La ligue des filles poches

Catherine Fafard a eu l'idée de fonder une... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

Agrandir

Catherine Fafard a eu l'idée de fonder une ligue de filles poches parce qu'elle voulait continuer à jouer au hockey dehors pour le plaisir, sans risquer de se blesser en se mêlant à l'inévitable majorité masculine.

Le Soleil, Caroline Grégoire

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Marc Allard</p>
Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / L'hiver dernier, Catherine Fafard allait disputer la rondelle à un gars de 6 pieds 5 à la patinoire du parc Victoria quand elle a perdu le contrôle de ses patins. Elle s'est écrasée contre lui comme un cycliste sur une portière, a basculé vers l'arrière et s'est cogné la tête sur la glace.

«J'ai entendu un crounche. Ç'a vraiment fessé! raconte-t-elle. J'ai senti monter une douleur très aiguë. Je me suis dit, ça y est, je suis paraplégique!» 

Elle ne l'était pas. Mais sa mâchoire l'a fait souffrir pendant une semaine, au point où elle ne pouvait plus manger. 

C'est à peu près à ce moment-là, qu'à l'aube de la quarantaine, Catherine a eu l'idée de fonder une ligue de filles poches. Elle voulait continuer à jouer au hockey dehors pour le plaisir, mais ne voulait plus risquer de se blesser en se mêlant à l'inévitable majorité masculine.

Elle aurait pu se tourner vers une ligue féminine organisée. Pour des dizaines de dollars, on lui aurait fourni des coéquipières, des adversaires, une patinoire et un horaire. Mais Catherine voulait inspirer l'air de l'hiver et expirer de la buée. Elle voulait patiner sur la glace granuleuse des patinoires publiques. Et garder le sentiment d'un match sans pression, où l'adage «l'important, c'est de participer» pèserait plus qu'une platitude. 

Elle semblait donc condamnée à jouer avec les gars du parc : le kid trop content d'essayer son tir du poignet, l'ancien gardien du junior qui aurait voulu jouer au centre, le papi avec sa redoutable feinte. Catherine et ses amies se joignaient à eux, mais elles s'ennuyaient à se geler les orteils. 

«Les gars, ça ne leur tente pas nécessairement de baisser leur niveau de jeu juste pour nous faire plaisir, il y en a qui le font et ils sont très gentils et tout. Mais dès qu'ils ont la majorité sur la patinoire, c'est sûr qu'on ne va jamais avoir la rondelle et qu'on va juste patiner dans le beurre.»  

Et parfois, les mâles s'emballent - ou les filles poches leur rentrent dedans. «Une de mes amies a failli se faire crever un oeil par un bâton, dit Catherine. On ne maîtrise pas si bien le patinage, et quand t'es avec des gens super bons, ça va vite, vite, et si tu te plantes, tu te plantes raide.»

Juste avant Noël, Catherine a donc mis à profit sa fibre entrepreneuriale (elle est copropriétaire de Keeto, une entreprise d'articles illustrés) et a recruté à l'ancienne. Elle a sorti son agrafeuse murale et son tape transparent et a apposé une soixantaine d'affiches dans les parcs, près des patinoires et dans les cabanes à patin de Limoilou, Saint-Roch et Saint-Sauveur. Une amie poche en a aussi punaisé à l'Université Laval. 

Le titre de l'affiche, en majuscule et souligné, intriguait: «HOCKEY POUR FILLES POCHES». La description aussi: «Nous sommes 4 filles poches dans la trentaine qui jouons au hockey. Nous cherchons d'autres filles poches pour agrandir notre équipe. Nos seuls objectifs: bouger, être dehors, s'amuser. Les mardis 17h30. Parc Victoria. Dès que la glace est prise. Es-tu assez poche pour jouer avec nous?» 

Au bas de l'affiche, elle avait copié son numéro de téléphone sur de petites bandes découpées à la verticale. Son téléphone a vite sonné. Des femmes d'un peu partout à Québec, de tous les âges, l'ont contactée: oui, j'appelle pour le hockey, je suis poche. 

Dans cette ligue informelle, la connaissance des règlements est aussi approximative que celle des techniques de freinage. «Qu'est-ce qu'un hors-jeu? Y'a personne qui sait ça dans ma gang», dit Catherine.

Les matchs se déroulent à la bonne franquette. Tout le monde peut participer, même les hommes. Mais ils sont rares. Catherine divise les membres en trois types: les talentueuses qui manient le disque depuis longtemps, les «moyennes» qui sont moyennes et les «vraiment poches» qui passent une partie non négligeable de leur temps de glace sur les fesses. 

Les joueuses s'entraident. «L'important, c'est que tout le monde ait la rondelle une couple de fois sur sa palette durant la partie, dit Catherine. Poche ou pas poche, quand t'as la rondelle, dans ta tête, t'es hot

L'important dans la ligue des filles poches, c'est... (Le Soleil, Caroline Grégoire) - image 2.0

Agrandir

L'important dans la ligue des filles poches, c'est que tout le monde ait la rondelle une couple de fois sur sa palette durant la partie. «Poche ou pas poche, quand t'as la rondelle, dans ta tête, t'es hot

Le Soleil, Caroline Grégoire

Il y a trois ans, Catherine avait aussi recruté des poches pour jouer au soccer. Avant, les sports qu'elle pratiquait étaient tous individuels: raquette, ski, tennis, marche avec son gros chien. Mais la fraternité des sports d'équipe l'attirait. 

Comme pour le hockey, elle a placardé des affiches sur les poteaux du centre-ville. Et n'a pas eu de mal à rassembler des étrangers autour d'un ballon. L'été, elles sont maintenant une centaine de membres plus ou moins assidues. Elles sont toujours au moins une quinzaine à taquiner le ballon rond. Elles squattent un, parfois deux, terrains de soccer au parc Victoria. 

Les joueuses amènent leur marmaille, leurs soeurs, leurs colocs ou leurs amis avec eux. Certains participent, d'autres observent. Après, ça se termine souvent par une bière. 

«Il y a beaucoup de gens qui veulent bouger dehors et être en gang, autant l'été comme l'hiver, dit Catherine. Il suffit de créer l'occasion.» 

À l'ère des réseaux sociaux, où de plus en plus de gens sont tout seul ensemble, réussir à rassembler des inconnues en chair et en os sur une patinoire en agrafant des affiches sur des poteaux est presque révolutionnaire. 

«T'as pas juste cliqué j'aime sur une page Facebook, dit-elle. Il faut que tu m'appelles ou que tu m'envoies un texto et, tout de suite, il y a une conversation qui s'installe.» 

Au hockey, Catherine trouve que la ligue qu'elle a lancée honore une sorte de tradition inclusive des patinoires publiques. Peu importe leur niveau, avec qui elles arrivent ou même à quelle heure, les hockeyeuses peuvent sauter sur la glace et jouer - pourvu qu'elles tolèrent les poches.

Pour en savoir plus sur la ligue en question, visitez sa page Facebook.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer