La vie rêvée de Yolande

Yolande est camelot pour le journal La Quête... (fournie par Agathe)

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Yolande est camelot pour le journal La Quête depuis deux semaines. Elle adore son travail.

fournie par Agathe

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(Québec) CHRONIQUE / Yolande est arrivée dans la classe d'Agathe avec les grands voiliers, en 1984. «Les voiliers sont repartis, elle est restée.»

Trente-trois ans plus tard, elle est toujours là.

Yolande a passé «un ou deux  ans» dans la classe d'Agathe, une classe pour les élèves de 15 à 21 ans avec des problèmes, Yolande est schizophrène. «Elle bougeait beaucoup, elle dérangeait, elle se faisait souvent réprimander. Mais elle était très appliquée, et elle écrivait de beaux poèmes.» 

Et elle possédait une voix magnifique. «Un jour, je l'ai entendue chanter, elle chantait tellement bien...» Agathe l'a fait chanter devant la classe. «Elle était si fière, elle s'est sentie acceptée.»

Pour la première fois de sa vie.

Yolande avait été adoptée à deux ans par un couple dans la soixantaine. «Quand son père est mort, je suis allée au service avec la classe. Sa mère m'a demandé des conseils, comment faire des chèques, plein de choses. Elle ne savait pas comment faire. J'allais faire l'épicerie. Quand Yolande a été hospitalisée à Robert-Giffard, je suis allée avec elle.»

Elle n'y serait pas allée autrement.

Elle l'a emmenée, pour la première fois de sa vie, au cinéma.

Mais la mère de Yolande se faisait vieille. «Elle m'a demandé de ne pas l'abandonner quand elle ne serait plus là, de m'en occuper.»

Agathe a tenu promesse.

Depuis 2002, elle s'occupe de Yolande comme si c'était sa fille. «J'ai été nommée tutrice devant la cour, ça a été de longues démarches.» Depuis 15 ans, donc, l'enseignante devenue mère s'assure qu'elle ne manque de rien.

Agathe est présente, dans les hauts comme dans les bas, «sur des eaux qui ne sont pas toujours calmes». Autant Yolande peut être charmante, autant elle peut être dérangeante. «Elle était tellement belle, petite. Et elle est toujours belle, et elle a du goût. Elle est généreuse, aussi. Mais elle n'a pas la langue dans sa poche...»

Elle est en amour avec George Clooney.

Agathe est là chaque fois que Yolande déménage, et elle a déménagé souvent, d'une ressource à l'autre, d'une hospitalisation à l'autre. «Elle a tellement vécu de bouleversements et de changements. Elle a de la misère avec l'instabilité, elle brisait des choses dans les foyers où elle était.»

C'est sa façon de protester.

Au printemps, Yolande a été relogée dans ce qu'on appelle dans le jargon une ressource intermédiaire, ou, tel que décrit sur le site de la RAMQ, «un milieu de vie s'approchant le plus possible d'un milieu de vie naturel tout en permettant [à ces personnes] de recevoir les services de soutien et d'assistance dont elles ont besoin».

Ça, c'est la théorie.

Dans les faits, Yolande a atterri dans un deux et demi miteux. «Quand on est arrivés, c'était insalubre, il y avait des bibittes, le comptoir était pourri. Ça empestait la boucane, le locataire avant était fumeur. Yolande ne fume pas. Pour la nourriture, c'était n'importe quoi, on lui donnait des choses à faire réchauffer au micro-ondes, des hot dogs, des grilled cheese

Quatre fruits par semaine, pas plus.

«Il n'y a aucune stimulation, aucune activité, aucune interaction. Ils sont laissés à eux-mêmes.» 

Et quand Yolande est laissée à elle-même, elle hallucine.

Agathe a halluciné aussi de voir que le système de santé et de services sociaux laissait des gens vivre dans ces conditions. «Ils sont neuf là-dedans, vous devriez voir ça... Ça n'a absolument aucun bon sens.» Yolande doit payer 1250 $ par mois pour rester là, elle paye au public, qui donne l'argent à la propriétaire.

Agathe a demandé à la RAMQ de réviser la facture, «vu qu'il n'y a aucun service».

En vain.

Yolande a 52 ans. Elle a régressé. «Elle a développé de l'agressivité, elle n'avait jamais eu ça avant.»

Depuis cinq mois, Agathe rue dans les brancards pour faire améliorer les conditions de vie de Yolande et de ses voisins. Elle sait qu'elle dérange. «Je suis comme le sable dans l'engrenage. Au début, quand on leur a dit qu'il y avait des choses à changer, on s'est fait dire : "Si elle n'est pas contente, qu'elle s'en aille." Je ne lâche pas.»

Mais Agathe vieillit. «J'ai 78 ans. J'ai demandé à un de mes neveux, Gaétan, d'en prendre soin après moi, il a accepté. Tout ce que je veux, c'est que Yolande puisse avoir une vie agréable, qu'elle puisse en profiter. Elle rêve de mieux, d'avoir une vie plus tranquille, d'être respectée. Tout ce que ces gens-là ont besoin, c'est de chaleur humaine, de bons repas, un fauteuil confortable. Et une occupation.»

Une raison de se lever le matin.

Agathe s'est aussi chargée de ça. «J'ai découvert le journal La Quête, j'ai demandé à la travailleuse sociale si Yolande pouvait devenir camelot. Je m'en suis occupée et, depuis deux semaines, Yolande vend La Quête. Elle va à Sainte-Foy en autobus, elle adore ça, elle est bonne à ça. Ça la rend fière.»

Comme le jour où elle a chanté devant la classe.




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