Maclean's pris dans sa propre tempête 

Notre chroniqueuse a vécu deux ans à Toronto,... (Archives La Presse canadienne)

Agrandir

Notre chroniqueuse a vécu deux ans à Toronto, à l'époque où Jacques Parizeau a enclenché la mécanique référendaire. «Le Québécois était séparatiste par défaut», écrit-elle.

Archives La Presse canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) CHRONIQUE / Pendant les deux années où j'ai habité à Toronto, casser du sucre sur le dos du Québec était de bon ton, c'était au milieu des années 90, le premier ministre Jacques Parizeau avait enclenché la mécanique référendaire.

Le Québécois était séparatiste par défaut.

Voyez, j'allais au même dépanneur chaque matin depuis des mois, acheter mon Toronto Star et une banane, le commis, d'une impeccable politesse, me servait avec un grand sourire. Jusqu'au jour où Parizeau a choisi le 30 octobre 1995 pour un second référendum sur l'avenir du Québec.

Le sourire de l'homme a disparu.

Évidemment, il savait que je venais du Québec, mon accent tranché au couteau m'avait trahie dès le premier matin. Et du jour au lendemain, ce même accent qu'il avait peut-être trouvé charmant devenait une menace. Il ne disait plus «bonne journée» après m'avoir remis ma monnaie.

Il me demandait, à la fois fâché et inquiet, «pourquoi vous voulez briser le pays?»

J'ai arrêté d'aller à ce dépanneur.

C'était au siècle dernier, la menace de l'indépendance ne fait plus peur à grand-monde, tellement que le Globe and Mail vient de vider son bureau parlementaire à Québec tellement ce qui s'y passe a peu d'intérêt pour le reste du Canada.

On a arrêté, depuis longtemps, de se demander ce que le Québec voulait.

Alors, ceux qui veulent casser du sucre sur le dos du Québec doivent être plus imaginatifs, comme Andrew Potter, qui a signé mardi sur le site du Maclean's une charge à fond de train contre le Québec. Pour ceux qui n'ont pas lu le texte, Potter part du fiasco de la 13 pour conclure que le Québec est en perdition.

Dans ses mots, «le fiasco [...] révèle un malaise qui ronge les fondements de la société québécoise.»

Pour montrer qu'il est un chercheur sérieux - l'homme dirige l'Institut d'études canadiennes de l'Université McGill -, Potter agite une foule de statistiques sur la générosité, le niveau de confiance aux autres, le taux de bénévolat et le fait que nous avons moins d'amis proches.

Son verdict est sans appel, notre joie de vivre est, en fait, du nihilisme.

Ne s'enfargeant pas dans les clichés, Potter a appuyé sa thèse par le fait que les policiers portent des pantalons de camouflage, que nous sommes plus enclins à traverser les intersections sans attendre notre tour. Il a même prétexté que «plusieurs restaurants font deux factures», une au noir, l'autre légale.

Je mange au resto presque tous les jours, jamais vu ça.

Le texte a eu l'effet d'une bombe, mais pas comme l'imaginait Potter. La bombe lui a explosé en pleine tronche.

D'abord sur le site du Maclean's, une majorité d'internautes ont retourné le doigt accusateur vers Potter, à qui ils ont reproché de monter en épingles des anecdotes pour dépeindre un Québec qui n'avait rien à voir avec leur réalité.

Même le bureau du premier ministre Trudeau a réagi.

J'ai trouvé peu de gens qui endossaient les propos de Potter et, le plus souvent, les commentaires élogieux venaient de Québécois qui le remerciaient, j'exagère à peine, de nous forcer à nous regarder dans le miroir.

Comme quoi on n'a besoin de personne pour s'autocasser du sucre sur le dos.

Devant le tollé général, tant chez les francophones que chez les anglophones, Potter s'est rétracté, s'est excusé. Il a convenu que le texte contenait «une certaine rhétorique qui va au-delà de ce qui est justifié par les faits ou par mes propres convictions.»

Quand on a été rédacteur en chef du Ottawa Citizen, c'est un minimum.

«Quand les gens que vous lisez et respectez vous disent qu'ils ne reconnaissent pas leur société dans votre description, il s'agit d'un échec d'empathie et de compréhension, et il est temps de prendre un peu de recul. Je regrette les erreurs et les exagérations dans ce que j'ai écrit, et je suis vraiment désolé d'avoir causé une offense significative.»

Même l'Université McGill s'est dissociée de ses propos.

Mais Potter a quand même écrit le texte et Maclean's a jugé qu'il méritait d'être publié. Les excuses ne changent rien à ça. Ils ont pensé qu'il faisait toujours bon de manger du Québécois, comme dans le bon vieux temps. Et que le fiasco de la 13 était un beau prétexte pour s'en donner à coeur joie.

Ils ont semé le vent, récolté la tempête.




À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer