Il faut parler d'Alexandre

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Une fois au volant de sa voiture, 17 minutes après avoir semé l'horreur, comme s'il revenait sur terre, Alexandre a appelé le 9-1-1.

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(Québec) CHRONIQUE / Il faut parler de l'avant, de ce qui s'est passé avant 19h54 le 29 janvier, avant les coups de feu.

Il faut savoir comment Alexandre en est arrivé là.

De ce que j'ai pu lire sur lui, le jeune homme de 27 ans était introverti, certains disent asocial, il était particulièrement prolifique sur la page Facebook «Bienvenue aux réfugiés». Il était contre, trouvait qu'il y en a trop.

Mais tout ça, ça ne fait pas un tueur.

En décembre 2014, dans la foulée des 25 ans de la tuerie de Polytechnique, Marie-Claude Malboeuf de La Presse a cherché à comprendre ce qui se passe dans la tête de ceux qui, comme Alexandre, échafaudent de sanglants scénarios. Qui se déconnectent à un point tel du réel qu'ils en viennent à justifier l'injustifiable.

À enlever la vie.

Dans son texte, Marie-Claude parle d'un jeune de Québec, il avait 15 ans, obsédé par des idées de vengeance. Hanté par d'affreux cauchemars, l'ado a demandé de l'aide. Il s'est rendu de lui-même aux services sociaux. Les psychologues ont diagnostiqué un trouble de la personnalité.

Ses parents n'avaient rien vu aller, ils ont décrit leur fils comme «un garçon exemplaire, mais un peu renfermé».

Alexandre n'a pas eu cet instant de lucidité. Il s'est enlisé dans son délire meurtrier jusqu'à passer à l'acte. Il s'est procuré des armes, il s'est présenté sur les lieux du crime qu'il planifiait, sans jamais réaliser la portée des gestes qu'il s'apprêtait à poser. Il allait détruire des vies, des familles.

Dont la sienne.

Ses parents, son jumeau, nagent en plein cauchemar. Ils cherchent forcément à comprendre, ils repassent en boucle les dernières conversations, peut-être ont-ils trouvé des signes qu'ils n'avaient pas vus. Des mots dont ils n'avaient pas saisi le sens. Jamais ils n'auraient pu imaginer le pire.

Pas ça.

Le psychologue Peter Langman a écrit un ouvrage, Pourquoi les jeunes tuent : dans la tête des auteurs de fusillades d'école, dans lequel il essaye d'expliquer l'inconcevable. Il en a rencontré plusieurs. «En outre, ils ne vivaient pas dans la réalité. [...] Ils étaient désorientés, désespérés et perdus dans le labyrinthe de leur esprit.»

Je retiens cette phrase, «perdus dans le labyrinthe de leur esprit». Un labyrinthe où la lumière n'entre plus, où les idées noires s'emballent, où il devient «rationnel» de tuer des gens.

Par haine, par vengeance.

Alexandre s'est rendu sur le pont de l'île d'Orléans, il a appelé le 9-1-1. Je ne peux m'empêcher de me demander si le coup de fil faisait partie du plan, s'il voulait revendiquer le geste.

Les morts.

Ou si, une fois au volant de sa voiture, il a eu cet instant de lucidité. Trop tard. Un peu comme si, 17 minutes après avoir semé l'horreur, il revenait sur terre. La réalité est brutale, il fait face à 11 chefs d'accusation, dont six meurtres.

Le procès permettra, souhaitons-le, de mieux comprendre.

Parce que oui, il faut parler d'Alexandre, pas dans le sens de donner ou non l'identité du responsable du carnage, c'est un tout autre débat. Il faut parler de ce qui amène une personne, presque toujours un homme, à concevoir une tuerie comme un projet cohérent et nécessaire.

Pour obtenir justice. 

Ou 15 minutes de gloire.

Langman, encore lui, disait dans une entrevue qu'il a accordée à l'Associated Press en juillet dernier : «Les gens ne se réveillent pas un matin pour devenir un tueur de masse.» D'où l'importance de trouver quand le chemin bifurque, d'ouvrir l'oeil, de tendre l'oreille. D'être attentif, même au silence.

Parce que le silence est parfois le message.




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