Comment rater ses cadeaux de Noël

CHRONIQUE / Tout le monde a ses chansons préférées durant le temps des Fêtes.... (123RF/ Angel Luis Simon Martin)

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<p>Marc Allard</p>
Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / Tout le monde a ses chansons préférées durant le temps des Fêtes. Pour moi, c'est à peu près tous les titres de l'album de Noël de Charlie Brown. Pour vous, je ne sais pas.

Mais il y a une toune qui rassemble une bonne partie des Québécois à l'approche du 25 décembre. C'est la complainte du Noël superficiel : «Ah ! Noël, c'est tellement rendu commercial!» «Y'a pu de valeurs!» «Le monde veut juste des cadeaux!» 

J'ai longtemps été membre de cette chorale. Sauf qu'avec deux enfants qui jouent à chercher le lutin coquin pendant un mois et qui s'émerveillent dès qu'une boîte apparaît sous le sapin, difficile de bouder comme M. Scrooge.   

J'ai trouvé un antidote au cynisme l'an dernier dans un livre que j'ai reçu, ironiquement, en cadeau. Ça s'appelle Happy Money : the science of smarter spending et c'est écrit par deux professeurs de psychologie sociale, Elizaebth Dunn, de l'Université de Colombie-Britannique (UBC), et Michael Norton, de l'Université Harvard. 

Le bouquin explique en somme que l'argent peut nous rendre plus heureux quand on sait comment dépenser. Les auteurs proposent une série de principes pour tirer le maximum de bonheur de son portefeuille. 

En lisant le livre, je me suis rendu compte d'une chose : ce ne sont pas les cadeaux le problème, mais notre façon de les emballer. Et par emballer, je ne parle pas de papier. Je fais référence à tout ce qui entoure le cadeau et contribue à le rendre plus appréciable, tant pour celui qui le donne que celui qui le reçoit. 

Je me suis replongé dans le livre cette semaine et j'ai interviewé un des coauteurs, M. Norton. Même avec ses lumières, je n'aurai pas la prétention de vous dire comment réussir vos cadeaux de Noël. Mais je peux au moins essayer de vous dire comment les rater. 

Alors, sans plus tarder, voici mon humble guide du ratage, assorti de quatre conseils.

***

Tuer l'anticipation

Jusqu'à cette semaine, je n'avais donc jamais encouragé mes filles à écrire au père Noël. Je sais qu'il a été déjà été une mascotte publicitaire chez Coke, et je le trouve suspect depuis. Mais je me suis ravisé pour une raison : l'anticipation. 

Le plaisir associé à un cadeau n'arrive pas juste quand on ouvre le paquet. Il commence bien avant de le déballer. Dans Happy Money, Dunn et Norton donnent l'exemple de Deb, une de leurs étudiantes, qui avait demandé la «Barbie enseignante» pour Noël quand elle était petite. Durant des semaines, Deb avait préparé ses autres Barbie à l'arrivée potentielle de la nouvelle maîtresse d'école. «Si le jouet était arrivé tout de suite, Deb n'aurait pas eu l'occasion de s'imaginer à quel point la Barbie professeur serait fantastique», écrivent-ils. 

L'anticipation décuple le plaisir. Mais elle se suffit aussi à elle-même, car les humains ont cette incroyable faculté de se réjouir simplement en pensant au futur. C'est pour ça qu'on met un sapin dans le salon plusieurs semaines avant Noël et qu'on accroche des guirlandes lumineuses dehors. 

Curieusement, on oublie souvent de faire la même chose avec les cadeaux. D'où l'intérêt pour les enfants d'expédier une lettre au pôle Nord. Même chose pour les listes de suggestion de cadeaux honnies par les fans de la complainte susmentionnée. Michael Norton suggère de semer des indices à mesure que le réveillon approche, sans bien sûr révéler ce qu'il y a dans les boîtes. Car sans incertitude, l'anticipation se dégonfle.  

Conseil #1: Pour rater vos cadeaux, achetez tout à la dernière minute, sans consulter les personnes concernées. Misez tout sur la surprise! Et croisez les doigts. 

***

Fuir les expériences

La vie de nos cadeaux continue aussi après leur réception. Mais quand on les achète, on a tendance à focaliser sur le moment du déballage. Si la personne saute de joie, c'est réussi ! Et si elle feint sa joie, c'est grillé. Et si on pensait à plus long terme? 

«Quand on laisse les gens choisir entre une expérience et un bien matériel, ils tendent à choisir le matériel. Et c'est vrai qu'à Noël, sur le coup, on préfère avoir des biens matériels», dit Michael Norton. Mais dans les mois et les années qui suivent, explique-t-il, les expériences contribuent beaucoup plus à notre bonheur brut. 

Oui, c'est plus agréable de déballer un iPad dont on peut se servir dès que la pomme s'allume. Sauf que les humains s'habituent très vite aux objets en général et le plaisir décroît à mesure qu'ils se fondent dans le décor, explique le psychologue. 

Les expériences sont plus riches et plus durables pour au moins deux raisons : elles sont plus susceptibles de nous connecter aux autres et elles nous donnent de bien meilleures histoires à raconter. Recevoir des billets pour un concert de Metallica peut vous combler moins sur le coup qu'un iPad, mais dans trois ans, vous en jaserez encore avec vos amis, et votre iPad sera obsolète.   

Conseil #2: Pour rater vos cadeaux, n'achetez que des objets, comme des bijoux, des vêtements, des meubles ou des appareils électroniques. Mais ça se peut que les destinataires ne se souviennent plus de ce que vous leur avez offert l'an prochain. 

***

Miser sur l'abondance

Durant les Fêtes, les enfants reçoivent beaucoup de cadeaux. Tellement, parfois, qu'ils se transforment en machine à déballer. Ils ne sourient alors qu'aux objets qu'ils espèrent trouver dans le trafic et il faut leur rappeler de dire merci pour les présents sans clinquant. 

C'est normal : l'abondance tue l'appréciation. «Plus on dispose d'une chose, moins elle devient spéciale, explique Michael Norton. Et c'est vrai avec les cadeaux. À mesure que la quantité augmente, ils deviennent de moins en moins spéciaux et on devient de moins en moins intéressés.»

Conseil  #3: Pour rater vos cadeaux, pariez sur la quantité et demandez à la personne de tous les déballer du même coup. 

***

Se gâter

Dans tout le débat sur la commercialisation de Noël, il faudrait peut-être se rappeler que les gens n'offrent pas seulement des cadeaux par obligation. Ils donnent aussi parce que ça fait du bien de donner. 

Il y a quelques années, Lara Aknin, une étudiante qui a travaillé avec M. Norton et Mme Dunn, a accroché de jeunes adultes un matin à Vancouver en leur offrant une mystérieuse enveloppe. À l'intérieur, il y avait un billet de 5$ et une note. Celle-ci demandait à certains d'entre eux de s'offrir un petit cadeau avant 17h ou de mettre le 5$ sur un de leurs frais mensuels, comme le loyer, les comptes ou une dette. À d'autres, la note demandait de faire un don de charité. Quelques chanceux recevaient aussi une enveloppe avec un 20 $ et des instructions similaires.  

Le soir, Mme Ankin rappelait les porteurs d'enveloppe pour vérifier comment ils avaient dépensé l'argent et à quel point ils étaient heureux le soir par rapport au matin. Une tendance claire se dégageait: en fin de journée, les gens qui avaient fait un don étaient significativement plus heureux que ceux qui s'étaient gâtés - et, pourtant, il n'y avait  aucune différence entre les deux groupes le matin. Quant à ceux qui avaient reçu 20$? Ils n'étaient pas plus heureux que les autres. 

Des études menées auprès de milliers de personnes, dans plusieurs pays, ont montré la même règle: plus les gens donnent, plus ils sont heureux, qu'ils soient PDG ou ouvriers, canadiens ou ougandais. 

Conseil #4: Pour rater vos cadeaux de Noël, signez sur la carte : «À moi de moi.»

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