Comment être heureux sur Facebook

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Pour que Facebook devienne vraiment votre ami, ce n'est pas si compliqué: il faut être moins touriste et plus acteur.

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<p>Marc Allard</p>
Marc Allard
Le Soleil

(Québec) CHRONIQUE / L'autre jour, j'attendais l'autobus en parcourant mon fil Facebook. Le chauffeur s'est arrêté, il a fait monter les autres passagers et il est reparti sans moi.

Je l'ai rejoint deux enjambées plus loin. J'ai cogné dans la porte, en maudit : tu m'avais pas vu ou quoi? Il m'a laissé entrer sans me regarder, l'air découragé. 

Avec le recul, je trouve qu'il avait raison. C'est incroyable comme on est devenu incapable de se divertir tout seul, avec nos pensées. Dès que l'ennui se pointe, on allume notre cellulaire. Et avant de s'en rendre compte, on est rendu où? Sur Facebook. 

N'essayez pas : les statistiques montrent qu'on consacre un cinquième de notre temps sur Internet à l'empereur des réseaux sociaux. C'est environ six heures par semaine pour les Québécois, selon les dernières données du CEFRIO. 

C'est déprimant. Du moins, c'est ce que l'influente Académie américaine de pédiatrie (AAP) clamait déjà en 2011, mettant en garde les parents contre un nouveau phénomène : la «dépression Facebook». En somme, plus leurs ados passaient du temps sur les réseaux sociaux comme FB, plus ils risquaient de manifester les symptômes du trouble dépressif. 

Les adultes étaient soulagés, un autre vice d'ado. Mais en 2013, des chercheurs de l'Université du Michigan ont vérifié l'effet de Facebook sur le moral de 82 personnes de tous âges. Durant deux semaines, ils leur ont envoyé cinq textos par jour, pour savoir comment ils allaient à ces moments précis et dans la vie en général. Leur conclusion? Plus les gens allaient sur Facebook entre deux textos, plus ils étaient malheureux. Et plus ils avaient succombé au «F» bleu dans les 14 jours, plus leur bien-être en souffrait. 

«En surface, Facebook procure une inestimable ressource pour combler le besoin humain primaire de connexion, écrit l'auteur de l'étude, Ethan Kross. Mais plutôt que d'améliorer le bien-être, nos résultats montrent que Facebook le sape.»  

Si Facebook nous débine autant, c'est en grande partie à cause d'un autre phénomène que vous connaissez bien: la comparaison sociale. L'ancien ami du secondaire qui a mieux réussi que vous; le collègue qui a eu le poste que vous vous décarcassiez pour obtenir, l'ex rematché avec un sex-symbol qui vous donne l'air d'un crapaud en comparaison. Bref, le genre de nouvelles difficiles à encaisser pour l'égo. 

Alors, on fait quoi? On ferme tous nos comptes Facebook? 

Ben non. Avec l'ogre de Zuckerberg comme avec toute chose, ça dépend de ce que vous faites avec. Pour que Facebook devienne vraiment votre ami, ce n'est pas si compliqué: il faut être moins touriste et plus acteur. 

Les acteurs sont faciles à reconnaître. C'est le 20 % de vos amis qui alimentent 80 % de votre fil de nouvelles. Ceux qui commentent sur votre mur, partagent des articles, créent des groupes, organisent des événements et vous souhaitent bonne fête même s'ils ne vous ont pas vu depuis quatre ans. 

Oui, il y en a parmi eux qui pourraient se garder une petite gêne et nous épargner leurs miettes d'intimité. Mais les acteurs ont compris quelque chose que le reste des touristes n'a pas saisi à propos de Facebook et de l'ennui. Plus notre attention est sollicitée, moins on s'emmerde (et plus on est content). 

L'ennemi est ici ce que les anglos appellent le mind-wandering. C'est quand votre esprit vagabonde au lien de se concentrer; quand vous déroulez passivement votre fil Facebook plutôt que d'être activement engagé sur le réseau social, ne serait-ce qu'en partageant du contenu ou «aimant» la photo d'un ami. 

Impossible de nier: le gain de plénitude engendré par ce genre d'activités s'affiche même sur votre visage. Des chercheurs de l'Université du Missouri ont attaché des électrodes dans le front et sur les joues de 36 personnes pendant qu'ils surfaient sur Facebook. Quand ces derniers étaient actifs, leurs expressions faciales indiquaient une hausse significative de bonheur; l'effet positif disparaissait avec la passivité. 

En échantillonnant la salive d'utilisateurs de Facebook, le Centre d'études sur le stress humain de l'Université de Montréal a obtenu des résultats dans la même lignée. Les comportements prosociaux sur le réseau tendaient à faire diminuer la quantité d'hormones de stress. 

J'en ai jasé avec la directrice du Centre, Sonia Lupien, qui voit elle aussi un lien avec le type d'utilisation. Quand on est actif, explique-t-elle, «on devient un rassembleur, et c'est ça qui est bon pour le stress, la notion de support social. Mais quand on est seulement un voyeur passif? Pas sûr.» 

C'est une de sorte de revanche des nerds. «Quand j'étais ado, poursuit Mme Lupien, t'avais la gang de jeunes impliqués qui étaient dans l'asso étudiante et tous les effoirés qui fumaient leur joint et qui ne faisaient rien, mais qui chialaient contre les autres et qui riaient.» 

C'est le même principe avec les réseaux sociaux, reste à savoir où vous vous situez entre l'impliqué et l'effoiré

Entre-temps, la prochaine fois que vous vous enfargerez sur Facebook en attendant le bus, faites-vous une fleur, et partagez cette chronique.

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