Les meilleures résolutions ne sont pas celles que vous pensez

Les résolutions du Nouvel An ne nous aideraient... (Infographie Le Soleil)

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Les résolutions du Nouvel An ne nous aideraient pas vraiment à être heureux.

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<p>Marc Allard</p>
Marc Allard
Le Soleil

(Québec) L'an dernier, Twitter s'est amusé à faire un palmarès des résolutions du Nouvel An les plus populaires au Canada. Si vous êtes comme la moyenne des ours, vous allez probablement en sélectionner une dans le lot en 2016.

Du 1er au 10e rang, le palmarès allait donc comme suit : s'entraîner, être heureux, perdre du poids, arrête de fumer, se débrancher, être le meilleur à..., arrêter de boire, s'aimer soi-même, travailler plus fort et ne pas tout foutre en l'air (don't fuck it up en anglais).

Ce n'est pas étonnant qu'«être heureux» soit presque en tête de liste. Après tout, toutes les résolutions concourent vers celle-là. Comme disait mon compagnon de chevet Aristote, le bonheur est «l'horizon et la finalité de l'existence humaine».

Le problème, avec ce top 10 et les autres résolutions typiques du Nouvel An, c'est qu'elles ne nous aident pas vraiment à être plus heureux, pour la simple et bonne raison qu'elles sont souvent à côté de la plaque.

Ce n'est pas moi qui le dis. C'est Sonya Lyubomirsky, directrice du Laboratoire de psychologie positive à l'Université de Californie. Il y a un quart de siècle, cette Russo-Américaine a été une des pionnières qui ont fait du «bien-être subjectif» (synonyme de bonheur en jargon académique) un objet scientifique sérieux. Elle est aujourd'hui reconnue comme une des plus grandes spécialistes du domaine, avec plus d'une centaine d'articles à son actif.

En 2007, Lyubomirsky a publié son premier livre grand public, intitulé en français Comment être heureux et le rester. Si on se fie à sa couverture, le livre n'a pas l'air bien différent des autres livres sur le bonheur dans le rayon «croissance personnelle» de votre libraire. Mais avec ses 30 pages de références scientifiques, il a de quoi faire rougir ses voisins.

Les traducteurs ont ajouté au titre original Comment être heureux (The How of Happiness) trois autres mots - «et le rester» - qui encapsulent encore davantage l'idée générale derrière le livre : la vie, martèle Lyubomirsky, est émaillée de brefs moments de bonheur. Mais pour que celui-ci soit durable, il faut cesser de le chercher là où il ne dure pas.

Notre premier réflexe est de chercher à influencer les «conditions extérieures» de nos vies : couple, carrière, revenu, logis, apparence physique. Oui, explique la psychologue, les événements marquants de notre vie adulte comptent dans nos vies, mais les résultats de recherche montrent qu'ils ne déterminent qu'une maigre portion de notre bonheur, 10 % en moyenne.

«Vous aurez peut-être du mal à me croire, écrit-elle, mais que vous vous rendiez au travail dans une Porsche ou dans un vieux camion, que vous soyez jeune ou vieux, que vous soyez offert un lifting du visage, que vous viviez dans une contrée perdue ou ensoleillée, vos chances d'être heureux sont grosso modo les mêmes.»

«Capital bonheur»

Ce qui pèse le plus lourd (50 %) dans la balance du bonheur est un peu déprimant. Il s'agit de notre «happiness set point», une expression traduite en français par «capital de départ», qui veut dire en gros que chaque personne naît avec une prédisposition génétique au bonheur.

C'est ce qui fait que certaines personnes semblent d'un naturel plus joyeux que les autres. Elles sourient plus souvent, prennent les mauvaises nouvelles avec un grain de sel et donnent l'impression que leur quotidien est une rivière d'allégresse. Écoutez Francis Reddy conclure son émission à la radio avec un «Ah, que la vie est belle!», et vous allez comprendre.

À l'autre bout du spectre, il y a les névrosés comme Woody Allen. Le genre qui se morfond peu importe la situation : «Quand je suis en Europe, je m'ennuie de New York, et quand je suis à New York, je m'ennuie de l'Europe», dit l'acteur et cinéaste dans Wild Man Blues.

La majorité des gens se trouvent quelque part dans le milieu, entre Francis Reddy et Woddy Allen. Les études montrent que, quel que soit votre capital de départ, vous avez tendance à y revenir après la brève exaltation d'une promotion, d'un déménagement, d'une relation torride ou même d'un Grammy ou d'une médaille olympique.

Avec le 50 % de génétique et le 10 % des circonstances extérieures, il nous resterait donc 40 % de marge de manoeuvre. Cette marge, que Lyubomirsky nomme «l'investissement personnel», revient en quelque sorte à adopter les habitudes des Francis Reddy.

Les Woody Allen vont se moquer, et dire comme dans le film Annie Hall, que les gens heureux «sont superficiels et vides, qu'ils [...] n'ont pas d'idées et n'ont rien d'intéressant à dire». C'est parfois vrai : il y a aura toujours des cons heureux. Mais ne vaut-il pas mieux être con et heureux que brillant et déprimé?

Peu importe. Pour être plus heureux, il faudrait donc s'inspirer de ceux qui le sont. Et ces gens se caractérisent par un certain nombre d'habitudes :

  • ils consacrent beaucoup de temps à leurs proches et à leurs amis;
  • ils n'ont aucune gêne à exprimer leur gratitude pour tout ce qu'ils possèdent;
  • ils sont souvent les premiers à offrir leur aide à leurs collègues de travail ou à de simples passants;
  • ils sont optimistes lorsqu'ils s'imaginent leur avenir;
  • ils goûtent les plaisirs simples et s'efforcent de vivre au présent;
  • ils pratiquent des activités physiques de façon hebdomadaire, sinon quotidienne;
  • ils n'hésitent pas à mettre en oeuvre un projet de toute une vie (combattre la fraude, devenir ébéniste, transmettre à leurs enfants les valeurs qui leur sont chères);
  • ils ont la force et la stabilité émotionnelle pour passer à travers les crises, les angoisses et parfois même les tragédies.

Ces habitudes sont autant de résolutions potentielles pour 2016. Bon, je sais, certaines ont l'air quétaine ou cliché, et donnent un petit frisson de ridicule juste à y penser. Lyubomirsky en convient elle-même et parle de leur apparence «gnangnan».

Mais elle n'en démord pas : ces habitudes peuvent redonner le sourire même aux plus grognons. Pourvu qu'on y mette l'effort. «Très souvent, écrit-elle, nous répugnons à appliquer la notion d'effort à notre vie affective ou mentale. Certes, nous pouvons être chanceux sans faire d'effort, mais comme pour une résolution du Nouvel An vite oubliée, le succès sera de courte durée.»

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