Les leçons du banquier

Après avoir travaillé 10 ans dans les banques,... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Après avoir travaillé 10 ans dans les banques, François Bégin a quitté son emploi en avril pour se consacrer à aider les gens dans la gestion de leurs finances.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) CHRONIQUE / Histoire vraie. Un ado demande à une de ses profs de 3e secondaire des conseils pour son budget.

- Combien je peux avoir de cartes de crédit?

- Idéalement, pas plus que six.

Six! 

L'anecdote m'a été racontée par François Bégin, qui a passé les 10 dernières années de sa vie à travailler dans les banques, au chevet des «grands brûlés», consumés par l'endettement. Des gens, essentiellement, qui ont vécu au-delà de leurs moyens, trop longtemps.

Des gens qui se sont endettés pour rembourser leurs dettes jusqu'au jour où plus personne n'a voulu leur prêter d'argent.

François a épluché plus de 1000 dossiers de crédit. «J'en ai vu de toutes sortes, beaucoup de syndromes du voisin gonflable... On veut toujours plus, on se laisse avoir par les propositions de crédit et on n'arrive plus à s'en sortir. On est tellement victime de la société de consommation.»

Payez maintenant, payez plus tard.

Tellement que chez Equifax, cette firme qui donne des cotes de crédit aux individus, on a créé un indice spécial, BNI, pour Bankruptcy Navigator Index. «On évalue la propension à déclarer faillite dans un avenir rapproché. Et on le voit pour des personnes qui ont un beau dossier en théorie, mais, du jour au lendemain, ça pète!»

Et elles se retrouvent chez les grands brûlés.

«On ne nous a jamais appris comment gérer notre argent. À l'école, dans mes cours d'économie familiale, j'ai appris à coudre des boxeurs et à faire cuire des nouilles chinoises. Quelques notions de finances personnelles auraient été plus utiles...»

J'ai appris à faire un étui à crayons.

François a deux garçons à qui il essaye d'enseigner la valeur de l'argent. Ce n'est pas facile. «L'autre jour chez IGA, mon fils de 6 ans voulait acheter un bidule, un «bouffeur de prix», à 4 $. Ce n'est pas cher, 4 $, mais j'ai voulu lui faire comprendre qu'il faut faire des choix. À la maison, j'ai pris son cochon, j'ai fait une pile de 4 $ en monnaie, ça faisait une grosse pile. J'ai dit à mon gars : "Penses-y pendant l'heure du souper, si tu veux vraiment ton bidule, on ira l'acheter."»

La tentation a été trop forte, le bouffeur de prix a bouffé une partie des économies du gars de François.

Il a eu sa première leçon.

C'est ce qu'il fait d'ailleurs dans la vie, François a quitté la banque en avril pour se consacrer à aider les gens à gérer leurs finances. «Les gens n'aiment pas parler d'argent, comme si c'était mal. Mais on n'a pas le choix de vivre avec l'argent, c'est un peu comme une relation de couple.»

François donne des conférences, il a concocté un cours en ligne, avec une trentaine de modules. «J'en fais une mission de vie. Ce que je dis, c'est qu'il faut prendre le contrôle de ses finances, s'autogérer, se méfier des banques. Si on est préautorisés pour une hypothèque de 400 000 $, ça ne veut pas dire qu'il faut acheter une maison de 400 000 $. Quand je rencontrais des clients, je leur disais : voilà votre limite pour l'achat de votre maison, mais c'est vous qui ferez les paiements.»

Il ne faut jamais, au grand jamais, succomber aux achats étalés sur plusieurs mois.

Même les taux d'achat à 0 % sont de la frime. «Quand un concessionnaire vous offre d'acheter une voiture à 0 %, regardez les petits caractères : si vous payez comptant, c'est 3000 $ de moins. Il est là, le taux d'intérêt.»

Mais personne ne lit les petits caractères.

À nos enfants, il faut montrer l'exemple. «Quand un enfant nous demande pour acheter quelque chose, il ne faut pas s'en débarrasser en répondant : "On n'a pas d'argent." Le mieux est d'expliquer à l'enfant que nous travaillons fort pour notre argent, et que nous choisissons de ne pas avoir cette babiole.»

On répond : «On n'a pas d'argent pour ça.»

En gros, ce que François dit, et ce qu'il a écrit dans son livre Boxers, nouilles chinoises et finances, c'est tout simple, ne pas dépenser l'argent qu'on n'a pas. «Une fois par saison, avec ma femme, on fait le ménage de nos dépenses, un 10 $ dans la facture de cellulaire, un 20 $ pour les assurances. Ce n'est pas très compliqué.»

Mais on ne le fait pas.

«Tout ça part de la valeur de l'argent, c'est une notion qui s'est perdue en chemin. Il faut retrouver ça. Si t'as pas le cash, tu n'achètes pas.»

C'est simple, non?

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