La plume et le pinceau

Pour Fernand et Serge, le livre est devenu... (Tirée de Fenêtre sur cour - Anamorphoses)

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Pour Fernand et Serge, le livre est devenu une façon de tourner la page sur les jours sombres.

Tirée de Fenêtre sur cour - Anamorphoses

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(Québec) CHRONIQUE / Fernand a sorti une vieille boîte en carton du placard; il a trouvé à l'intérieur de vieux cahiers de notes, des poèmes.

Des poèmes de Serge, son amoureux.

Serge filait un mauvais coton, son corps lui donnait du fil à retordre - un cancer des ganglions, des traitements de chimiothérapie. Il passait ses journées couché dans une position impossible, la seule qu'il pouvait endurer.

Serge a lu ses vieux poèmes.

Certains avaient été écrits quand il avait 15 ans, d'autres plus tard, il s'est replongé dans ces quelques chapitres de sa vie d'avant. Il a eu le goût de continuer l'histoire. De parler de l'amour, de la maladie, de la maladie à travers l'amour et vice versa. «J'ai commencé à écrire l'histoire de ma vie...»

Fernand Émond a vu son homme reprendre la plume, reprendre des plumes. «Il était beau à voir écrire.»

Serge Roy a enseigné le français pendant 33 ans au secondaire, il a mis un terme à sa carrière à cause de la maladie, les traitements l'ont rendu sourd. «J'ai dû faire plusieurs deuils : celui de l'enseignement, que j'adorais, de l'ouïe, de ma vie d'avant. Pendant les traitements, j'ai perdu tous les goûts. Tous sauf un, le steak.»

Les goûts sont revenus tranquillement.

Sauf un.

Le chocolat. 

Voir son amoureux écrire a donné à Fernand le goût de renouer aussi avec une vieille passion, la peinture. «J'ai repris un pinceau et je me suis mis à peindre à contrecoups. J'étais encore capable de peindre!»

Ils ont décidé de faire un livre. 

Le livre est devenu leur façon de tourner la page sur le cancer, sur les jours sombres, sur les nuits blanches. Serge a composé les 24 poèmes, Fernand s'est enfermé avec ceux-ci dans son atelier. Un seul chaque fois. «J'avais mon rituel. Je lisais le poème, je soulignais des mots, ça donnait des images... et le fun commençait!»

Le style est «enfantin», c'est voulu.

C'est un livre à deux titres, Fenêtre sur cour, pour la lumière qui finit toujours par retrouver son chemin, et Anamorphoses, parce que la vie a sur nous l'effet d'un miroir déformant. «Nous sommes passés de l'anamorphose à la métamorphose. On est sortis de cette épreuve plus forts.»

La tempête a été d'une violence inouïe et, n'eût été Fernand, Serge aurait sombré. «Il fallait que je le surveille tout le temps, même la nuit. Il fallait que je sois toujours à l'affût. Le pire de la souffrance est venu après les traitements. Mais, contrairement à d'autres couples, la maladie nous a unis.»

Comme leur mariage, il y a 15 ans.

Les poèmes tiennent sur quelques pages - les pages sont petites - ou sur quelques lignes. Celui qui s'appelle Vie résume bien le livre.

«La vie se décompose

Se repose

Se recompose en prose»

Ils ont publié leur bouquin de 75 pages à compte d'auteur; avec la maison d'édition à compte d'auteur Les carnets de Dame Plume, ils se sont même organisé un vrai lancement, en grand. «L'événement est devenu le couronnement de ce qu'on a vécu, résume Serge. C'est un rêve que je voulais réaliser, de publier un livre.» Ils ont déjà vendu la moitié de leurs 300 exemplaires.

CHRONIQUE / Fernand a sorti une... (Tirée de Fenêtre sur cour - Anamorphoses) - image 2.0

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Tirée de Fenêtre sur cour - Anamorphoses

Serge remet ça. La tempête passée, il planche maintenant sur un deuxième livre, un roman cette fois, inspiré de ses pérégrinations à Métis-sur-Mer, où le couple a pris l'habitude d'aller se poser. Se reposer. Ils habitent chaque fois la même maison, toute jaune. «Il y a une chambre fermée avec un cadenas, l'idée du roman est venue de là...»

Il ne m'en dira pas plus.

Fernand, ancien forestier, a repris goût à la peinture, qu'il a même recommencé à enseigner de temps en temps.

Il aura fallu une boîte trouvée dans un placard et un foutu cancer pour que Serge et Fernand renouent avec la plume et le pinceau. Avec leur passion. Comme cette plante, la belle de nuit, qui fleurit dans la noirceur.




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