Pour que ne meure pas la famille

Comme à chaque année, la photo officielle sur... (fournie par la famille)

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Comme à chaque année, la photo officielle sur le perron de l'église des descendants, beaux-frères et belles-soeurs inclus, de James «Jimmy» LeBlanc et de Stella Hamilton.

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(Québec) CHRONIQUE / On ne se verra plus?

Les 10 enfants de Stella et Jimmy se sont posé la question quand ils ont enterré leur père, ils venaient d'enterrer leur mère deux mois plus tôt.

Les partys de famille, c'était chez les vieux, à Maria.

Et là, les vieux étaient partis.

Les enfants n'étaient plus vraiment jeunes, chacun avait sa vie, dispersés un peu partout, Sept-Îles, Trois-Rivières, jusqu'en Ontario. Ils auraient pu faire comme bien d'autres familles et se donner des nouvelles par Facebook, y mettre des photos du petit dernier, du mariage de la plus grande.

S'appeler une fois de temps en temps.

Ils ont décidé, ensemble, qu'ils allaient continuer à se voir. Ils se sont réunis une première fois chez Mary, l'année suivante chez Grace, du vendredi au dimanche. À tour de rôle pendant presque 20 ans. Patricia, comme ses autres frères et soeurs, a été l'hôtesse deux fois chez elle, en Mauricie. «On commençait à être nombreux, avec les enfants et les petits-enfants et on ne rajeunissait pas...»

Ils ont failli arrêter.

Ou ralentir. Il a été question de se réunir un an sur deux.

Les jeunes ne l'entendaient pas comme ça, ils ont repris le flambeau. Depuis sept ans maintenant, ce sont des petits-enfants de Stella et Jimmy qui organisent le party de famille. Ils étaient 60 cette année, «sur 64 descendants directs».

Il reste neuf enfants, dont un prêtre, 14 petits-enfants, 19 arrières.

Plus les beaux-frères et les belles-soeurs.

Les retrouvailles ont même un nom, la Jimmery. L'histoire veut que quatre des filles de Jimmy se soient pointées un soir dans un bar de Maria, qu'un client se soit retourné, qu'il ait dit «tiens, v'la la Jimmery».

Le nom est resté.

C'est presque rendu une marque de commerce. Ils ont leur logo, un hymne. «On a notre chant de ralliement. On a fait un concours, il y a six chansons qui ont été soumises. Le dernier couplet est en anglais, notre mère était irlandaise. Tout le monde la connaît par coeur, même les petits-enfants.»

Le plus jeune a huit ans.

Cette année, il a appris à jouer au 500, il jouait avec la plus vieille des soeurs, 81 ans. «Il l'a battue!»

Ça se passe toujours à la même place, au couvent de Saint-Casimir. Le premier soir, on mange des hot-dogs et du blé d'Inde «parce que tout le monde aime ça». Le lendemain, tout le monde sort le pot de sa sauce à spaghetti qu'il a apporté, on mélange toutes les sauces. «Ça donne la meilleure sauce!»

Cette année pour le 25e, ils se sont payé la traite, ils ont fait venir un traiteur.

Grace, «ma mère l'a appelé comme ça parce qu'elle aimait Grace Kelly», prend des photos chaque année. Elle avait fait pour l'occasion une rétrospective en images du quart de siècle qui s'est écoulé, «avec des chansons préférées de Francis», le frère qui n'est plus. «On a ri, on a pleuré, on a vu comment on a changé...»

À part le plaisir d'être ensemble, intact.

C'est surtout ça, la Jimmery, le plaisir d'être ensemble. «Il y a des gens qu'on ne voit qu'une fois par année, à cette occasion-là. Ça nous permet de nous connaître, on connaît les enfants de nos neveux. Les cousins se connaissent, ils sont contents de se retrouver chaque année!»

Les petits-enfants, qu'on appelle les «mi-jeunes», veillent autour du feu. «Nous les vieux, ils nous appellent les masters, on s'endort en les entendant rire...» Comme avant, à Maria. «C'était comme ça chez nous, on faisait beaucoup de feux, on jouait aux cartes, on chantait. Ma mère jouait du piano, on dansait dans les maisons.»

Comme dans la chanson de Vigneault.

La Jimmery n'a pas de page Facebook, ce n'est pas un groupe fermé ni secret, cela n'empêche pas les frères et soeurs de l'alimenter toute l'année durant. Ils font ce qu'ils ont baptisé «la saga de la Jimmery», qui est grosso modo une chaîne de lettres entre frères et soeurs.

«On commence ça en septembre jusqu'en juin. On a des dates, des échéances. On écrit un résumé de ce qui se passe dans nos vies. Quand on a terminé, c'est le tour de l'autre.» Quand ils se réunissent en août, ils reçoivent les lettres boudinées. Quelques pages pour chacune, écrites à la main.

Dans les deux langues.

Ils parlent de tout. Cette année, un des frères a vendu son chalet. Il n'aurait jamais cru que le CH échangerait PK.

Le dimanche matin, tout le monde est là pour le brunch, on remet le trophée Francis et Ben à celui qui a gagné la partie de golf de la veille. Il y avait 36 joueurs cet été, séparés en équipes qui mêlent vieux et de jeunes. On remet aussi la cagnotte a celui qui a deviné qui gagnerait, 200 $ cette année.

Puis, c'est le mot de la fin. «Le président du comité organisateur félicite tout le monde. On souligne les événements de l'année, les noces, les anniversaires de mariage.» 

Patricia et George sont rendus à 48.

«Avant de partir, on se réunit. On revient un peu sur la fin de semaine et on se demande: ''on continue?''»

La réponse est toujours oui.

«Mais il viendra un temps où on n'y sera plus. On vieillit.» Cette année, il en manquait deux, Francis et une soeur qui reste en CHSLD, en plus de deux beaux-frères. «On se demande ce qui se passera après, si la tradition de la Jimmery va rester, si les jeunes vont continuer à faire ça, à tenir la famille ensemble. Je pense que oui...»

Je pense aussi.




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