Mourir sur L'hymne à l'amour

Depuis un an et demi, le Dr Alain... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Depuis un an et demi, le Dr Alain Naud est là chaque fois qu'un malade en fin de vie lui demande de mettre un terme à ses souffrances.

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CHRONIQUE / L'homme avait toujours joué du piano, quand on lui a demandé s'il avait une requête spéciale pour sa dernière heure, il a naturellement demandé un piano.

Et un pianiste.

Le docteur Alain Naud a pris sa demande en note. «Il y a un pianiste qui vient une fois par semaine à l'hôpital, on s'est arrangé pour que ça coïncide, pour qu'il puisse être dans la chambre pour accompagner le monsieur. Il avait fait son programme, son choix de pièces pour avant, pendant, après.»

Avant, pendant, après sa mort.

«C'est un des moments les plus forts en émotions que j'ai vécu dans ma carrière. Pendant l'injection, il fredonnait sa chanson préférée, L'hymne à l'amour, avec son épouse à côté qui le tenait dans ses bras.»

Après, le pianiste a joué Over The Rainbow.

Des moments uniques, Alain Naud en vit chaque fois qu'il accompagne un malade qui demande l'aide médicale à mourir. «Je fais des soins palliatifs depuis 31 ans et, avant la loi, je pouvais compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où j'étais présent avec le malade au dernier moment.»

Depuis un an et demi, il est là chaque fois qu'un malade en fin de vie lui demande de mettre un terme à ses souffrances.

Il se rappelle chacun d'eux.

Il se souvient de sa première fois. «C'était un mardi soir, la dame m'a fait venir pour me demander l'aide médicale à mourir. Elle voulait que ça se fasse à minuit... Je lui ai dit que ça ne pouvait pas se faire si vite que ça, il fallait que je trouve un deuxième médecin, que je m'arrange avec la pharmacie...»

Ça s'est passé le vendredi. 

«La plupart des patients qui demandent l'aide à mourir, ils veulent que ça se passe dans la même journée. Ils sont dans la souffrance, ils veulent que je mette un terme à ça. Je m'arrange en général pour que ça puisse être fait dans les 24, 48 heures après la demande. Je fais le plus vite possible.»

Même si la loi canadienne, qui a en théorie préséance sur la loi québécoise, impose un délai de 10 jours.

«Dix jours, c'est carrément de la cruauté et du sadisme. Les parlementaires ont mis ça pour plaire aux opposants, à ceux qui contribuent à la caisse électorale. Moi, je ne tiens pas compte de ce délai, même si ça devait me conduire en prison. Mon seul intérêt, c'est celui du malade, c'est de respecter sa volonté.»

La loi fédérale est contestée, Alain Naud croise les doigts pour que le délai soit biffé.

«Quand un malade me fait la demande, sa réflexion est faite, sa décision est prise. En 31 ans, des demandes d'euthanasie, j'en ai eues régulièrement. Il y a toujours eu des gens qui demandaient de mettre fin à leurs souffrances.»

Maintenant, il peut dire oui.

«Souvent, la maladie a pris le contrôle de leur vie depuis un bout, ils peuvent reprendre le contrôle sur leur fin de vie. Ils peuvent décider comment ça va se passer, qui va être présent. Et les personnes peuvent s'arranger pour être là. J'ai déjà vu 20 personnes dans la chambre, j'ai vu trois fils, en complet cravate. J'ai vu du champagne...»

Ça peut aussi être fait à la maison.

«Ça ne se fait pas de façon bête et froide. D'abord, il y a l'évaluation avec la personne, ça prend entre deux et cinq heures, pour décider si le malade est admissible. S'il est admissible, on fixe le moment. Moi, j'arrive toujours une heure avant, je me présente à la famille, je parle un peu avec le malade. Puis, je les laisse ensemble.»

Pendant cette heure, «les choses se disent».

Quand il revient, cinq minutes avant, il demande au malade s'il est toujours décidé à procéder.

Personne n'a encore changé d'idée.

«Après, j'y vais avec mon coeur et ma connaissance du malade. Je leur dis toujours quelque chose de beau, «vous avez lutté fort», «vous avez une famille remarquable», «vous allez rester dans leur coeur. Et dans le mien aussi». Il y a une infinie tendresse dans ces derniers moments, dans les gestes qui sont posés.»

Et puis, la question: «Vous êtes prêt?»

Alain Naud explique ce qu'il fait, ce qui va se passer. «C'est toujours un grand moment d'émotions. Et après, quand je retourne auprès de la famille 20 ou 30 minutes plus tard, il y a un grand soulagement.»

Une fois, il a accompagné une femme seule. «Cette femme-là, elle m'a marqué. Elle n'avait personne, pas de famille. Personne ne savait qu'elle existait. Elle vivait dans un petit logement dans Saint-Sauveur, Gilles Kègle la visitait huit fois par jour pour qu'elle puisse y demeurer.»

Elle avait une maladie dégénérative. «Quand elle a été transférée à l'hôpital, elle ne tenait plus assise. Elle a demandé l'aide à mourir. Au moment convenu, j'ai demandé à une infirmière et à un infirmier de m'accompagner, on est allés à trois. Je lui ai parlé, je lui ai dit qu'elle avait touché le personnel par sa gentillesse, qu'on allait se souvenir d'elle.»

Elle est partie, entourée. «Une fin digne.»




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