Ne touche pas à la guimauve!

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Ce qui a fait la renommée du «test de la guimauve», c'est que la réponse des enfants s'est révélée une boule de cristal sur leur avenir.

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<p>Marc Allard</p>
Marc Allard
Le Soleil

(Québec) Une guimauve est posée devant vous, sur un cabaret. Assis sur une chaise, seul dans une pièce, vous imaginez ce moelleux cylindre de sucre et de gélatine fondre dans votre bouche. Le mangez-vous?

Ça dépend. Avant de déposer le cabaret, un monsieur a dit que vous aviez le choix. Vous pouvez engloutir la guimauve dès que vous en avez envie, y'a juste à sonner une petite cloche. Ou vous pouvez attendre une quinzaine de minutes pour en obtenir le double.  

Je ne sais pas pour vous, mais si on m'avait fait jouer à ce drôle de jeu à 33 ans, j'aurais probablement envoyé promener le monsieur et bouffé la friandise devant lui. Mais à 4 ou 5 ans? J'aurais eu les yeux ronds. 

Ce dilemme entre une petite récompense immédiate et deux plus tard a bel et bien été posé à près de 600 élèves de la prématernelle il y a près d'un demi-siècle, dans le cadre d'une des plus célèbres expériences de la psychologie moderne. Mais ce qui a vraiment fait la renommée du «test de la guimauve», c'est que la réponse des enfants s'est révélée une boule de cristal sur leur avenir.  

Bon, avant que des parents angoissent sur la résistance de leur petit dernier à la satisfaction immédiate, voici les résultats. En moyenne, les enfants craquaient en moins de trois minutes. Quelques-uns ne se donnaient même pas la peine de sonner la cloche et gobaient la friandise sur-le-champ. Environ 30 % réussissaient à patientaient jusqu'à la seconde friandise.  

Dans les mots de Walter Mischel, le psychologue américain qui a créé ce test dans les années 60, ce 30 % de sages précoces arrivaient à «différer la gratification». Un exploit qu'ils accomplissaient grâce à un trait de caractère souvent en rupture de stock chez les gamins : le contrôle de soi (ou, comme disent les Français, le self-control).   

Aussi appelée volonté, cette habileté à maîtriser nos impulsions apparaît dès l'enfance et elle nous suit toute notre vie. C'est sur elle que vous comptez pour ne pas vous goinfrer dans le gâteau de fête, pour ne pas vous envoyer en l'air sans capote, pour ne pas céder au prochain épisode de Game of Thrones quand l'oreiller vous attend. C'est aussi elle qui vous aide à flusher cet amoureux qui vous pourrit la vie ou à ne pas sombrer quand vous avez le coeur brisé.   

Dans son livre Le test du marshmallow, paru en français en mai dernier, Mischel raconte qu'il a été lui-même étonné de constater à quel point les résultats au test de la guimauve pouvaient prédire le bien-être physique et mental futur des enfants, évalués et questionnés par des chercheurs depuis près d'un demi-siècle. 

Alors, elle dit quoi, la boule de cristal? Les enfants qui avaient attendu le plus longtemps la guimauve semblaient avoir été épargnés par la crise d'adolescence. Ils arrivaient à se concentrer, à résister aux fruits défendus, à se dépomper quand ils étaient frustrés et excellaient à l'école. À 25 ou 30 ans, ceux qui avaient su différer la récompense n'avaient pas de poignées d'amour, risquaient pas mal moins de se droguer, atteignaient des niveaux académiques supérieurs, étaient chouchoutés dans leur cercle social et avaient réalisé leur version du rêve américain, peu importe ce que ça signifiait pour eux.  

À la mi-quarantaine, même les cerveaux des jeunes parangons de volonté s'illustraient. Leur cortex préfrontal, une zone qui sert notamment à la résolution de problème, à la pensée créative et au contrôle des impulsions, était plus actif. Alors que chez les gloutons, c'est plutôt le striatum ventral, une partie plus préhistorique de notre cervelle associée aux désirs, au plaisir et à l'addiction, qui s'excitait davantage... 

Apprendre le contrôle de soi

Aux parents qui stressent encore plus en lisant ces lignes, Walter Mischel vous dirait de vous calmer. S'il insiste sur une chose dans son livre, c'est que le contrôle de soi s'apprend. Et pour saisir les ressorts de la volonté, le psychologue nous ramène au 30 % d'enfants qui avaient tenu bon devant le premier cylindre gélatineux. 

Comment y arrivaient-ils ? Non, pas par la seule force de leur volonté en défiant la friandise du regard. Ils se tortillaient sur leur chaise, fredonnaient des chansons, éloignaient la cloche le plus loin possible ou s'imaginaient que la guimauve était autre chose qu'une guimauve. Bref, ils tâchaient d'éclipser la tentation. 

Cette ruse mentale - cette pensée sur la pensée - peut paraître banale, mais elle exige beaucoup d'imagination et d'entraînement pour ceux qui n'ont pas ce réflexe, explique Mischel.  Et il est pas mal plus facile de l'acquérir quand on est jeune que de changer des vieux automatismes. 

Alors la prochaine fois que votre enfant vous demandera de grignoter avant le souper, de flamber son allocation au dépanneur ou de déballer ses cadeaux avant Noël, dites-lui qu'il est capable de résister à la guimauve. 

Lien vidéo :

http://www.telegraph.co.uk/news/features/11117560/The-marshmallow-test-Stanford-University-experiment-that-claims-to-predict-a-childs-future-successes.html

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