«Moi aussi»

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Même si la Loi sur les normes du travail a été modifiée en 2004 pour contrer le harcèlement psychologique en milieu de travail, dans les faits, il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

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(Québec) CHRONIQUE / Pourquoi ne pas dénoncer le harcèlement d'un collègue au travail? Primo, pour ne pas perdre son emploi. Deuzio, pour ne pas devenir une cible.

Celui qui est harcelé est un paratonnerre.

Voici la définition trouvée dans wikipédia de l'invention de Benjamin Franklin. Conçu à l'origine, en 1752, pour «écouler à la terre le fluide électrique contenu dans le nuage orageux et ainsi empêcher la foudre de tomber», le paratonnerre «captera la foudre dans sa zone d'influence».

Ça vaut aussi dans un bureau.

Je vous racontais dimanche l'histoire de Paul, dont j'ai modifié le prénom, qui a été poussé à la retraite après avoir été pris en grippe par deux de ses patrons. Lui-même patron, Paul avait identifié certains problèmes qui devaient être réglés, ses supérieurs ne l'entendaient pas comme ça.

Ils ont fait le vide autour de Paul.

J'ai reçu des dizaines de courriels, tous des Paul. Des lecteurs qui se sont reconnus dans son histoire. Des gens qui travaillaient dans la fonction publique fédérale, provinciale, une banque, une école, de grosses compagnies, des petites. Le harcèlement psychologique sévit partout. 

Des patrons aussi, harcelés par des employés.

Une autre fonctionnaire au fédéral depuis plus de 30 ans a connu ça. «Je peux vous dire que pour qu'un gestionnaire soit congédié, il faut que le gouvernement ait peur des répercussions, non pas pour protéger les employés. Tous ces cas sont réglés hors cour afin de ne pas créer de précédent.»

Ça se passe également comme ça au Québec. «Même scénario ici, les négociations se déroulaient dans une chambre d'hôtel du centre-ville de Montréal entre mon représentant et moi et la direction [de mon ministère]. Je suis contraint au silence par une clause du contrat.»

Cela, même si la loi sur les normes du travail a été modifiée en 2004 pour contrer le harcèlement psychologique en milieu de travail.

Dans les faits, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. «La majorité de ceux qui vivent ce genre de situation seront dissuadés de porter plainte officiellement. Les bourreaux ont le gros bout du bâton et les faveurs du management. Quand tu n'es qu'un simple employé, et malgré les belles politiques, tu n'as pas de recours. Tu pars donc en maladie pour épuisement professionnel - qu'on appelle maintenant «troubles d'adaptation avec humeur mixte» - dans l'espoir de trouver un autre emploi où l'environnement de travail sera moins malsain.»

C'est ce que cette dame a fait.

Souvent, les bourreaux du bureau sont bien connus, on est au courant de leurs comportements, on sait qu'untel est parti en congé à cause de lui. Dans un cas qui m'a été rapporté, on parle d'une vingtaine de personnes harcelées.

Certains ont des surnoms qui en disent long.

Un lecteur m'a écrit, il a été témoin de harcèlement. «La majorité des collègues était prêts à larguer la consoeur pour ne pas s'attirer les foudres de l'entreprise. Nous étions trois seulement à vouloir témoigner, les autres s'offraient même pour la crucifier ou feignaient ne pas savoir.»

On a besoin du paratonnerre.

Isolés, plusieurs abdiquent. Usés. Vaincus. «J'ai vécu ça pendant un an et demi. On fait semblant de comprendre, mais on ne fait rien pour t'aider, jusqu'à ce que tu te retrouves en congé de maladie. Les séquelles sont lourdes à porter et à oublier surtout quand les personnes restent en poste lorsque tu reviens. Les politiques de harcèlement, cela ne vaut pas cinq cennes... Tu es seul, et plus que jamais. Il ne reste qu'une seule porte de sortie : démissionner.»

Il y a la peur, qui reste même après. J'ai gardé pour moi beaucoup de détails de l'histoire de Paul, pour ne pas qu'on lui reproche d'avoir brisé l'entente de confidentialité. On m'a raconté d'autres histoires du même genre, juste pour moi, en me faisant promettre de ne pas en parler.

Si ça se savait madame, «je perdrais ma pension».

On croirait entendre les menaces de Jean Chrétien à la veille du référendum de 1980. Je ne pense pas que le monsieur pourrait perdre sa pension, mais il a peur.

Assez pour ne pas parler.

Et il n'est pas seul. Il y a ceux qui rongent leur frein, jour après jour. Comme cet homme, qui a choisi le silence. Qui endure. «Dénoncer n'est même pas pensable, je m'enfoncerais davantage... Quelle est ma solution? J'écris ce que je subis pour me défouler et je prends des antidépresseurs.»




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