lu plusieurs fois, de nombreuses études ont montré que les célibataires se disent moins satisfaits de leur vie ou moins heureux que les gens en couple. Mais ces données racontent juste une partie de l'histoire. 

Il y a souvent une grosse différence entre être satisfait de sa vie en général et être satisfait au quotidien. Quand on pose la première question aux gens, ils se font en quelques secondes une sorte de bilan mental de leur existence. Ce bilan équivaut pour la plupart d'entre nous à une liste à cocher avec les accomplissements censés jalonner une vie «réussie» à l'âge que nous avons : est-ce que j'ai une bonne job?, une maison ?, une blonde, un chum?, des enfants ? 

Dans cette évaluation existentielle, le fait d'être ou non en couple a souvent un poids disproportionné par rapport à son impact réel sur notre bonheur.  

Vous en doutez ? L'économiste américain Alan Kruger et quatre psychologues se sont penchés sur cette question en analysant le quotidien de plusieurs milliers de femmes aux États-Unis, en France et au Danemark pour voir ce que les rendait heureuses - ou maussades - d'heure en heure.

Ils n'ont constaté AUCUNE différence entre le bien-être vécu par les femmes en couple et célibataires. Les premières passaient moins de temps seules, mais aussi beaucoup moins de temps avec des amies. Elle s'envoyaient en l'air plus souvent, mais passaient aussi plus de temps à faire  des corvées, les repas et à s'occuper des enfants, des activités relativement impopulaires parmi les femmes sondées dans ces trois pays.

Et, bien sûr, les moments passés avec leurs concubins variaient en qualité. Je ne vous apprends rien : il y a des couples qui trouvent le moyen de passer du bon temps à la table de cuisine même après 30 ans de mariage et il y a en a qui lisent l'endos de la boite de céréales après un mois de vie commune. 

Comme l'explique le psychologue Daniel Kahneman, un des coauteurs de l'étude, ce n'est pas que le couple ne fait aucune différence sur notre bien-être, c'est seulement qu'il change certains aspects de notre vie pour le pire et d'autres pour le meilleur. Bref, ça s'annule. C'est peut-être ça l'idée derrière les voeux de mariage.  

La psychologue Barbara Frederickson a écrit un livre qui s'intitule Love 2.0, dans lequel elle nous encourage à sortir de notre conception traditionnelle de l'amour, celui avec un grand A, avec le couple sur un piédestal et les célibataires en quête perpétuelle de l'âme soeur. 

L'amour, explique-t-elle, est d'abord une émotion éphémère que l'on ressent dans un micro-moment de communion avec quelqu'un. Et, à ce titre, les amoureux sont loin d'en posséder le monopole. 

Les enfants, la famille, les amis, les collègues: ils peuvent tous nous faire vivre l'«émotion reine» pourvu qu'on y mette aussi du sien. Notre cerveau ne fait pas de distinction. La seule constante, c'est ce sentiment d'une «sollicitude réciproque» qui «nous arrache à notre cocon d'égocentrisme pour nous mettre au diapason des autres», écrit Fredrickson. 

En couple ou célibataire, les gens les plus heureux sont ceux qui réussissent à accumuler le plus de ces micro-moments d'amour dans leurs journées typiques. C'est mathématique. 

Claudia ne les a jamais calculés. Mais quand elle était célibataire, elle s'organisait pour ne pas en manquer. 

Il y deux ans, elle est déménagée à Boston pour le travail et, au printemps, elle a rencontré son copain. Ils vont bientôt emménager ensemble. Elle se dit aussi heureuse avec lui qu'en solo. Le seul inconvénient, c'est qu'elle réserve juste pour deux à la Saint-Valentin.

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