Une enquête relancée après 64 ans

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Une photo, publiée dans l'Allô Police à l'époque, est le seul document qui reste pour corroborer l'hypothèse de Patricia Rochette.

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(Québec) Il y a soixante-quatre ans, le corps d'une femme noyée dans la Rivière-des-Prairies, un bloc de ciment attaché au cou, a fait surface.

C'est au tour de la vérité maintenant.

Depuis que des employés d'Hydro-Québec ont fait la macabre découverte le matin du 5 octobre 1953, jamais ce meurtre n'a été résolu. Officiellement, toutes les démarches effectuées pour identifier la femme ont échoué, de même que les enquêtes qui auraient pu être menées.

Patricia Rochette, elle, a toujours eu la certitude que cette femme est sa tante Marie-Paule, disparue mystérieusement la même année.

Elle n'avait jamais eu de preuves.

Depuis 10 ans, Patricia remue ciel et terre pour faire le lien entre Marie-Paule Rochette et la noyée de la Rivière-des-Prairies. J'avais écrit son histoire l'année dernière, elle m'avait raconté se souvenir de lettres écrites par Hervé, le mari de sa tante, et de rapports succincts envoyés par la SQ à son père, Raymond, le frère de Marie-Paule.

L'enquête piétinait.

Il y avait trois lettres d'Hervé, elles étaient bleues. Au printemps 1953, il lui écrit: «Je sais que tu veux voir ta soeur, mais j'ai dû la faire interner en raison de schizophrénie et de débilité. C'est pour son bien.» Deux mois plus tard, il lui réécrit. «Marie est rendue dans un état de débilité générale avancée et irréversible. Ma belle Marie, que j'aimais tant. Je te demande, Raymond, d'accepter cette situation.»

Quand il écrit ces lettres, la noyée gît déjà au fond de la rivière, ligotée.

La dernière lettre que reçoit Raymond de Hervé au sujet de sa soeur date de 1956, plus de deux ans après la découverte de la mystérieuse noyée de la rivière. «Cher Raymond, pour ta sécurité et celle de ta famille, il est à ton avantage et préférable de comprendre qu'il te faut arrêter de chercher Marie. Tu ne la reverras jamais.»

Raymond a enterré l'histoire.

Il y a soixante-quatre ans, le corps... (Photo fournie par Patricia Rochette) - image 2.0

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Plus d'un demi-siècle plus tard, Patricia a entrepris des démarches pour que le nom de Marie-Paule soit inscrit sur la pierre tombale de la famille au cimetière St-Charles à Québec, dans l'espoir d'y enterrer son corps.Elle a fait publier un avis de décès dans Le Soleil, ce qui n'avait jamais été fait jusque-là, c'est comme ça que j'ai trouvé l'histoire.

Jacque Goyer a lu ma chronique, il m'a fait parvenir un texte qu'il a écrit à propos d'un autre crime impuni, le décapité de la rue Bourbonnière, dans lequel il fait référence à la noyée. Question de voir si les informations qu'il détenait pouvaient être utiles à Patricia, je les ai mis en contact.

Jacques a donné un coup de main à Patricia.

Patricia était dans un cul-de-sac. Elle avait trouvé l'endroit où la noyée a été enterrée, le cimetière de l'Est, devenu le repos Saint-François-d'Assise. «Le 6 novembre 1953, nous, prêtre soussigné, avons inhumé dans le cimetière de l'Est de Montréal le corps de femme inconnue trouvée noyée le 5 du mois d'octobre, âgée de 30 à 35 ans.» 

Elle était convaincue que c'était sa tante.

Elle s'est rendue à l'endroit où était la fosse temporaire dans laquelle le cercueil a été enterré. Les responsables du cimetière ont assuré qu'il était impossible de déterminer le lieu exact de la sépulture, plaidant que les plans de l'époque n'existent plus. Elle s'est présentée en cour pour demander que les ossements de la noyée soient exhumés et qu'on procède à leur identification. 

La demande a été refusée.

L'ex-policier Stéphane Berthomet s'est aussi intéressé à l'histoire. Tellement qu'il a entrepris d'épauler Patricia dans ses démarches.

À force de multiplier les demandes d'information et de frapper à toutes les portes, qui se refermaient les unes après les autres, Patricia a finalement réussi à obtenir le dossier militaire de Marie-Paule, qui s'est enrôlée dans l'armée comme assistante dentaire pendant la Deuxième Grande guerre.

Il y avait, dans le dossier, les fiches dentaires de sa tante.

Jusque-là, Patricia n'avait aucun document officiel pour corroborer son hypothèse. Toutes les traces d'enquêtes ont disparu, il n'existe plus aucun dossier ni à la Sûreté du Québec ni au service de police de la ville de Montréal. Les analyses des empreintes digitales sont introuvables, le maxillaire inférieur a été détruit.

Il n'en restait qu'une photo, publiée dans l'Allô Police à l'époque.

Stéphane Berthomet a présenté les fiches dentaires et la photo du maxillaire au parodontiste René-Guy Landry, qui a déjà travaillé avec des dossiers militaires et qui a déjà été appelé à faire des expertises pour la Cour. Le Dr Landry est formel, il y a une évidente concordance entre les deux.

«Chez la noyée comme chez la soldate, les dents 36 et 46 ont été extraites après l'âge de 12 ans, ce qui a permis une bascule vers l'avant des dents 37 et 47, et après, des dents de sagesse 38 et 48», a-t-il expliqué à Stéphane Berthomet, qui a fait une série en balado sur le sujet pour Radio-Canada, Disparue(s), mise en ligne mardi matin.

Est-ce la même personne? «Les chances sont très grandes».

Pour Patricia, l'avis du Dr Landry arrive comme un baume. «C'est ce que mon père m'avait toujours dit. Il me disait qu'il avait identifié sa soeur à la morgue avec le dentiste de la famille, Paul Chaloult.» Raymond, qui avait signalé la disparition de sa soeur 10 mois plus tôt, a été contacté par les policiers après la découverte de la noyée.

Étrangement, il n'en existe aucune trace.

Mis au parfum par Berthomet de l'existence des fiches dentaires de Marie-Paule Rochette et des éléments de concordance avec le maxillaire de la noyée, le ministère de la Sécurité publique a décidé de relancer l'enquête sur ce meurtre non résolu. Et impuni. L'enquête a été confiée au Service de police de la Ville de Montréal.

Une seconde fois.

Et, en plus des éléments de dentition, les policiers pourraient aujourd'hui avoir sous la main de nouveaux documents qui viennent de refaire surface, après toutes ces années.

À suivre...




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