Les amours numériques

L'amour au temps du numérique suit six jeunes... (Fournie par Télé-Québec)

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L'amour au temps du numérique suit six jeunes de 18 à 24 ans, comme Sandrine et Tania, qui fréquentent les applications de rencontres en quête de contacts la plupart du temps éphémères.

Fournie par Télé-Québec

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<p>Marc Allard</p>
Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE/ J'en ai appris beaucoup sur les moeurs amoureuses et sexuelles de six jeunes extravertis, cette semaine, en regardant le documentaire L'Amour au temps du numérique, à Télé-Québec. Mais sur celles de leur génération? Pas grand-chose.  

Cette prémisse que les trois gars et les trois filles dans la vingtaine que la réalisatrice Sophie Lambert a suivis pendant 8 mois sont représentatifs de leur génération tapisse pourtant le film d'un bout à l'autre. 

Les «jeunes d'aujourd'hui», nous dit Mme Lambert«ont les mêmes rêves d'amour que la génération qui les a précédé : ils veulent tous être en couple et avoir des enfants». Sauf qu'avant de se caser, documente-t-elle, ils s'accouplent sur les applications de géolocalisation et les réseaux sociaux - et ils ressortent plutôt perturbés. 

«Je me sens vraiment comme un déchet», dit à un moment Stevo, 23 ans, qui peine à trouver l'amour sur son iPhone même s'il semble y consacrer une bonne partie de son temps d'éveil quotidien. 

Sur le plateau de Tout le monde en parle, dimanche, le même Stevo a expliqué qu'il avait accepté de se livrer à la caméra pour aider la génération de ses parents à comprendre la réalité de la sienne. Assis à côté de lui, Stef et Sandrine, deux autres héros du film, ont opiné vigoureusement.

«Il y a une chose qui est claire, c'est que les gens de votre génération, vous allez vous retrouver là-dedans, a ajouté Guy A. Lepage. Mais pour les parents de cette génération-là, dont moi, je vous recommande chaudement ce documentaire».  

Je l'ai pris au mot et j'ai regardé l'Amour au temps du numérique lundi soir. J'ai été tellement captivé que j'ai visionné la deuxième heure le même soir, sur Internet. J'ai failli le partager sur Facebook, mais j'ai hésité. 

Pourquoi ? Parce que la réalisatrice, Sophie Lambert, fait référence à son sextuor en parlant des «jeunes d'aujourd'hui». Et ces jeunes-là ont beau être très attachants et très convaincants, ce ne sont pas les «jeunes d'aujourd'hui». 

Je vous représente les héros du documentaire. Chez les filles, Gabrielle, 21 ans, nymphomane avouée, s'affiche sur Badoo et Tinder et a plus de 100 partenaires sexuels à son actif. Sandrine, 21 ans, reine de l'autopromotion, séduit les mâles en noyant son fil Facebook de photos d'elle en petite tenue. Karine, 19 ans, a rencontré son chum sur Hot or Not, mais se fait larguer parce qu'elle croyait à l'amour libre.

Du côté des gars, Timothé, un mince rouquin de 19 ans, écrème les réseaux sociaux en espérant trouver une grande fille mince. Stef, 21 ans, fait des trips à trois dans son sous-sol du bungalow de ses parents avec des inconnues qui l'ont «inboxé» sur Facebook. Stevo, 24 ans, gai, retire les photos de lui sur Instagram s'il n'obtient pas 100 like dans la première heure et se demande pourquoi ses amis virtuels ne veulent pas juste aller prendre un café avec lui le vendredi soir.

Peut-être que je me trompe, mais j'ai l'impression que ces six-là sont aussi représentatifs de leur génération que les hippies adeptes des relations multiples et de trips d'acide l'étaient de celle de leur parents - c'est-à-dire pas vraiment.

En fait, les six jeunes pourraient davantage s'insérer dans une microtendance sociale que les Américains ont appelée la culture du hook-up. Essentiellement, des relations basées sur le sexe, sans attachement ou responsabilité envers l'autre, comme les collectionnent les protagonistes de L'Amour au temps du numérique.

Et encore, en analysant les résultats du General social survey, une grande enquête nationale menée depuis 1972 sur les attitudes de nos voisins qui comporte des questions sur leurs moeurs sexuelles, plusieurs chercheurs n'ont trouvé rien d'assez statistiquement significatif pour authentifier la hook-up culture. Cela n'a pas empêché une flopée de commentateurs conservateurs de s'alarmer de la dépravation des jeunes et de créer une certaine «panique morale» chez nos voisins.  

Au Québec, aucune donnée n'indique non plus que la hook-up culture serait devenue la norme chez les jeunes d'aujourd'hui. Des chercheurs de l'UQAM ont néanmoins constaté que les aventures avec un pur inconnu, rencontré grâce à Tinder ou même dans un bar, sont très rares.

«La majorité des relations sexuelles ont lieu avec des partenaires connus, venant de cercles d'amis plus ou moins rapprochés, a expliqué récemment à L'Actualité Martin Blais, sexologue à l'UQAM. Même dans une aventure d'un soir, il y a donc souvent de l'affection ou une certaine complicité. Ce n'est pas le sexe sans amour entre deux étrangers.»

Alors, quand Télé-Québec présente le documentaire sur son site en affirmant que «l'arrivée des téléphones intelligents a complètement révolutionné les relations amoureuses» chez les jeunes adultes, est-ce qu'on peut en douter ?

Ma blonde, qui est prof au cégep, a fait regarder la première heure du documentaire à trois groupes d'étudiants cette semaine. Elle leur a demandé s'ils se reconnaissaient là-dedans. Ils ont répondu que non, sauf pour la dépendance à leur téléphone intelligent. 

L'amour au temps du numérique, lui a dit une étudiante, correspond plus à l'image que se font nos parents de notre génération qu'à la réalité. Le documentaire va peut-être juste confirmer leur perception erronée. En même temps, lui a dit une autre, nos parents n'apprendront probablement pas grand-chose parce qu'ils ne sont pas cons. 

D'ailleurs, même dans le film, on voit que les technologies n'ont pas bouleversé les rapports amoureux tant que ça. Le grand brun athlétique qui s'envoie des filles à volonté et le maigre rouquin condamné à la friend zone? Ce n'est pas une révolution, mais la même injustice qui, depuis des lunes, favorise les gars qui ont gagné à la loterie génétique. 

La technologie ne fait qu'accentuer cette superficialité, et Sophie Lambert l'expose bien en nous montrant toutes ces photos de corps parfaits avec lesquelles Stef, Stevo et Sandrine parent leurs profils Facebook ou Instagram. 

Mais est-ce que c'est vraiment ça, l'amour au temps du numérique? Faudrait peut-être demander à ceux qu'on ne voit pas dans le documentaire.

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