L'avenir après le 31 mars 2017

La Coterie est à l'Hôpital Robert-Giffard. Les gens... (Photothèque Le Soleil)

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La Coterie est à l'Hôpital Robert-Giffard. Les gens qui y travaillent font toutes sortes de boulots, ils distribuent le courrier, font des commissions.

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(Québec) CHRONIQUE / Ce n'est pas la fin du monde, ce n'est jamais vraiment la fin du monde, voyez Alep, ça pourrait y ressembler, mais même là, le monde continue de tourner, tout croche, mais de tourner quand même.

C'est une échéance administrative, le 31 mars 2017.

La mère d'Étienne* voit venir le 31 mars comme un TGV, il doit se trouver un nouvel emploi d'ici là. Étienne travaille depuis une dizaine d'années à un endroit bien particulier, la Coterie, un organisme qui fait travailler une quarantaine de personnes atteintes de maladie mentale. 

La Coterie est à l'Hôpital Robert-Giffard, les gens qui travaillent à la Coterie font toutes sortes de boulots, ils distribuent le courrier, font des commissions. Depuis qu'Étienne travaille, il a son appartement à lui, qu'il paye avec son salaire minimum. Il est autonome. Et fier de l'être.

Il est heureux.

La Coterie est financée par le système de santé depuis une trentaine d'années, mais le CIUSSS a décidé en septembre de mettre un terme au contrat de sous-traitance. Aux communications du CIUSSS, on m'a expliqué que «la Coterie était subventionnée en totalité par l'Agence de la santé, mais on ne fait pas ça, financer en totalité un organisme sans but lucratif. Il faut être équitable.» 

On a donc avisé la Coterie que le financement, 685 000 $ par année, cessera le 31 mars. 

D'ici là, le CIUSSS a mandaté une travailleuse sociale de replacer les employés. À trois mois de l'échéance, une douzaine de personnes ont trouvé un boulot, six seront d'ailleurs embauchés par l'hôpital, où ils feront le même travail, pour un meilleur salaire. Ceux-là sont contents.

Deux personnes ont pris leur retraite.

Il y en a quelques autres qui seront embauchés par le groupe TAC, une entreprise de travail adapté qui embauche des personnes avec des limitations, comme les employés de la Coterie. L'entreprise, à l'instar de ceux qui emploient des gens avec des limitations, a droit à une aide de l'État.

Mais le TAC, c'est à L'Ancienne-Lorette. L'autre bout du monde pour Étienne. «Il ne se voit pas capable de faire deux heures d'autobus par jour. [...] Il cherche et ne veut pas aller sur le bien-être social.» 

La mère d'Étienne a écrit au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pour lui faire part de ses inquiétudes, c'est le CIUSSS qui a répondu. «Ce mode de fonctionnement n'est plus acceptable dans le réseau. [...] Nous vous assurons que nous mettons tout en oeuvre afin de soutenir les employés de la Coterie.»

La fille des communications du CIUSSS est bien consciente des secousses provoquées par la fermeture. «On veut qu'ils réussissent, qu'ils gardent espoir. Ce sont des gens qui sont tellement fiers, pour eux, le travail, c'est une valorisation personnelle, ça prend une grande importance dans leur vie.»

Replacer ces gens est un exercice périlleux.

C'est Anabelle Leclerc qui a été embauchée pour aider les quelque 40 employés à se faire embaucher ailleurs. «On a une excellente collaboration de la directrice de la Coterie, elle nous aide beaucoup.» Anabelle a rencontré tous les employés, leurs proches aussi. «Je dois d'abord faire le portrait le plus fidèle possible de ce qu'ils veulent faire, de ce qu'ils sont capables de faire. Après, je dois chercher le meilleur match pour chacun.»

Elle travaille à temps plein sur le dossier depuis le mois d'août. 

Elle approche des entreprises. Certaines sont ouvertes, d'autres, réticentes. «Je le vois tout de suite. Il y en a qui me disent : "J'en ai eu, c'était compliqué", d'autres qui disent : "Je n'ai pas le temps maintenant, il faut de l'encadrement".» Si d'autres postes s'ouvrent, le CIUSSS pourrait en embaucher plus.

À ceux qui s'inquiètent, qui voient le 31 mars comme la fin du monde, la fin de leur monde, Anabelle tente de les convaincre que c'est une bonne chose. «Je leur dis que je comprends que ça peut être difficile, "c'est ton gagne-pain, ton quotidien, mais il faut que tu prennes ça comme une opportunité". Je suis certaine qu'on aura de belles histoires.»

Comme cette fille qui venait tout juste d'apprendre qu'elle était embauchée à l'hôpital. «Si on remonte il y a un an, cette fille-là n'aurait jamais cru qu'elle serait capable d'occuper un emploi régulier. Quand elle a su qu'elle était convoquée pour l'entrevue, elle rayonnait. Et là, elle vient d'apprendre qu'elle est engagée...»

Il en reste 25.

Du cas par cas chaque fois. Untel entend des voix dans l'autobus, il doit travailler près de chez lui, un autre n'est pas capable de faire du neuf à cinq, a besoin d'horaires flexibles. Anabelle doit trouver le match parfait, un véritable tour de force. 

Julie Lesage, directrice adjointe des programmes en santé mentale et en dépendances, croit que l'intégration est une bonne chose. «On est conscient que ça ébranle, mais on est convaincus que c'est la chose à faire. Ça fait 26 ans que je travaille en santé mentale, j'ai commencé comme travailleuse sociale. Une bonne façon de lutter contre la stigmatisation, c'est que ces personnes puissent travailler dans des milieux "normaux".»

- Êtes-vous certains de placer les 25 personnes qui restent?

- On est confiants.

* Prénom fictif

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