De la belle (et trop rare) visite

Anik Farley fait le clown depuis 11 ans... (Fournie par Anik Farley)

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Anik Farley fait le clown depuis 11 ans afin d'apporter du bonheur aux enfants malades et aux personnes âgées.

Fournie par Anik Farley

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CHRONIQUE / Ça se voyait dans la face de la dame qu'elle n'avait pas le coeur à rire, quand elle a vu les deux clowns faire les pitres dans le corridor du CHSLD.

Elle leur a dit «chut, vous faites du bruit.»

Et là, Anik Farley et sa collègue ont fait ce qu'elles savent faire de mieux, elles ont voulu lui décrocher un sourire en jouant le jeu du clown pris la main dans le sac et de l'autre qui s'en fout. 

- C'est vous ça, les clowns de Marguerite Blais...

Vous vous rappelez? L'affaire avait fait grand bruit, on avait reproché en 2009 au gouvernement libéral de payer des clowns pour amuser les vieux au lieu de mettre cet argent-là dans les soins.

Anik a fait ce qu'elle ne fait jamais, elle a enlevé son nez rouge. «Je lui ai expliqué qu'on faisait ça depuis 2002, qu'on est des clowns professionnels formés, autant pour les enfants que pour les personnes âgées.»

- En tout cas, mon mari, ça ne le ferait pas rire.

- C'est qui, votre mari?

Quand la dame a dit à Anik le nom de son mari, Anik a ri dans sa barbe parce qu'elle connaissait le monsieur, elle l'avait fait rire avant.

- Voulez-vous qu'on aille le voir?

Anik s'est dirigée vers la chambre du monsieur avec la dame et sa face qui n'entendait pas à rire. «Je savais qu'il embarquerait, il embarquait toujours.»

Et le monsieur a ri.

Et sa femme a ri.

Et elle a compris. «Elle a dit "merci, je vois ce que vous faites, je comprends maintenant. Jamais je ne vous verrai comme avant".»

Anik et sa collègue sont reparties mettre un peu de couleurs dans le gris.

C'est ce qu'elle fait dans la vie, Anik, faire rire les enfants malades et les vieux qui s'ennuient. «À l'hôpital, on est les Drs Clown et avec les personnes âgées, on est la Belle visite, on s'habille avec des vêtements d'époque, et notre nez...»

Et un ukulélé.

Et un accordéon.

«En gériatrie, on met le clown plus petit au début, pour entrer en relation avec la personne. Et quand le lien est créé, on grandit le clown vers un peu de folie!»

C'est là que le vieux rit.

Avant la «crise» de 2009, les clowns thérapeutiques étaient dans 25 centres d'hébergement. Il n'en reste que quatre. «Ça a fessé super fort. Il y a des gens qui étaient révoltés contre nous. Mais ceux qui étaient avec nous depuis le début, qui croyaient à notre mission, ils ne nous ont pas lâchés.»

Anik fait partie de la Fondation Jovia, qui cherche toujours de nouveaux endroits où aller faire du bien. «On a un nouveau programme pour les classes d'autistes à l'école Coeur-Vaillant. On a été spécialement formés pour cette clientèle, sur la façon d'entrer en relation avec eux.»

Anik, qui fait le clown depuis 11 ans, elle est Dre Pécadille devant les enfants et Paulette Labelle avec les personnes âgées. 

Et vous savez quoi? Elle trouve ça plus triste chez les vieux. «Ça a été un choc. Je pensais avoir plus de difficultés avec les enfants malades. Mais, tu sais, les enfants malades, ils sont entourés d'amour, alors que les vieux...»

Ils sont tous seuls.

Quand elle arrive dans un centre, il y a un agent de liaison sur place qui identifie les personnes qui n'ont jamais de visite, qui passent leur journée à regarder les murs. Ou dans le vide. «On va dans les endroits communs et on va aussi dans les chambres. On frappe avant, on demande si on peut entrer... Après nos visites, on remplit un rapport sur l'histoire qu'on a racontée, sur la réaction de la personne.»

Si un autre clown se pointe, il peut continuer l'histoire.

Anik se souvient d'une dame, qui l'attendait de pied ferme. «On se promenait dans le corridor en chantant tout doucement, avec le ukulélé. La dame a sorti la tête et nous a dit: "J'étais couchée dans mon lit, je vous ai entendues. J'ai quelque chose à vous dire. Ça fait deux fois qu'ils vous annoncent dans les activités, ça fait deux fois que je vous attends et que vous ne venez pas..."»

Les clowns sont entrés dans sa chambre. «On ne peut pas voir tout le monde, malheureusement. On l'a mise sur notre liste de demandes spéciales, on va la voir toutes les deux semaines. Il ne lui reste qu'une nièce dans la vie, elle lui rend visite une fois par semaine. Le reste du temps, elle est toujours toute seule. Il y en a beaucoup comme elle, des gens qui sont tout seuls.»

Paulette Labelle a demandé à la dame ce qu'il faut faire pour vivre vieux. «Pour vivre longtemps, il faut aimer les gens. Moi, j'aime les gens du personnel...»




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